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Bruyante, disgracieuse et source de rejet d’air chaud: la climatisation, nouveau sujet de discorde entre voisins

Face aux températures records enregistrées lors des dernières vagues de chaleur, de plus en plus de foyers s'équipent de systèmes de climatisation: mobiles, monoblocs, splits ou réversibles. Mais ces appareils qui apportent un réel confort en période de canicule ne sont pas sans inconvénients. Elles...

Un tuyau d'aération d'une climatisation mobile sortant de la fenêtre d'un appartement parisien pendant la canicule, jeudi 9 juillet 2026.

Un tuyau d'aération d'une climatisation mobile sortant de la fenêtre d'un appartement parisien pendant la canicule, jeudi 9 juillet 2026. - CORINNE SIMON / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Face aux températures records enregistrées lors des dernières vagues de chaleur, de plus en plus de foyers s'équipent de systèmes de climatisation: mobiles, monoblocs, splits ou réversibles. Mais ces appareils qui apportent un réel confort en période de canicule ne sont pas sans inconvénients. Elles peuvent vite devenir une source de nuisances et provoquer des tensions et autres conflits de voisinage.

Depuis la première vague de canicule, lire quelques pages au soleil ou simplement profiter du calme de sa terrasse est devenu impossible pour Sophie, depuis que son voisin a installé une unité extérieure de climatisation sur la façade de sa maison située à Obernai (Bas-Rhin), juste au-dessus de son salon de jardin. Désormais lorsque cette enseignante de 57 ans met le nez dehors, elle est accompagnée d'un ronronnement continu "assez désagréable".

"Le tuyau donne juste au-dessus de notre tête", râle l'Alsacienne. "Ça fait le bruit d'un appareil électrique qui fonctionne, comme une machine à laver. Si on veut lire tranquillement ce n'est pas possible, hier c'était tellement bruyant que j'ai préféré rentrer à l'intérieur de la maison. Ça tape sur le système".

"Il aurait pu nous demander si ça nous dérangeait"

Agacés par cette nuisance sonore, Sophie et son mari se sont renseignés sur la réglementation encadrant ce type d'installation. Sans avoir, pour l'heure, interpellé leur voisin, avec lequel les relations sont déjà tendues, ils envisagent toutefois de se tourner vers la mairie si l'équipement s'avérait non conforme.

"Il aurait déjà pu nous demander si ça nous dérangeait", regrette Sophie.

"Je ne vais pas non plus déménager pour ça, on est là depuis quinze ans. Mais ce n'est pas la première fois qu'on a des soucis avec cette personne. C'est dans ses habitudes de prendre des libertés".

Le couple s'interroge notamment sur les démarches administratives qui auraient dû être effectuées avant l'installation. "Normalement, il faut une autorisation de la mairie pour faire ce genre de travaux. Je ne vais pas réagir pour l'instant mais si on m'explique que ce n'est pas réglementaire, alors on ira en parler".

Une climatisation réversible. Photo d'illustration
Une climatisation réversible. Photo d'illustration © DR

En France, la réglementation légale dépend du type de climatisation installé: une climatisation monobloc, sans unité extérieure, ne nécessite généralement aucune autorisation d'urbanisme. En revanche, une climatisation split, équipée d'un groupe extérieur fixé sur une façade ou au sol, est souvent soumise à une déclaration préalable de travaux lorsqu'elle modifie l'aspect extérieur du bâtiment.

Dans tous les cas, l'appareil ne doit pas causer de trouble anormal de voisinage: si son bruit est jugé excessif par son intensité, sa durée ou sa répétition, il peut être contesté, même si son installation est conforme.

Avec la multiplication et l'intensification des vagues de chaleur ces dernières semaines, les climatiseurs se développent rapidement, parfois sans véritable réflexion collective sur leur intégration dans les villes. Pour Clément Gaillard, docteur en urbanisme spécialiste de l'adaptation à la chaleur et au changement climatique, cette installation croissante d'équipements individuels est aussi le signe d'une difficulté à anticiper les conséquences du réchauffement climatique.

"Les choses se développent un peu de façon anarchique. Les gens prennent des initiatives individuelles et, forcément, cela crée des conflits lorsque les propriétaires ou les copropriétés essaient d'harmoniser les installations. C'est aussi le symptôme d'une impréparation face à ces enjeux", estime-t-il.

"On est face à une pénurie de fraîcheur"

Ces tensions ne sont pas seulement liées aux appareils, mais aussi aux effets de la chaleur sur les comportements. "Elle accentue certains comportements agressifs", explique Clément Gaillard, qui souligne que la fatigue et le manque de sommeil peuvent également favoriser les conflits de voisinage.

Clément Gaillard note que ces situations révèlent surtout un manque d'adaptation collective face à la hausse des températures. "On est face à une pénurie de fraîcheur: on n'a pas assez de parcs, de quais aménagés ou d'espaces pour se rafraîchir. Pareil pour les équipements que les gens s'arrachent, comme on a pu le voir chez Lidl, cela crée indéniablement du conflit".

