C’est si facile d’être heureux avec une bonne pièce
À elle seule, la scène où Jonathan et Jeanne se séduisent et finissent par tomber dans les bras est un sommet d'humour juif, le plus jubilatoire de tous. Mais revenons au début de ce C'est pas facile d'être heu...
À elle seule, la scène où Jonathan et Jeanne se séduisent et finissent par tomber dans les bras est un sommet d'humour juif, le plus jubilatoire de tous. Mais revenons au début de ce C'est pas facile d'être heureux quand on va mal, pièce qui a reçu le Molière 2024 de la meilleure comédie et du meilleur auteur francophone, Rudy Milstein.
Le pitch ? Jonathan (Stéphane Pirard) est un psy qui va encore plus mal que ses patients. Nora (Séverine De Witte) est toute proche de la dépression nerveuse. Jeanne (Laure Godisiabois) ne comprend pas pourquoi elle a un cancer alors qu'elle fait du yoga et mange bio. Maxime (Quentin Minon) est prêt à (absolument) tout pour rencontrer l'homme de sa vie, mais, en attendant, il s'ennuie au guichet du Grand Palais. Timothée (Jean-François Breuer) écrit les discours d'un député mais fuit les engagements, se sentant harcelé par Maxime. Tous ces quadragénaires font bonne figure, sourient ou tempêtent, mais tous sont en quête du bonheur…
On se quitte, on s'allonge sur le divan pour se confier, on sort dans des boîtes gays ou des karaokés. On se drague devant les portes des toilettes, se confie devant celle de l'immeuble dont on a oublié les clefs, ou dans le métro, entre Parc et Sainte-Catherine – la metteuse en scène, Sandra Raco, a adapté le texte pour coller à la Belgique (le Grand Palais faisant place au Palais des Beaux-Arts), ce qui vaut une crise de nerfs aussi désopilante que noir-jaune-rouge à Nora – "mais c'est tellement vrai, ma bonne dame, elle a tellement raison".
Ces losers magnifiques au bout du rouleau ou toujours à la recherche de l'âme sœur font feu de tout bois dans leurs répliques. Tout y passe, les illusions perdues, les angoisses existentielles, l'amour qui s'étiole, les lâchetés du quotidien… Et c'est profondément humain.
Combien crois-tu que tu doives à tes parents ?Nostalgie 80
En plus de nous emporter par le rire, ce spectacle transforme le vénérable théâtre en karaoké bar et le public est invité à chanter ces tubes des années 80. À souligner que les comédiens chantant – bien – en direct, ils font bien mieux que certain(e)s des créateurs et -trices des morceaux originaux, mais on ne donnera pas de nom.
La scénographie de Noémie Vanheste répond à toutes les exigences de cette comédie à sketches dont l'intrigue se déroule dans une dizaine d'endroits différents. En un claquement de doigts, ou le temps de pousser ou de tourner un canapé, le spectateur doit se sentir ailleurs. Ces changements de décor sont parfois par eux-mêmes des gags, en plus des bonnes répliques dont la pièce est truffée…
Kostia, un homme entre deux viesL'écriture de Rudy Milstein laisse à chacun des comédiens la place pour déployer toute l'étendue de son talent. Ce spectacle vaut largement toutes les séances de psy, en tout cas. Un excellent moment pour ouvrir la nouvelle saison des Galeries.
Théâtre royal des Galeries, jusqu'au 11 octobre, trg.be
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.