Bo French, ou quand les outrances Maga risquent de remettre les clés du pétrole texan aux démocrates
Les outrances racistes de Bo French, candidat républicain à la direction de la commission ferroviaire du Texas, ont fait de cette obscure élection un phénomène médiatique national de la campagne des midterms. Il en va à la fois de la crédibilité électorale du mouvement Maga et de qui va diriger l’une des commissions les plus influentes aux États-Unis. Elle supervise en effet la régulation de tout le pétrole et le gaz du Texas.
L’une des campagnes électorales les plus commentées actuellement aux États-Unis concerne… la très obscure commission ferroviaire au Texas. Karl Rove, figure légendaire du Parti républicain et conseiller politique de George W. Bush dans les années 1990, a annoncé qu’il votera démocrate le 3 novembre, pour la première fois de sa vie, dans une lettre ouverte publiée dans le Wall Street Journal mercredi 16 septembre.
Aux États-Unis, c’est un petit tremblement de terre politique. Karl Rove est souvent présenté comme l’homme qui a façonné les succès du parti républicain au Texas depuis les années 1970. "On peut difficilement être plus représentatif des conservateurs traditionnels texans que Karl Rove", résume Dafydd Townley, spécialiste de la politique américaine à l’université de Portsmouth.
"Candidat ouvertement raciste"
Quelle mouche démocrate a-t-elle bien pu piquer la figure tutélaire des républicains texans ? Et surtout, pourquoi Karl Rove s’enflamme-t-il ainsi pour une élection locale, alors que la campagne des élections de mi-mandat bat son plein au Texas, avec un candidat républicain, Ken Paxton, en difficulté face à son rival démocrate, James Talarico ?
La raison s’appelle Bo French. Cet entrepreneur texan issu d’une riche famille pétrolière a remporté en mai la primaire face au favori de l’establishment républicain pour devenir candidat à la commission ferroviaire. "En soi, cela n’aurait pas dû faire beaucoup de bruit, mais la personnalité très clivante et controversée de Bo French a propulsé ce scrutin sur le devant de la scène politique", résume Dafydd Townley.
Bo French représente la frange du mouvement Maga dopée à tous les excès du camp de Donald Trump. "Ce n’est pas le commun des candidats Maga. Il pousse la rhétorique extrême et décomplexée de ce mouvement un peu plus loin que les autres", souligne Clodagh Harrington, politologue spécialiste des États-Unis à l’University College Cork en Irlande. "C’est un candidat ouvertement raciste", ajoute Scott Lucas, à l'University College Dublin.
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Bo French est notamment un serial provocateur sur les réseaux sociaux. Il a posté une photo sur X d’une foule d’étudiants de l'université du Texas célébrant une victoire des Longhorns du Texas, l’équipe locale de football américain. À ses yeux, il y avait trop d’étudiants ayant l’air indien sur cette photo, ce qui était pour lui la preuve que le "problème" migratoire "était bien pire que tout ce qu’on pouvait imaginer".
C’est ce commentaire sur fond de théorie raciste du "grand remplacement" qui a été perçu comme le dérapage de trop pour Karl Rove. D’autres républicains, tel que le président de la Chambre des représentants du Texas, Dustin Burrows, ont également dénoncé les propos de Bo French. Le sénateur du Texas, John Cornyn, dont le siège n’est pas remis en jeu pour ces midterms, a qualifié le candidat républicain d’"embarras pour le parti".
Dérapages incontrôlés à répétition
"Il est significatif de constater que des républicains du calibre de Karl Rove prennent ouvertement leur distance avec Bo French, faisant entendre qu’il y a des excès qui vont trop loin", souligne Clodagh Harrington.
Surtout que Bo French n’en est pas à sa première provocation raciste, antisémite, ou encore homophobe. Il a construit sa carrière sur des dérapages plus ou moins contrôlés. En juin 2025, il avait notamment publié sur X un sondage demandant qui, des juifs ou des musulmans, représentait la plus grande menace pour les États-Unis.
Il a aussi appelé à l’expulsion de "100 millions d’immigrés", alors même que la population totale des États-Unis s’élève à un peu moins de 350 millions de personnes. Dans sa passion pour les expulsions, Bo French veut aussi bouter tous les Amérindiens hors de leur terre natale.
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Des sorties qui lui avaient déjà valu des problèmes politiques alors qu’il n’était que président du parti républicain du comté de Tarrant, dans la banlieue de Dallas, d’octobre 2023 à novembre 2025. À plusieurs reprises, ses collègues républicains avaient appelé à sa démission.
Avec un tel pedigree, il peut sembler surprenant que Bo French puisse continuer à porter les couleurs du Parti républicain à des élections. "C’est tout l’enjeu des élections de novembre au Texas", assure Scott Lucas. Si Bo French s’est imposé face à un conservateur plus bon teint lors de sa primaire, c’est aussi le cas de Ken Paxton pour la candidature au Sénat. "La question est de savoir s’il y a encore de la place pour autre chose que le trumpisme au sein du Parti républicain", précise Scott Lucas.
Qui sera le roi du pétrole texan ?
Une éventuelle victoire des démocrates au Texas "pourrait indiquer que le front Maga très unifié que le Parti républicain présente depuis plusieurs années commence à se fissurer, si la rhétorique extrême des candidats entraîne des défaites", suggère Clodagh Harrington.
Ce serait d’autant plus significatif pour la commission ferroviaire du Texas, car il s’agit là "d’un candidat Maga contre le reste du monde, puisque des républicains ont soutenu le rival démocrate", souligne Dafydd Townley.
Et puis, l'"obscure" commission ferroviaire du Texas dispose de plus de pouvoirs qu’il n’y parait. D’abord, elle n’a rien à voir avec les chemins de fer. En réalité, c’est elle qui régule l’intégralité du secteur pétrolier et gazier au Texas. Autrement dit, le directeur de cette agence a son mot à dire sur 40 % de la production américaine d’or noir et sur 15 % de la production nationale de gaz.
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Cette commission est contrôlée par les républicains depuis plus de 30 ans. Si Jon Rosenthal, le rival démocrate de Bo French, l’emporte le 3 novembre, les républicains anti-Trump pourront dire que le président a rendu possible l’imaginable : faire en sorte que les démocrates soient en charge de la régulation de l’ensemble du pétrole texan.
C’est aussi un "scrutin stratégique pour Donald Trump et ses ambitions de produire toujours plus de pétrole et de gaz en réduisant au maximum la régulation de ce secteur", assure Dafydd Townley. Pas sûr qu’un démocrate soit sur la même longueur d’onde.
Sans compter une autre marotte du président américain : multiplier les centres de données pour nourrir l’industrie américaine de l’IA. Le Texas arrive en deuxième place des États américains abritant le plus de centres de données, derrière la Virginie. Le Texas a misé sur le gaz naturel pour fournir l’électricité nécessaire à ces centrales… Là encore, une commission ferroviaire démocrate pourrait mettre des bâtons dans les roues des ambitions trumpiennes. Si les démocrates s'imposent, ce serait un "Bo" gâchis pour Donald Trump.