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“C’est Ragnar avec un grand sourire” : comment Erling Haaland a conquis les cœurs à la Coupe du monde 2026

Autrefois considéré comme un joueur robotique, à la fois talentueux et discret, le buteur norvégien Erling Haaland a vu sa cote de popularité exploser lors de la Coupe du monde 2026. Notamment grâce à une communication sans filtre, que nous aide à décrypter un expert.

L'accessoire était tellement incongru qu'il a volé la vedette à son sac Dolce & Gabbana, dernière pièce tirée d'une impressionnante collection personnelle de sacs qui avait déjà fait pivoter plus d'un œil. Au lendemain de l'élimination de la Norvège le 11 juillet dernier, voici donc l'ultime image qu'Erling Haaland a offert de lui dans cette Coupe du monde 2026 : un tarmac d'aéroport, une paire de lunettes de soleil, un sac de luxe en croco bordeaux, un grand sourire et… un raton laveur empaillé, agrippé à une bouteille de whisky vide.

Un choix de souvenir comme un autre finalement.

Un choix de souvenir comme un autre, finalement.© JAN LANGHAUG/Getty Images

L'image résume bien le personnage : détonnant, en permanence en train de danser comme un gosse sur la frontière entre le sérieux et l'absurde, pas plus emmerdé que ça d'être d'un côté ou de l'autre. Dans sa routine sportive et dans son régime alimentaire, c'est un moine. Dans ses discours, en revanche, il est farceur et léger, le second degré chevillé au corps. Comme le résume Jérémy Puzos, fondateur de l'agence Double Contact qui accompagne des footballeurs dans leur communication : “Il dédramatise. Malgré l’enjeu, il arrive à créer du lien."

30 millions de followers supplémentaires sur Instagram

Ce raton laveur a été l'ultime pied-de-nez dans un été durant lequel Erling Haaland aura conquis les cœurs. Loin des codes très lisses de communication de la majorité des footballeurs professionnels actuels, Haaland a multiplié les scènes drôles, cocasses, contrastant avec son image sur le rectangle vert. Le Norvégien “est très simple dans sa com", souligne Jérémy Puzos. Après son doublé qui a renvoyé le Brésil à la maison, en 8e de finale, son selfie pris en contreplongée, visage impassible — l'une de ses marques de fabrique — a totalisé plus de 28 millions de like sur Instagram.

Et ça marche : sur ce réseau social, son compte est passé de 40 à plus de 70 millions d'abonnés en un mois. Une croissance complètement folle, comparable à celle du gardien du Cap-Vert, Vozinha, autre phénomène de cette Coupe du monde. Haaland était déjà une star en Europe, chez les connaisseurs de football : avec son personnage, il a conquis l'Amérique.

Erling Haaland s'est naturellement rvl comme le leader de cette belle quipe de Norvège.

Erling Haaland s'est naturellement révélé comme le leader de cette belle équipe de Norvège.© Eurasia Sport Images/Getty Images

Son personnalité, sa communication, c'est qu'il “n’a aucun filtre”, explique Jérémy Puzos. "Il ne met pas de barrière entre le spectateur et lui. Ça se voit qu’il n’y a pas une équipe de communication derrière mais c’est toujours savamment pensé. Il ne se met jamais en porte-à-faux, Il ne dit jamais de dinguerie.” Erling Haaland se contente d'être lui-même, de réagir comme le ferait n'importe qui à des choses globalement positives ou marrantes qui le concernent. Comme lorsqu'il s'invite dans la section commentaires, sur Instagram, de la vidéo de l'influenceuse Emma Kate Willman, qui lui ressemble étrangement, juste pour dire ”bonjour". Entre deux matchs, on l'a aussi vu aller se faire faire un chapeau de cow-boy sur-mesure au Texas, puis poser pour une photo avec une paire de santiags et un t-shirt sur lequel on pouvait lire “Y'all can kiss my Dallas”. En toute simplicité.