L'Apur, agence d’études et de prospective qui travaille sur les évolutions de Paris et de la métropole du Grand Paris, observait d'ailleurs dans une étude d'avril 2025 que dans la capitale, les plaintes liées aux installations de climatisation augmentent lors des périodes les plus chaudes, notamment en raison des nuisances sonores qu'elles peuvent générer.

Mais l’installation d’une climatisation ne dépend pas seulement des contraintes techniques ou réglementaires. En copropriété, elle peut aussi être soumise au vote des autres résidents.

À Metz (Moselle), dans l’immeuble de Camille C., 33 ans, deux couples de copropriétaires ont ainsi vu leur projet d’installation refusé en assemblée générale en novembre dernier, malgré un dossier préparé en détail. "Beaucoup ont voté contre par avance sans avoir pris connaissance du projet. Nous sommes 49 lots, mais en présentiel, on était qu'une quinzaine, les autres votent par correspondance, donc c’est impossible de les convaincre", raconte cette salariée.

Combien coûte la climatisation?

Combien coûte la climatisation?

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Le projet avait pourtant été conçu pour répondre aux exigences de la copropriété. "Ils avaient fourni tous les devis, les documents, les relevés de décibels qui étaient dans les normes, les plans. Ils avaient vraiment tout peaufiné de A à Z pour que ça passe, et pourtant ça n’est pas passé", explique Camille. Dans cet immeuble en forme de L, les unités extérieures devaient être installées côté rue, une zone où elles n’auraient, selon elle, gêné aucun voisin.

L’objectif, pour ces copropriétaires, était avant tout de gagner en confort face à des étés de plus en plus chauds. "Ils doivent s'en mordre les doigts aujourd'hui avec la canicule", souligne Camille.

"Les appartements retiennent beaucoup la chaleur. Ils voulaient simplement un peu de confort, en prévision des étés où l’on pourrait atteindre 45 °C. En tout cas avec mon mari, on réfléchissait aussi à installer la clim, mais maintenant on sait que même si on voulait le faire, on ne pourrait probablement pas", souffle aussi cette Alsacienne.

"Les gens commencent à s’équiper de façon désordonnée"

Face à ces difficultés, certains copropriétaires choisissent d’anticiper plutôt que d’attendre que les premiers conflits apparaissent. C’est le cas d’Emmanuel Parody, consultant parisien, qui a entrepris de faire évoluer le règlement intérieur de son immeuble, une copropriété d’une quinzaine de lots du 20e arrondissement non équipée de climatisation.

"On sent bien que les gens commencent à s’équiper de façon désordonnée, et tout le monde va découvrir qu’il est quasiment impossible d’obtenir l’accord de l’ensemble de la copropriété. L’idée, c’est donc de prendre les devants et de définir ce qui est autorisé ou interdit, plutôt que de devoir gérer des plaintes dans l’urgence", explique-t-il.

La démarche est née après une première alerte dans l’immeuble: il y a trois semaines, une propriétaire s’est plainte d’entendre la nuit le bruit d’une climatisation dans la cour intérieure, sans parvenir à identifier son origine. "Personne ne sait d’où ça vient. Ça montre bien qu’on risque de se retrouver rapidement face à des situations compliquées, avec des installations faites au cas par cas", estime Emmanuel Parody.

Son objectif n’est pas d’autoriser toutes les installations, mais d’établir des règles communes. "Installer des climatiseurs sur le toit, tout le monde sait que c’est très compliqué et très coûteux. L’idée serait plutôt d’autoriser certains équipements plus discrets, comme des modèles avec un petit module extérieur, à condition qu’ils ne soient pas visibles depuis la rue", explique cet homme, qui souligne qu'à Paris, les contraintes d’aspect extérieur des bâtiments rendent en effet les installations en façade particulièrement sensibles.

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Pour Emmanuel Parody, cette réflexion doit permettre d’éviter que chacun agisse de son côté. "Le but, c’est de se mettre d’accord en amont, de définir des recommandations et des bonnes pratiques, pour éviter les installations sauvages et qu’on se retrouve ensuite dans des litiges". La décision devra toutefois être validée collectivement et chaque installation restera soumise, au cas par cas, au vote de la copropriété.

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Alors que Paris a connu plusieurs épisodes de chaleur à plus de 40°C ces dernières années, le consultant estime que le sujet est appelé à prendre de l’ampleur. "S’il faut installer des climatisations, il vaut mieux réfléchir à des solutions dans les cours intérieures plutôt qu’en façade. Oui, il y aura du bruit, comme dans toutes les grandes villes. L’enjeu, c’est de trouver une position intermédiaire entre ce qui est interdit et ce qui est possible."