Blocus des lycées : un “moment charnière” ou une “décrue” ? On fait le point sur les établissements bloqués ce mercredi
Plus de 160 000 personnes – selon le gouvernement, les syndicats en évoquant 480 000 – ont manifesté mardi 13 octobre dans le cadre du mouvement lycéen et étudiant. Ce mercredi 14, la mobilisation est moindre bien que des actions soient toujours en cours dans certaines villes. Certains attendent surtout samedi pour se faire entendre aux côtés de gilets jaunes.
Plus de 160 000 personnes – selon le gouvernement, les syndicats en évoquant 480 000 – ont manifesté mardi 13 octobre dans le cadre du mouvement lycéen et étudiant. Ce mercredi 14, la mobilisation est moindre bien que des actions soient toujours en cours dans certaines villes. Certains attendent surtout samedi pour se faire entendre aux côtés de gilets jaunes.
Des lycées et universités sont encore bloqués mercredi à trois jours des vacances scolaires, sur lesquelles le gouvernement mise pour faire retomber le mouvement, mais les organisateurs appellent à poursuivre, avec, comme nouveau temps fort, la participation aux actions des "gilets jaunes" prévues samedi.
"Il devrait y avoir un peu moins de 200 lycées fermés" ce mercredi, sur 3 700, "soit près de 4 % des établissements qui sont encore fermés", a indiqué le ministre de l’Éducation nationale Edouard Geffray sur BFMTV.
Tour d’horizon
Après une cinquième journée de mobilisation massive mardi, qui a réuni entre 161 500 manifestants (selon l’Intérieur) et 480 000 (selon l’intersyndicale de la jeunesse) dans toute la France, pour réclamer plus de moyens pour l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur, des établissements sont notamment bloqués à Paris, dont les lycées Voltaire, Hélène-Boucher, et la cité scolaire Balzac, a constaté l’AFP.
Dans le Rhône, la préfecture recense des rassemblements devant 11 lycées et l’université Lyon 3, pour certains "calmes", même si les autorités signalent ailleurs des "jets de projectiles et tirs de mortiers" d’artifice. Plusieurs universités, comme Lyon 2 ou la faculté de droit et de science politique de Rennes, entre autres, restent fermées pour la semaine.
Devant le lycée Ampère à Lyon, des policiers ont empêché dès 6 h un blocage. "Les CRS contrôlent tout le monde au bout de la rue, ils contrôlent les pancartes et les sacs", a déploré Corentin, élève de terminale. Le lycée Algoud-Laffernas à Valence (Drôme) a lui repris les cours en distanciel, après l’incendie de son portail et des bris de vitres mardi, selon la préfecture.
À Bordeaux, un incendie de poubelles, devant le lycée La Ruche, s’est propagé à la façade et au rez-de-chaussée, a indiqué la police, qui signale aussi, au pôle universitaire Jules Verne d’Amiens, "une soixantaine de personnes" qui ont "forcé l’entrée et se sont barricadés à l’intérieur".
Douze lycées publics sont aussi fermés en Gironde, selon le rectorat.
Edouard Geffray promet d’apporter "des réponses"
Deux récits s’affrontent cette semaine : le gouvernement dit constater un essoufflement du mouvement, à l’approche des vacances de la Toussaint, démenti par les syndicats lycéens et étudiants qui ne veulent "rien lâcher".
Les représentants des lycéens rencontrent jeudi après-midi, à 17 h 30, les ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, Edouard Geffray et Philippe Baptiste.
"On va voir s’ils vont nous annoncer, une bonne fois pour toutes, des choses concrètes, parce que jusqu’ici, on n’a eu que des miettes", a jugé mercredi matin sur franceinfo Pierre Sourzat, président de l’organisation Les Lycéens !. "Aujourd’hui est un moment charnière !", a-t-il estimé.
Les manifestants réclament un investissement massif de 10 milliards d’euros. Edouard Geffray a de nouveau promis mercredi sur BFMTV d’apporter "des réponses" aux lycéens, après avoir reçu déjà plus de 90 000 contributions sur la plateforme de concertation en ligne.
Par la voix de son président Ryad Rani, l’Union syndicale des lycéens a appelé à poursuivre les blocages. Il a appelé, comme plusieurs organisations à rejoindre, samedi, la manifestation des "gilets jaunes" contre "la vie chère". "Le mouvement s’intensifie, il y a une vraie convergence et on s’en réjouit".
Les jeunes ont des "angoisses légitimes", concède Emmanuel Macron, mais…
Emmanuel Macron a reconnu mercredi que "la jeunesse exprime des angoisses légitimes" mais a déploré qu’elles soient "exploitées politiquement et transformées en violences urbaines avec des scènes inacceptables".
Le chef de l’État a demandé au gouvernement "d’apporter des réponses concrètes […] dans les semaines à venir", notamment sur la question du bâti scolaire qui est "une des revendications principales" des lycéens, selon des propos rapportés par la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon à la sortie du Conseil des ministres.
Les jeunes manifesteront-ils samedi ?
Les lycéens interrogés par l’AFP mercredi matin apparaissaient partagés sur la suite.
À Strasbourg, les cours ont repris dans une partie des établissements comme au lycée Kléber, théâtre d’affrontements ces dernières semaines. "On a obtenu des choses, des profs remplaçants, on n’a pas protesté pour rien", juge auprès de l’AFP Bilel, 15 ans, qui n’ira "pas manifester samedi" car "c’est trop dangereux".
"Il y a encore de la colère, mais globalement on veut que les choses se calment maintenant", a estimé Marie, 17 ans, qui a toutefois "du mal à digérer" la "violence de la police", et "pense aller manifester samedi", même si elle a "un peu peur".
Trente-six enquêtes ont été ouvertes à ce stade par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Mardi, un policier a été mis en examen pour "violences aggravées" et placé sous contrôle judiciaire après qu’un lycéen a été éborgné fin septembre en marge des manifestations lycéennes à Tours.