Big Tech : l’Amérique donnera-t-elle raison à l’Europe ?
Direction les Etats-Unis, où s’ouvre aujourd’hui le procès de Meta, le géant de la tech. Publié le mercredi 12 août 2026 à 08:16 Un colosse sur le banc des accusés ! Meta, propriétaire de Facebook et d’Insta...
Direction les Etats-Unis, où s’ouvre aujourd’hui le procès de Meta, le géant de la tech.
Publié le mercredi 12 août 2026 à 08:16
Un colosse sur le banc des accusés ! Meta, propriétaire de Facebook et d’Instagram, est en effet poursuivi par quatre états américains. Il lui est reproché d’avoir développé plusieurs fonctionnalités (comme le scrolling, les notifications, les « likes »), et ce afin de nous retenir en ligne un maximum… quitte à créer chez certains de graves addictions. L’entreprise a toujours nié ces risques alors même - on le sait aujourd’hui - qu’elle mesurait parfaitement les dégâts des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents.
Le géant américain pourrait être condamné à une lourde amende, voire même à revoir l’architecture de ses applis.
Ironie de l’histoire, donc : c’est peut-être la justice américaine qui donnera raison à Bruxelles.
Car l’UE exige de ces plateformes qu’elles repensent leur fonctionnement pour limiter - précisément - l’usage compulsif qui peut en être fait.
En vain. Facebook et Instagram ne veulent rien entendre : dès lors que l’utilisateur a donné son consentement, les deux plateformes s’estiment quitte. À l’inverse, l’Europe assume, elle, de protéger les usagers contre la toute-puissance des réseaux sociaux.
Cela donne lieu, ces derniers mois, à un bras de fer homérique entre Bruxelles et Washington. Donald Trump accuse l’Europe de « discriminer » les entreprises américaines. Son vice-président, JD Vance, lui, crie carrément à la « censure ».
Si l’on dézoome un peu, on réalise que chacun fait primer « sa » conception de la souveraineté.
L’UE met en avant sa souveraineté numérique en disant, en clair : chez nous, Facebook et Instagram doivent respecter le droit européen.
A Washington, on pense en termes de souveraineté économique : il s’agit, avant tout, de défendre les intérêts des Big tech américaines.
Cette affaire pose une question, à la fois cruciale et toute simple : qui doit fixer les règles du numérique ? Est-ce qu’elles doivent être démocratiquement décidées sur le territoire où on les utilise. C’est l’option européenne.
Ou doivent-elles être édictées par les concepteurs de ces plateformes ? C’est la réponse américaine.
Et de chaque côté de l’Atlantique, chacun campe donc sur ses positions.
Sauf que le procès qui s’ouvre aujourd’hui pourrait bien modifier le rapport de force entre Washington et Bruxelles.
Car, cette fois-ci, Meta est attaquée aux Etats-Unis et cela rebat totalement les cartes. Ce sont désormais des plaignants américains qui prônent davantage de régulation. Ce qui, de fait, rend caduc l’argumentaire de la Maison Blanche selon lequel l’Europe n’aurait qu’un objectif dans cette affaire : réglementer les fleurons de la Silicon Valley pour mieux les affaiblir.
La ligne de fracture qui jusqu’à présent opposait l’Europe régulatrice à l’Amérique dérégulatrice pourrait peu à peu s’estomper au profit d’un autre clivage qui, lui, opposerait l’Administration Trump et les Big Tech, d’un côté, et, de l’autre, l’Europe alliée à une partie de la population américaine.
Mark Zuckerberg, le PDG de Meta, pensait devoir se méfier de Bruxelles ; la fronde est désormais made in USA.