« C’est génial ! », « une catastrophe pour la circulation » : sur le port de Toulon, la piste cyclable est ouverte… mais le débat est loin d’être fermé
Depuis ce vendredi 31 juillet, les travaux de la piste cyclable de l’avenue de la République, le long du port de Toulon, sont terminés. Son aménagement est globalement très apprécié par les cyclistes. Beaucoup moins par les automobilistes.
Le projet avait été présenté par la maire Josée Massi mi-juin. C’est une réalité depuis ce vendredi. Les cyclistes possèdent désormais leur propre piste sur l’avenue de la République.
Elle se situe côté centre ancien. Et permet de raccorder la base navale et le stade Mayol. 800 mètres de long, 3,20 mètres de large, à double sens et totalement sécurisée, voilà pour la fiche technique.
Les automobilistes n’auront pas manqué de noter qu’une voie de circulation leur a été enlevée dans le sens ouest-est afin de réaliser l’aménagement.
Les travaux ont duré un peu plus d’un mois et auront coûté 500 000 euros. Le plus long a été sans doute le déplacement des arrêts de bus. Ils ont été avancés pour « coller » avec la nouvelle voie de circulation. Les vélos et autres trottinettes doivent, eux, les contourner par l’arrière.
Une piste très attendue
« C’est un projet auquel je tiens beaucoup », avait déclaré lors de sa présentation la maire de Toulon. Les associations cyclistes ne cachaient pas non plus leur satisfaction quant à le voir se réaliser. « Nous la réclamons depuis vingt ans », a ainsi commenté Maurice Franceschi, le président de Toulon Var Déplacements.
Ce vendredi matin, tout le monde n’a pas encore pris le coup. Et quelques cyclistes se frayent toujours un chemin entre les voitures. Question d’habitude sans doute. Mais déjà, la piste est fréquentée. Pas facile d’arrêter certains qui filent à vive allure vers leur destination. D’autres ont pris le temps de nous livrer leur sentiment quant à ce nouvel aménagement.
« C’est génial, témoigne ainsi Frédéric. On se sent en sécurité grâce aux boudins qui délimitent la piste. Et ça pour un cycliste, ça n’a pas de prix ! Il y a surtout une vraie évolution par rapport à avant. La bande verte était minuscule, je ne vous raconte même pas quand un bus essayait de doubler. Je l’ai fait deux fois et j’ai arrêté. »
Anne-Marie aussi est ravie. Elle vient du Mourillon pour faire son marché sur le cours Lafayette. « Bravo pour cette initiative. C’est très bien. Il faut continuer », encourage-t-elle. Avant d’ajouter : « J’ai longtemps vécu à Rennes. Là-bas, il y a beaucoup de vélos malgré la pluie. À Toulon, on a tout le temps du soleil et pourtant les gens ne roulent pas. Cette nouvelle piste cyclable va les y encourager j’espère. C’est une infrastructure qui manquait. »
Alexis est moins dithyrambique au sujet de l’avenue de la République. Il l’utilise quotidiennement, lui qui habite Saint-Jean et travaille à la base navale. « Je ne suis pas totalement convaincu par le double sens. J’ai failli me faire renverser par une trottinette. Il faut laisser un peu de temps pour vraiment voir ce que ça donne. »
Une experimentation de trois mois
CYRIL HIELY / Nice-matin
Et justement le temps, la municipalité compte bien en donner à cette piste de cyclable avant de l’installer définitivement dans le paysage. « Nous menons une experimentation de trois mois, assure l’adjoint Albert Tanguy. En octobre donc, on fera le point avec les associations, les automobilistes… » Mais l’élu prévient : il y aura toujours une piste bi-directionnelle sur l’avenue de la République. « On peut, selon les résultats de l’essai, imaginer la déplacer côté port. Mais cela entraînerait la suppression des places de parking, l’enlèvement de palmiers… »
En attendant, la ville planche déjà sur les futurs aménagements cyclables. Notamment sur l’avenue de-Lattre-de-Tassigny, actuellement en travaux. « Et puis on s’attaquera au bas des Lices sur Fabié ou encore au boulevard de Tessé », poursuit le « Monsieur vélo » de l’équipe municipale.
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La circulation perturbée
En perdant une voie, les automobilistes sont mathématiquement plus à l’étroit. Et cela se matérialise par plus de bouchons. C’est en tout cas ce que ressentent Sébastien et Laurent, deux chauffeurs de taxi toulonnais. Le premier l’assure : « c’est une catastrophe. J’essaie désormais d’éviter au maximum le secteur. Mais parfois, on n’a pas le choix et là, c’est à pleurer. Notamment quand on tombe en même temps que le départ d’un bateau pour la Corse. » Son collègue se révèle plus pragmatique : « J’attends de voir. Mais depuis plus d’un mois que la voie est supprimée, ce n’est guère encourageant. »
Du côté des snacks installés le long de l’artère, on est aux premières loges pour observer la circulation. Là aussi, le verdict est sans appel. « Il y a beaucoup d’embouteillages les matins entre 8h et 9h et le soir de 17h à 18 h 30. C’est plus qu’avant », raconte la gérante de l’un d’entre eux. Un serveur, un peu plus en amont de l’avenue, constate également plus de tensions. « On entend beaucoup les gens klaxonner, s’énerver… L’attente est parfois longue pour faire quelques mètres. »
Malgré cette voie en moins, il est à noter que pour traverser Toulon d’ouest en est, il reste cinq voies, sans compter le tunnel (deux sur le port, deux sur les « grands boulevards » et une av. Commandant Nicolas, le long du Zénith). Soit le même nombre que pour parcourir la ville d’est en ouest...