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« C’était l’un des nôtres » : entre rues désertes et larmes au palais, la Norvège figée dans le deuil après la mort d’Harald V

Disparu vendredi à l'âge de 89 ans, Harald V de Norvège est pleuré par tout un pays. Les Norvégiens se sont donnés rendez-vous au palais royal d'Oslo pour rendre hommage à leur roi et exprimer leur tristesse

La presse norvégienne salue la mémoire du roi Harald V de Norvège.

La presse norvégienne salue la mémoire du roi Harald V de Norvège.

© Terje Pedersen / NTB / via REUTERS

Héloïse Broseta, envoyée spéciale à Oslo (Norvège) 29/08/2026 à 12:22, Mis à jour le 29/08/2026 à 12:50

Disparu vendredi à l'âge de 89 ans, Harald V de Norvège est pleuré par tout un pays. Les Norvégiens se sont donnés rendez-vous au palais royal d'Oslo pour rendre hommage à leur roi et exprimer leur tristesse

La nouvelle vous assaille à peine le pied posé hors de l’avion. Partout sur les écrans de l’aéroport apparaît le visage d’un homme : Harald V. Depuis vendredi 8h35, les publicités ont cédé la place au portrait officiel du souverain, accompagné de ses années de naissance et de mort : 1937-2026. Atteint d’une infection sanguine, le roi s’est éteint ce 28 août, après 35 ans de règne. Globalement méconnu en dehors des frontières de son royaume, Harald V pouvait pourtant prétendre au titre du chef d’État le plus aimé d’Europe. Même après 35 ans de règne, il jouissait de 92% d’opinion positive.

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Alors oui, affichons son portrait sur chaque écran et panneau publicitaire disponible. « Arrêtez toutes les horloges, coupez le téléphone, Empêchez le chien d'aboyer après un os juteux, Faites taire les pianos et, au son d’un tambour sourd, Sortez le cercueil, que viennent les pleureuses. Que les aéronefs tournent en gémissant au-dessus de nos têtes, Inscrivant dans le ciel le message : Il est mort. », aurait écrit le poète W. H. Auden.

Le portrait d'Harald V affiché sur tous les écrans de Norvège après son décès, le 28 août 2026.

Le portrait d'Harald V affiché sur tous les écrans de Norvège après son décès, le 28 août 2026.

© Reuters

 JC Decaux imaginait-il un jour servir de présentoir à un portrait royal ? Les affiches font en tout cas leur effet aux Norvégiens qui se figent en les regardant. 35 ans de règne c’est bien en-deçà du record historique établi par Elizabeth II, à 70 ans, sept mois et deux jours. Mais ce soir, ils sont nombreux à ne pas pouvoir imaginer un monde où le rire de Harald V ne raisonnera plus. Même en ville, impossible d’échapper au deuil qui semble avoir figé le pays.

Un vendredi soir de commémorations

La communauté LGBTQIA+ norvégienne rend hommage à Harald V après son décès, le 28 août 2026.

La communauté LGBTQIA+ norvégienne rend hommage à Harald V après son décès, le 28 août 2026.

© DPA/ABACA

Le vendredi soir (ou le samedi matin, en fonction des points de vue) est connu pour être l’heure des fêtards. Mais aujourd’hui ils sont bien peu nombreux dans les rues d’une capitale qui n’a plus le cœur à la fête. Les seuls qu’on entend se réjouir sont des touristes espagnols qui semblent réussir l’exploit d’ignorer les portraits d’Harald, là encore placardé à chaque arrêt de bus et installé en vitrine dans les magasins.

Juché sur la colline Bellevue, au cœur d’Oslo, le palais royal est plus visible que jamais. Non seulement ses occupants semblent rencontrer des problèmes d’insomnie et ont laissé toutes les lumières allumées, mais les Osloïtes continuent à se relayer pour y déposer des fleurs et des bougies, même à 1 heure du matin. Une scène que les policiers chargés de sécuriser le site ne peuvent s’empêcher d’immortaliser avec leurs appareils photo.

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Les Norvégiens rendent hommage à Harald V devant le palais royal d'Oslo, le 28 août 2026.

Les Norvégiens rendent hommage à Harald V devant le palais royal d'Oslo, le 28 août 2026.

© Reuters

Jeudi matin, après l’annonce des graves problèmes de santé du roi, ce n’était qu’une petite ligne de bouquets de fleurs bien ordonnés. Cela ressemble désormais à un immense talus qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Les gardes ont dû poser des barrières pour les retenir, une anomalie devant ce palais dépourvu de grilles. Tout juste sorties de soirée, Lily et Eira, deux jeunes filles de 18 ans, contemplent le spectacle, les larmes aux yeux.

« Il nous accueillait avec un grand sourire »

« Il représentait et accueillait toute la diversité de notre pays. Quelle que soit votre origine, votre classe sociale ou votre orientation sexuelle, il vous accueillait à bras ouverts et vous faisait savoir que vous étiez chez vous en Norvège. Il aimait profondément les gens », raconte Lily avant d’expliquer son émotion à la vue des bouquets : « toute ces fleurs représentent cette diversité. Il y a des gens qui déposent des compositions florales qui valent très cher, d’autres qui n’ont pas les moyens et qui offrent simplement des fleurs cueillies dans leur jardin… ces gens n’ont rien à voir mais ils avaient tous Harald en commun. On est tous en deuil aujourd'hui ».

