Bruxelles côté jardin, en trompe-l’œil
Les photographies que Philippe De Gobert présente actuellement à la galerie LMNO, dans les deux pavillons à l'entrée du Bois de la Cambre à Bruxelles, nous disent l'éternelle fascination humaine pour la représe...
Les photographies que Philippe De Gobert présente actuellement à la galerie LMNO, dans les deux pavillons à l'entrée du Bois de la Cambre à Bruxelles, nous disent l'éternelle fascination humaine pour la représentation. À l'étage de l'exposition de cette nouvelle série intitulée Dedans/Dehors, une maquette dévoile le dispositif de prise de vue (on devrait plutôt dire de fabrication de vues) des quatorze images montrées. Pour ceux qui ne le savaient pas, c'est clair, chacune de ces photos d'intérieurs d'appartements procède d'une maquette construite et peaufinée dans les moindres détails par l'artiste.
Espace factice
Dès la première de ces images, on est gagné par le même émerveillement que celui du spectateur de théâtre découvrant le décor encore vide à l'ouverture du rideau. Déjà s'ébauche dans cet espace que l'on sait factice toute une histoire que l'on est prêt à croire et ce, dès avant l'entrée des acteurs qui vont l'incarner. Après un premier coup d'œil d'ensemble, le regard scrute plus longuement chacun des nombreux détails qui consolident l'impression de réalité. C'est là tout le délice du spectacle : s'abandonner consciemment à la fiction.
Je ne cherche pas la performance, je ne cherche pas à tout prix d'être fidèle ou minutieux, moi ce qui m'importe, c'est le ressenti que l'on a (...) à la vision de ces maquettes et surtout à la vision des photos.
C'est tout le délice du "vrai-semblable" en fait. Celui des "vues d'optique" du XVIIIe siècle, ces gravures présentées dans une boîte munie d'une lentille sous des jeux de lumière donnant l'illusion de la profondeur. Celui des panoramas si populaires au XIXe siècle, ces toiles peintes montrant des paysages à 360° présentées dans des rotondes qui préfiguraient les salles de cinéma. Celui du Diorama de Daguerre, cet entrepreneur en illusions visuelles, peintre de décors passé maître dans l'art des trompe-l'œil et… passé à la postérité en 1839 comme l'inventeur officiel du procédé photographique.

Simulacres
Louis Daguerre dont les clichés sur métal – les Daguerréotypes – sidérèrent ses contemporains par leur fidélité à la réalité. "On peut y voir le moindre caillou du moindre chemin" écrivait un observateur manifestement impressionné par une de ces premières photographies. C'est le même étonnement qui prévaut aujourd'hui devant celles de Philippe de Gobert, même si l'on sait que les multiples détails qui semblent attester de l'existence des appartements – le plus souvent des ateliers d'artiste – ne sont en définitive que des simulacres.
Simulacres de lumièreDes illusions qui appellent quelque peu notre complicité néanmoins. Dans Du merveilleux en architecture au conte photographique, un film réalisé lors de son exposition éponyme au Havre en 2021, l'artiste précisait en effet : "Je ne cherche pas la performance, je ne cherche pas à tout prix d'être fidèle ou minutieux, moi ce qui m'importe, c'est le ressenti que l'on a à la […] à la vision de ces maquettes et surtout à la vision des photos. Avant tout, il faut qu'il y ait un climat qui passe. Et ça, c'est plus important que la minutie et la précision des maquettes. Rien à voir par exemple avec les passionnés de chemins de fer qui construisent […] des décors fidèles à la réalité. Ce n'est pas du tout mon univers"
Ambiances
Effectivement, dans New York, l'invitation au voyage par exemple, une série dont on avait pu voir un aperçu à la galerie Alice Mogabgab en 2019, primait déjà dans des vues de lofts à New York plus qu'une obsession du détail, un souci de réalisme des ambiances. Souci des atmosphères que l'on retrouve cette fois encore, certes grâce à un fantastique travail sur les lumières, mais surtout grâce à ce que l'on voit par la fenêtre des appartements, à savoir les intérieurs d'îlots bruxellois à nuls autres pareils. Ce sont eux qui sont manifestement au centre de ce travail, ramenant en fait les intérieurs au rang de décor.

Quoi Photographies de Philippe De Gobert Quand Du 10 septembre au 17 novembre, Du 10 septembre au 17 novembre, du mercredi au samedi de 11h à 18h Où LMNO, Bois de la Cambre, 544-589 avenue Louise Rens. : www.lmno.be
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