“C’est mon nouveau métier”: la filière noisettes se développe en Belgique avec 500 noisetiers plantés dans le namurois
Un peu comme la vigne, la culture du noisetier remonte vers le nord et se plaît en Belgique. Au sud-ouest de Namur, l'entreprise Agronuts fait renaître toute une filière: de la plantation jusqu'au praliné.
Les champs changent doucement de visage sur les hauteurs de Sart-Saint-Laurent (Fosses-la-Ville). Là où poussaient autrefois les grandes cultures, de jeunes noisetiers s'alignent désormais par centaines.
Il suffit de parcourir quelques rangées pour comprendre que le noisetier n'est plus ici un simple arbuste de jardin. Sur les terres de Benoît Genin, chaque hectare accueille environ 500 plants.
Les conseils de Marc Knaepen pour avoir une belle récolte de noisettesLes arbres sont encore jeunes, mais leur avenir est déjà soigneusement programmé: choix des variétés, pollinisation, taille, récolte, transformation…"On a adopté un nouveau métier, celui de nuciculteur", sourit Benoît Genin, cofondateur d'Agronuts aux côtés de sa femme Mélanie Favereaux et de leur associé, Pierre-Olivier Bonhomme.

L'idée lui est venue en 2015, lors d'un séjour en Italie. Issu d'une famille d'agriculteurs – il représente la sixième génération sur l'exploitation –, il découvre les immenses vergers du Piémont. De retour en Wallonie, une question s'impose: pourquoi ne pas faire la même chose ici ?
Une étape cruciale pour la filière noisette : "À la fin de l'année, nous aurons passé le cap des 200 hectares", affirment les namurois d'Agronuts"On est dans le pays du chocolat. Pourtant, il n'y avait pratiquement pas de filière belge de la noisette. Il y avait donc quelque chose à créer." Trois années de recherches et de voyages en Europe plus tard, le projet a pris forme. Un premier hectare est planté en 2020, avant l'installation de 19 hectares supplémentaires sur l'exploitation familiale. Agronuts se développe ensuite avec d'autres agriculteurs, en fournissant leurs plants et assurant le service de récolte de ce nouveau genre de verger.
L'entreprise annonce aujourd'hui environ 150 hectares de noisetiers plantés en Belgique, avec une ambition de 400 hectares à l'horizon 2030.
Le climat belge, un nouvel atout
Pourquoi miser sur une culture que l'on associe davantage à l'Italie ou à la Turquie, cette dernière détenant 70% de la production mondiale ? "Parce que le noisetier se plaît plutôt bien sous nos latitudes, observe le Fossois.La plante pousse spontanément dans nos régions et apprécie les sols profonds et bien drainés. Le changement climatique modifie également la carte des cultures dans les grandes régions productrices, confrontées à davantage de sécheresses et d'aléas climatiques." Le pari n'est toutefois pas sans risques. Le noisetier fleurit très tôt et redoute les gelées tardives. Il souffre également des excès d'eau comme des sécheresses prolongées.
Autre particularité à contrôler: un noisetier ne peut pas se débrouiller seul. Les variétés sont auto-incompatibles. "Le pollen, transporté par le vent, doit donc venir d'une variété compatible, précise Pierre-Olivier Bonhomme, agronome. Dans un verger, une variété principale est associée à plusieurs pollinisateurs afin de couvrir sa période de floraison."

De la noisette de bouche au praliné

Alors, l'entreprise a proposé une douzaine de cultivars différents. De quoi varier les plaisirs en bouche."Une belle noisette de table et une noisette destinée à l'industrie ne répondent pas aux mêmes critères. Nous devons choisir les variétés en fonction du produit que l'on veut obtenir", explique Benoît Genin. C'est là que se trouve l'originalité d'Agronuts. Car l'entreprise ne veut pas uniquement planter des arbres, vendre des noisettes et des plants en Europe. Elle veut maîtriser l'ensemble de la chaîne. Dans son unité de transformation de Sart-Saint-Laurent, elle produit des noisettes entières ou décortiquées et torréfiées, mais aussi de la pâte pure et du praliné destinés à l'industrie ou aux commerces locaux. De nombreux chocolatiers, pâtissiers, boulangers et glaciers en Wallonie et à Bruxelles ont déjà fait le choix du fournisseur local, comme Chantal Florent, Darci, Ducobu, le Glacetronome, Capou, le Pain d'Antan, Carrément Bon, etc.
Bons plans: quelques astuces et idées pour cuisiner la noisetteDans quelques années, les jeunes arbres aujourd'hui alignés dans les champs porteront des kilos de fruits. Entre-temps, Benoît Genin continue à faire la navette avec l'Italie, à observer les vergers, à tester les variétés et à accompagner de nouveaux producteurs ou des particuliers prêts à se lancer dans de plus modestes cultures. "On ne plante pas un noisetier pour récolter demain. C'est un projet qui demande de penser à dix, vingt ou trente ans."
À Fosses-la-Ville, la noisette belge a donc déjà pris racine. Reste désormais à lui donner une place durable dans les paysages et dans les assiettes.
Des poules sous les arbres

Dans les rangées d'arbres, Agronuts expérimente aussi différentes manières de conduire la culture avec le moins d'intrants possible.
Le balanin, petit charançon dont la larve dévore l'amandon à l'intérieur de la noisette, constitue l'un des principaux ennemis du verger. Pour le limiter, le cultivateur conseille "des poules sous les noisetiers. Elles grattent le sol, mangent certains insectes et contribuent à sa fertilisation."
Autre conseil pour protéger ses fruits : "Une récolte rapide des fruits tombés permet notamment de limiter le cycle de l'insecte."
Du Piémont ou de l'Oregon

Toutes les noisettes ne se valent pas et surtout, toutes n'ont pas la même destination. Agronuts travaille notamment avec des variétés italiennes réputées comme la Tonda Gentile, la fameuse "ronde du Piémont", sans doute la favorite du patron. "Elle est croquante et savoureuse, c'est la célèbre noisette du Ferrero Rocher. Elle se prête particulièrement bien à la consommation entière, à la torréfaction ou à la fabrication d'huile. Et son plan est résistant au climat froid."
D'autres variétés sont davantage destinées à la transformation industrielle, "notamment pour obtenir une pâte ou un praliné, comme la Yamhill. Celle-là provient de l'Oregon et est une championne au niveau du rendement."
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