« Tous les ans, avec mon école, on venait jouer de la musique sous son balcon le 17 mai, pour la fête nationale, raconte Eira. Il nous accueillait avec un grand sourire et il nous applaudissait très fort. C’est horrible de se dire que cette année c’était la dernière fois ». Son établissement a organisé un hommage au roi en faisant chanter aux élèves plusieurs airs issues du folklore norvégien. De quoi faire fondre en larmes les élèves qui espèrent à présent que leurs enseignants leur permettront d’assister aux funérailles, dont la date n’a pas encore été annoncée. « Même s’ils ne le permettent pas j’irai quand même, annonce d’emblée Eira. J’ai 18 ans, je fais ce que je veux ! »

Un discours pour l'histoire

Tandis que les deux jeunes filles expriment leur admiration pour le souverain décédé, des hommes et des femmes sont occupés à déposer des cagettes entières de fleurs au sol. Il s’agit des jardiniers du palais qui tentent de contenir l’invasion en rassemblant tous les bouquets au même endroit. « On avait l’habitude de voir le roi passer, il nous disait toujours bonjour, se souvient l’un d’eux. C’était un gars simple, absolument pas snob. On le considérait comme l’un des nôtres. » Avec son équipe, il se prépare à faire de longues heures de nuit : il n’y a qu’à partir de minuit que la montagne florale devient accessible. Avant cet horaire, la foule est bien trop compacte pour permettre aux jardiniers de travailler. 

La communauté LGBTQIA+ norvégienne rend hommage à Harald V après son décès, le 28 août 2026.

La communauté LGBTQIA+ norvégienne rend hommage à Harald V après son décès, le 28 août 2026.

REUTERS / © REUTERS

Au milieu du tas de bouquets flottent des petits drapeaux norvégiens mais également le « rainbow flag » de la communauté LGBTQIA+, qui n’a jamais oublié le puissant discours du roi, prononcé le 1er septembre 2016, lors d’une garden party : « Les Norvégiens ce sont des filles qui aiment des filles, des garçons qui aiment des garçons, et des filles et des garçons qui s’aiment entre eux. » Dans la même prise de parole, le roi avait également affirmé que « Les Norvégiens ce sont aussi les immigrés venant d’Afghanistan, du Pakistan, de Pologne, de Suède, de Somalie ou de Syrie. Notre maison est là où notre cœur se trouve. Mon plus grand souhait pour la Norvège est que nous parvenions à prendre soin des uns des autres. Nous pouvons encore construire ce pays sur une base de confiance, de fraternité et de générosité ».

« Il a prononcé ce discours spontanément alors qu’aucune circonstances ou événements ne l’obligeaient à le faire et ça le rend encore plus beau », explique Lily, rejointe par Eira. « On a suivi tous ses discours du Nouvel An. Même quand on était en train de faire la fête on s’arrêtait pour l’écouter. Il avait toujours de belles choses à dire ». Pour les deux jeunes filles, il est encore trop tôt pour envisager un monde sans leur roi préféré : « on ne peut pas imaginer un autre monarque que lui mais je pense que son successeur fera du bon travail », espère Lily avant qu’Eira n’évoque l’éléphant dans le palais : « il y a toujours les problèmes avec sa femme ». Devenue reine le matin-même Mette-Marit ne fait toujours pas l’unanimité. En début d’année, la quinquagénaire a dû faire face à la publication de ses échanges de mails avec le pédocriminel Jeffrey Epstein. Des messages amicaux et même intimes qui ont provoqué la colère des Norvégiens. Dans le même temps son fils aîné, Marius Borg Høiby, a été reconnu coupable de viols et de violences conjugales sur plusieurs femmes. Un verdict dont il a fait appel.

Harald envolé, Sonja esseulée 

Les larmes viennent à nouveau aux yeux de Lily et Eira : « quand nous sommes arrivées il y avait deux oiseaux côte à côte. L’un vient de s’envoler et l’autre reste seul, on dirait… » La phrase restera incomplète mais on dirait la reine Sonja, qui se retrouve seule après le départ de l’amour de sa vie. Première roturière à avoir pu épouser un prince hériter, l’ancienne mademoiselle Haraldsen aurait dû fêter ses 58 de mariage ce 29 août.

La reine Sonja suit le cercueil d'Harald V dans les rues d'Oslo, le 28 août 2026.

La reine Sonja suit le cercueil d'Harald V dans les rues d'Oslo, le 28 août 2026.

© Lise ≈serud / NTB

Au lieu de cela, l’octogénaire a été vue en larmes en train de suivre le cercueil de son mari dans les rues d’Oslo. Pour elle aussi W. H. Auden aurait eu un vers : « Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest, Ma semaine de travail et mon repos du dimanche, Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson. Je pensais que l'amour durerait toujours : j'avais tort. »