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“C’étaient les réseaux sociaux d’autrefois” : un historien révèle la messagerie secrète des jeunes filles dans son musée gersois dédié aux cloches

Il est unique en France. Le musée d’art campanaire de L’Isle-Jourdain présente une collection d’objets sonores aux origines variées, mais à l’usage identique : celui d’alerter, de rassembler et de rythmer la vie des citoyens. On pourrait croire, de par la définition de "campanaire", qu’il s’agit d’un musée des cloches, mais attention, c’est tout sauf le cas. Suivez le guide de cet endroit singulier et insolite.

l'essentiel Il est unique en France. Le musée d’art campanaire de L’Isle-Jourdain présente une collection d’objets sonores aux origines variées, mais à l’usage identique : celui d’alerter, de rassembler et de rythmer la vie des citoyens. On pourrait croire, de par la définition de "campanaire", qu’il s’agit d’un musée des cloches, mais attention, c’est tout sauf le cas. Suivez le guide de cet endroit singulier et insolite.

Au vu du décor, impossible de douter de l’endroit exact où l’on se situe. La géante cloche asiatique accrochée à l’entrée le fait bien savoir : bienvenue au musée des arts campanaires. "Il n’y a pas que des cloches dans ce musée", précise notre guide et responsable du site, Bruno Delfino. "L’art campanaire touche une multitude d’objets de tradition ayant un usage similaire".

Cette définition prend forme au fur et à mesure de la visite, qui, d’ailleurs, en met plein les yeux… et les oreilles. Cloches, horloges, carillons, sonnailles, tambours à fente… Plus de 1 000 objets venus des quatre coins du monde sont présentés dans cet établissement. Le plus ancien date de l’époque perse. "Ils sont tous différents, mais leurs rôles, eux, sont codifiés en trois sections", explique l’historien. "C’était en quelque sorte la messagerie des temps anciens", résume Bruno Delfino. Partout dans le monde, ces objets remplissaient les mêmes fonctions : rassembler une population, donner l’alerte ou rythmer le quotidien. "Dans le sens rassembler, on peut penser à août 1914, lorsque les cloches ont retenti dans les villages pour annoncer la mobilisation des hommes au combat lors de la Première Guerre mondiale", raconte Bruno Delfino. L’encadrement, lui, est illustré par le son des cloches ou des horloges lorsqu’elles retentissent à différentes heures de la journée. 

Bruno Delfino est le guide du musée des arts campanaires
Bruno Delfino est le guide du musée des arts campanaires

Des cloches de la Bastille aux tambours du Vanuatu

Il est vrai qu’au musée des arts campanaires, il y a majoritairement des cloches et des horloges. Parmi les plus emblématiques se trouvent les cloches de la Bastille ou encore l’horloge de Chenet Blondin, construite en 1860, connue pour son originalité avec ses personnages naturalistes en tôle peinte : un meunier, un artisan, un ouvrier et un paysan.

Le parcours réserve aussi quelques surprises. Dans une vitrine trône un subrejoug, objet emblématique du Gers, héritage de l’art paysan, autrefois fixé sur le joug des bœufs. Avec le temps, il est très vite devenu un objet sonore et une représentation du patrimoine familial de par son esthétique imposante et colorée. "Les petites cloches qui y étaient attachées apaisaient les bovins de par leurs sons, mais permettaient aussi aux hommes d’oublier les dures conditions de travail", retrace Bruno Delfino.

Le "Carillon de la Bastille", monument historique, est l'objet-phare du musée
Le "Carillon de la Bastille", monument historique, est l'objet-phare du musée

Outre l’Europe, un autre continent fièrement représenté au sein du musée est l’Océanie avec deux tambours du Vanuatu et de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Faits de bois, ces instruments à percussion ne sont pas des cloches, mais ont les mêmes fonctions. Pareil pour une lampe japonaise dont l’usage était plutôt anecdotique. Munie de mini-cloches, "elle était un moyen d’alerter son propriétaire d’une secousse sismique", rappelle Bruno Delfino.

De retour sur le continent occidental, Bruno Delfino présente cette fois-ci une multitude de clochettes de table en bronze à la silhouette féminine. Rangée parmi une dizaine d’autres objets similaires, celle-ci dépeint des femmes en costume médiéval. "Plus qu’un objet d’art, ces clochettes étaient un moyen de communication entre jeunes femmes au XIXe siècle pour échanger sur les nouvelles modes d’un pays à l’autre". D’autres clochettes, plus rigolotes encore, rappellent les caricatures du dessinateur Charles Philipon, avec notamment la tête en forme de poire du roi Louis-Philippe Ier.

Un musée unique... dans une ville qui n’a jamais fabriqué de cloches

L’autre curiosité du musée ne se trouve pourtant pas dans les vitrines. Car L’Isle-Jourdain n’a jamais fabriqué de cloches. "Le musée est né d’un projet national lancé dans les années 1980. Nous étions en concurrence avec Cahors et c’est finalement notre candidature qui a été retenue", raconte Bruno Delfino. Installée dans l’ancienne halle aux grains construite en 1819, cette collection fait aujourd’hui de la commune gersoise une référence nationale dans un domaine aussi méconnu qu’inattendu.

Derrière son nom qui prête parfois à sourire, le musée d’art campanaire raconte surtout une histoire universelle : celle des premiers réseaux de communication de l’humanité, lorsque quelques sons suffisaient à faire vivre toute une communauté.