“Nature peinture”

Quelque part, Haaland offre une autre façon d'être une superstar. Car c'est ce qu'il est, en tant que l'un des meilleurs joueurs de la planète depuis des années. Mais il l'est sans faire spécialement attention à ce qu'il dit, ou plutôt à la façon dont il dit les choses.

“Son côté ‘nature peinture’ est un vent de fraîcheur à ce niveau”, estime Jeremy Puzos. Cela s'est vu cet été lors de ses prises de parole publiques — “Honnêtement, je me moque un peu de ce match, avait-il lâché avant d'affronter les Bleus, lors du 3e match de poule. Ils vont probablement gagner contre nous et ils vont sûrement gagner le tournoi” — mais surtout sur les réseaux sociaux. Instagram, donc, mais aussi beaucoup Snapchat, qu'il utilise depuis longtemps ou, depuis peu, YouTube, où il partage de courts vlogs sur sa vie entre les matchs.

Mais pourquoi tous les footballeurs n'ont-ils pas une communication aussi décomplexée ? “Haaland, de par sa construction, de par le pays d’où il vient, il a beaucoup moins de pression que d'autres stars du football", estime Jérémy Puzos. Quand un Kylian Mbappé va déchaîner les foules à chaque prise de parole, Erling Haaland, lui, a plus de latitude pour être lui-même.

Idem, s'il a beaucoup été comparé à ses débuts, en termes de profil, à un Zlatan Ibrahimović, le contexte est très différent autour de Haaland, qui a connu un parcours beaucoup moins torturé, et n'est donc “pas dans une recherche de reconnaissance, de devoir prouver en permanence sa valeur”. “Mais il a su garder les pieds sur terre, cultiver cette sympathie, cette bonhommie, qui est très fidèle à ce qu'il est en dehors du terrain : quelqu'un qui est vraiment très normal, très équilibré", estime Jeremy Puzos.

Porté par la popularité de la Norvège

Il n'y a évidemment pas que lui et sa personnalité qui ont joué dans l'explosion de sa cote de popularité. Il y a aussi le maillot qu'il porte. “Dans toutes les compétitions, tu as une équipe coup de cœur et cette année c'était la Norvège", explique Jérémy Puzos.

Sur le terrain, leurs performances ont été remarquées — un quart-de-finale pour leur première participation depuis 1998 — et en dehors, leurs supporters ont marqué l'été avec leur génial Viking Row. Avec ses 7 buts et sa gueule tout droit sortie d'un livre de mythologie nordique, Haaland, lui, s'est retrouvé le symbole de cette équipe “mais aussi de tout un pays”, estime Puzos. “Les cheveux longs, blonds, le physique ultra costaud, le côté Golgoth... Il représente totalement son pays, au-delà du fait que c’est une superstar. C’est le profil-type du viking. S’il avait été brun et qu’il avait fait 1m60, ça n’aurait pas été pareil."

Le Viking absolu.

Le Viking absolu.© Julian Finney - FIFA/Getty Images

Erling Haaland convoque un imaginaire exotique, l'image d'Épinal du Nordique mais avec un côté fun, cool, moderne. Là où Zlatan Ibrahimović était un Scandinave grave et sévère, arrogant et rugueux, Haaland a l'apparence d'un viking mais l'attitude d'un bisounours. “Sur le terrain il est compétiteur, il a un côté très robotique quand il joue mais en dehors, il fait des câlins, il est joyeux… C'est Ragnar avec un grand sourire”, résume Jérémy Puzos.

C'est sans doute ça, qui plaît tellement avec Erling Haaland : celui que l'homme déjoue avec autant de décontraction l'image qu'on pourrait avoir de lui au premier regard. Son Mondial a confirmé qu'il était l'un des personnages les plus sympathiques du football actuel, en plus d'être l'un des plus talentueux. Derrière ses buts, ses pointes de vitesse impressionnantes, on retiendra surtout ses sourires, ses sorties de route sans jamais déraper, sa légèreté qui n'est jamais de l'inconscience. Et cette chanson, que tout le monde a eu en tête au moins une fois au cours de l'été et dont la punchline le résume parfaitement : “Ha, ha, ha, Haaland !”