Budget fédéral: “Pour le MR, une attaque sur la TVA est inacceptable”, avertit David Clarinval
Le vice-Premier ministre MR donne ses priorités en vue du conclave budgétaire qui attend l'équipe de Bart De Wever, fin septembre. Sans surprise, le libéral rejette toute hausse d'impôt et veut réduire le train de vie de l'État.
La solitude politique, David Clarinval connaît. Sous la Vivaldi, le vice-Premier ministre MR avait bloqué la réforme fiscale proposée par le CD&V. Il était sorti épuisé de ce combat. Au sein du gouvernement De Wever, le libéral s'apprête à vivre – à nouveau – de grandes tensions à partir du 21 septembre, début officiel du conclave budgétaire. L'Arizona doit trouver 10 milliards et David Clarinval soupçonne les partenaires du MR de vouloir augmenter les impôts.
L'objectif a été fixé avant les vacances : vous devez trouver 10 milliards d'euros. Pourquoi ce montant ?
On estime qu'en réalisant cet effort-là, nous ramènerons le déficit public aux alentours de 4 % du PIB en 2029. Ce serait meilleur que la trajectoire budgétaire demandée par l'Europe. En mettant 10 milliards, on se fixe donc une certaine ambition.
David Clarinval (MR) : "Les économies que permet la réforme du chômage sont énormes : 1,6 milliard d'euros"Où allez-vous faire ces économies ?
D'où vient le problème budgétaire de la Belgique ? Des dépenses publiques. Les chiffres de la Banque nationale montrent clairement qu'elles ont explosé ces dernières années. En 2022, les dépenses publiques représentaient 52,5 % du PIB, puis elles sont montées à 54,1 % en 2024 – il y a eu un effet Vivaldi – et sont stabilisées depuis. Dans le même temps, les recettes sont restées au même niveau et ont même un peu diminué. C'est donc clairement la hausse des dépenses qui a mis la Belgique dans une situation délicate. Et si on ne fait rien, elles vont encore augmenter. Le budget de l'assurance-maladie ne cesse de grimper. En 2019, il s'élevait à 26 milliards d'euros. En 2026, ce sera 43 milliards et en 2029, si on maintient la norme de croissance des dépenses à 3 %, on sera à 49 milliards. Ce sont des chiffres colossaux. Nous devons donc agir au niveau des dépenses où les dérapages sont évidents. D'autant que, même avec un niveau de recettes globalement stables, voire en légère diminution, la Belgique reste un pays parmi les plus taxés de l'OCDE. Nous avons atteint les limites du système. Trop d'impôts tuent l'impôt. Par exemple, chaque fois qu'on augmente les accises sur le tabac ou l'alcool, les recettes diminuent. Les gens vont acheter ailleurs.
Pourquoi le MR n'aime pas les syndicats et surtout la FGTBPourtant, au sein du gouvernement, les autres formations politiques disent qu'il faudra aussi agir sur les recettes pour réduire le déficit et estiment qu'une hausse de la TVA est inéluctable…
Le MR défend le pouvoir d'achat. Pour nous, une attaque sur la TVA est donc inacceptable. On l'a déjà bloquée par le passé et on continuera à la bloquer. On doit pouvoir sortir des sentiers battus. Nous allons défendre deux choses durant la négociation. La première, c'est de travailler sur un élément un peu négligé : la croissance. Selon les chiffres de la Banque nationale, nous aurons une croissance de 0,7 % du PIB en 2026. C'est très faible. Si on rehausse la croissance de 0,5 % pour la porter à 1,2 % du PIB, l'État empochera mécaniquement 1,5 milliard de recettes en plus. Nous allons donc déposer un plan en 80 mesures pour booster la croissance.
guillementNous allons déposer un plan en 80 mesures pour booster la croissance.
Pouvez-vous nous en donner quelques-unes ?
Je préfère ne pas trop les dévoiler parce que bien souvent quand on les dévoile à l'avance, elles sont grillées rapidement.
Et le second élément que vous allez défendre à la table du gouvernement ?
Il existe aujourd'hui une série de mesures pour lesquelles un accord a été trouvé et qui se trouvent dans l'accord de gouvernement, mais qui n'ont pas encore été exécutées. Si chaque ministre met en œuvre ces mesures, cela apporterait 4 milliards d'euros au budget. En fait, il y a un seul ministre qui a atteint son objectif, c'est moi ! Je suis même en excédent de 400 millions. Avant de faire de nouvelles mesures, exécutons celles qui ne le sont pas. Et si les ministres ne peuvent les mettre en œuvre pour une raison ou une autre, ils doivent prendre des mesures alternatives dans leur champ de compétences pour obtenir le même résultat. Donc si vous dégagez, d'une part, 4 milliards d'euros, simplement en mettant en œuvre l'accord du gouvernement et obtenez, d'autre part, 1,5 milliard grâce à un boost de croissance, vous avez déjà trouvé 5,5 milliards des 10 milliards de l'objectif. Il reste alors 4,5 milliards à trouver avec des réformes nouvelles, qui nécessiteront des discussions. Cela devient jouable. Voilà notre stratégie qui, vous l'aurez compris, ne comporte pas de taxes nouvelles.
Immanquable : le contenu intéressant de la poubelle de Bart De Wever, les vacances de certains élus politiques dérangentSans taxe ? L'accord du gouvernement dit qu'un neuvième de l'effort doit être fait en recettes…
C'est exact. Nous sommes d'accord avec cela. Mais ce "un neuvième" doit s'appliquer aux 4,5 milliards qui restent à trouver. Cela ne concerne pas les 4 milliards résultant de l'application de décisions déjà prises. Ni le 1,5 milliard attendu d'une meilleure croissance économique.
Mais si ce n'est pas la TVA, où allez-vous trouver cette part de l'effort d'un neuvième en recettes ?
Le MR ne proposera aucune taxe car nous sommes déjà assez imposés en Belgique. Mais je ne doute pas que la liste de nouvelles taxes proposées par mes collègues sera longue. Ils ne manquent pas d'imagination pour cela.
Le président du PS a déclaré qu'il avait identifié une série de mesures qui permettrait de trouver 16 milliards, notamment 2 milliards dans les dépenses militaires.
Je n'ai pas trouvé les déclarations de Paul Magnette très crédibles. C'était populiste et racoleur. Il se décrédibilisait tout seul.
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