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“C’est un trésor historique” : la partie d’un navire de guerre napoléonien mis à jour au large de l’Hérault

Une campagne de fouilles archéologiques sous-marine dans l’Hérault a révélé des morceaux d’une épave napoléonienne, d’un navire de guerre coulé en 1809 au large des Aresquiers.

Une campagne de fouilles archéologiques sous-marine dans l’Hérault a révélé des morceaux d’une épave napoléonienne, d’un navire de guerre coulé en 1809 au large des Aresquiers.

Les fouilles archéologiques sous-marines ne sont jamais un long fleuve tranquille et font passer par tous les états. Pensez donc : voilà un an, la section de recherches archéologique et subaquatique de Frontignan, dans l’Hérault, se mettait en quête de vérification des "anomalies" repérées avec des détecteurs sismiques et magnétométriques depuis 2018. Après une campagne difficile liée à une météo épouvantable, ils mettaient à jour le début d’une structure en bois orangé lors des ultimes recherches… Une nouvelle épave pensaient-ils, peut-être du XVIIe siècle. La campagne 2026 qui s’achève ne l’a finalement pas confirmé, mais a réservé une belle surprise.

Le lieu où a été trouvé le bout d’épave.
Le lieu où a été trouvé le bout d’épave. Sophie Wauquier

"Les conditions ont encore été difficiles, 8 jours sur 21 avec du mauvais temps où l’on n’a pas pu prospecter" rapporte Laurence Serra, archéologue professionnelle qui chapeaute les fouilles menées par les bénévoles, sous l’autorité du Drassm (département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) à Marseille. Car sous l’eau, pour fouiller ce potentiel "trésor", baptisé Aresquiers 20 (succédant à 19 autres épaves de toutes époques trouvées dans le secteur), il faut utiliser les "suceuses" de sable pour dégager la découverte qui ne manque pas d’être à nouveau ensevelie au moindre changement de temps ou de courant.

Les bateaux sabordés pour qu’ils échappent aux Anglais

Après avoir enfin ouvert 10 m2 de sédiments, examiné la structure en bois, longue de 5,2 m et large de 60 cm, le constat s’est imposé. "En lien avec le Drassm, on a tout de suite compris qu’il s’agissait d’une épave napoléonienne et que c’était un morceau du Robuste ou du Lion, c’est émouvant de faire cette découverte, c’est un trésor historique", poursuit Laurence Serra.

Ces deux navires du XIXe siècle sont tout simplement les seules épaves datant de Napoléon jamais fouillé en Méditerranée française et l’on doit à cette même section archéologique de Frontignan vingt ans de recherches (1981-2000), sous la houlette de Fernand Robert, sur ces navires depuis la découverte du premier canon en 1979 (1).

Et le Robuste et le Lion disent beaucoup de l’histoire régionale, théâtre de guerres internationales. En 1809, Napoléon prépare un convoi de 19 navires au départ de Toulon à destination de Rosas en Espagne pour ravitailler ses troupes, et ils sont protégés par le Robuste et ses 80 canons ainsi que le Lion et l’Amélie et leurs 74 canons.

Mais les Anglais veillent, les prennent en chasse et les navires serrent la côte pour leur échapper et rallier Sète. En vain pour Le Robuste et le Lion, coincés dans le banc rocheux alors que les ennemis se rapprochent. Le contre-amiral Baudin, après que les centaines de marins ont été débarqués, décide de mettre le feu aux poudres d’une longue mèche amenée jusqu’au bord, et fait exploser les bateaux chargés chacun de plus de 20 tonnes de poudre.

"Cela nous apprend beaucoup sur la construction navale"

"L’explosion a été entendue jusqu’à Montpellier et même Nîmes. Pour Napoléon il était hors de question de laisser ces navires de guerre aux Anglais, rappelons que nous avions l’ingénierie maritime que toute l’Europe nous enviait", rappelle l’archéologue.

Alors, sous l’eau, cet été, retrouver une partie d’un des deux navires, certainement la partie du pont qui soutenait les canons, à près de 3 km du lieu de l’explosion a fait le bonheur des chercheurs.

"C’est incroyable, ces épaves sont le sujet de mon mémoire, cela nous apprend beaucoup de ce que sont un navire de guerre et la construction navale, on attend encore la datation" se réjouit de son côté Manon Audibert, qui a participé aux fouilles et en master "archéologie du patrimoine maritime", de l’université de Perpignan.

Désormais, le bois va être examiné et daté dans un laboratoire de dendrochonologie en Suisse pour savoir de quel bateau il s’agit, l’un ayant été construit à Toulon, l’autre à Saint-Nazaire.