Brésil : un banquier au cœur d’un scandale qui ébranle la Cour suprême et embarrasse Lula et Bolsonaro
Le banquier Daniel Vorcaro, accusé d’une fraude gigantesque, avait tissé un puissant réseau au Brésil. Ses liens avec Lula, Flavio Bolsonaro et la Cour suprême provoquent aujourd’hui une crise politique et judiciaire majeure.
Il est au cœur de la crise sans précédent qui secoue la Cour suprême brésilienne, à un mois de l’élection présidentielle très attendue. Le banquier Daniel Vorcaro, accusé d’une gigantesque fraude, avait tissé sa toile parmi les plus puissants du pays d’Amérique latine. Détenu depuis mars à la capitale Brasilia, il s’était vanté devant les enquêteurs d’avoir « des amis dans tous les cercles du pouvoir ». Le candidat conservateur Flavio Bolsonaro, est particulièrement embarrassé dans cette affaire.
Il a reconnu avoir demandé à Daniel Vorcaro de l’argent pour financer un film sur son père, l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022). Le site Intercept Brasil avait révélé des messages au ton familier envoyés par le candidat au banquier. Ce dernier aurait versé un peu moins de 12 millions de dollars. Le fils Bolsonaro nie tout acte répréhensible - et toute intimité. Une enquête est en cours.
Vidéo
Gloire et décadence
Daniel Vorcaro, 42 ans, s’était fait connaître sur l’avenue Faria Lima, le centre financier de São Paulo, capitale économique brésilienne, avec son établissement Banco Master. Si sa banque n’a jamais joué les premiers rôles dans le secteur au Brésil, il a noué au fil de son ascension des contacts avec des politiques de tous bords, mais aussi dans la magistrature et l’administration.
Méga-élection au Brésil : après Lula et Bolsonaro, la fièvre populiste retombe, le centre se réveille
Banco Master a finalement été liquidé pour s’être révélé insolvable, ayant accumulé plus de six milliards d’euros de dettes. Daniel Vorcaro, au train de vie bling-bling, a aussi investi dans l’immobilier ou la pharmacie, et même le football : il était actionnaire du club Atlético Mineiro de Belo Horizonte (sud-est), sa ville natale. Il avait été arrêté une première fois en novembre, alors qu’il s’apprêtait à prendre un jet privé à São Paulo. Il a ensuite été libéré sous caution.
La justice est également touchée dans cette affaire. Cette semaine, un rapport de police a mis en lumière les liens du banquier avec Alexandre de Moraes, le plus en vue des juges de la Cour suprême, qui a conduit l’an dernier le procès historique contre Jair Bolsonaro, qui purge actuellement chez lui une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’Etat.
Dans les jours précédant sa libération sous caution, Daniel Vorcaro a envoyé une trentaine de messages WhatsApp à un numéro attribué à Alexandre de Moraes. « Tu crois que lundi je dois déjà être parti ? », demande-t-il dans l’un des messages, selon un rapport de police divulgué mardi, qui a déclenché une crise inédite au sein du tribunal.
Révélé par le rapporteur de l’affaire Banco Master au sein de la Cour suprême, André Mendonça, le document ne livre pas les éventuelles réponses de son interlocuteur. Le juge Moraes a contre-attaqué jeudi en accusant son collègue d'« abus d’autorité ». La guerre est déclarée à l’intérieur même d’une institution majeure, créditée d’avoir mis un frein aux débordements de l’exécutif sous la présidence Bolsonaro.
Réunion avec Lula
Un allié du chef de l’Etat, le sénateur Jaques Wagner, fait aussi l’objet d’une enquête en raison de soupçons selon lesquels il aurait reçu des « avantages économiques indus » dépassant le million d’euros pour défendre au Parlement les intérêts de Banco Master. Jaques Wagner a dû renoncer à la direction du bloc gouvernemental au Sénat. Il clame son innocence.
Daniel Vorcaro avait en outre obtenu une réunion, hors agenda, avec Lula en décembre 2024. Jeudi soir, le président sortant a exigé que la Cour suprême enquête de façon objective et « sans épargner personne », qualifiant l’affaire Banco Master de « plus grand vol de l’histoire » du Brésil.
(Avec AFP)