Bienvenue chez les grands-parents de Paul Seixas, à 15 km de l’arrivée de la 15e étape au plateau de Solaison : « Cette maison, c’est un endroit qui l’apaise »
À moins de 15 kilomètres de l'arrivée de la 15e étape, au plateau de Solaison, se trouve la maison des grands-parents paternels du nouveau maillot blanc. Un endroit où il a passé une grande partie de son enfance et adolescence.
Pour eux, les maillots et trophées de leur petit-fils de 19 ans sont des rappels du présent et d'un monde qui va à cent à l'heure. Pour lui, la demeure de ses grands-parents, 85 et 81 ans, est un doux rappel du passé, un retour à l'enfance, à toutes ces vacances en Haute-Savoie et ces moments passés à se construire mille souvenirs pour la vie. La maison de José Manuel et Suzanne n'a pas bougé mais certains recoins ont pris des allures de musée, la faute à Paul Seixas, qui se fait un plaisir de distiller quelques souvenirs au gré de ses performances.
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« Papy » se hisse un peu sur la pointe de pieds pour désigner les coupes perchées au sommet de l'armoire, avec une préférence pour celle du titre de champion du monde juniors du contre-la-montre, à Zurich en 2024, celle du Tour de l'Avenir en 2025, ou encore « le plus beau cadeau », le trophée du Giro della Lunigiana, décroché en 2024. « Il vide sa chambre et dans le même temps, il fait plaisir à son grand-père. Ça lui permet aussi de repartir de l'avant, de recommencer sans arrêt », sourit Emmanuel, le papa, en observant la scène quelques mètres en retrait.
« J'envoyais toujours les enfants une semaine ici, au début juillet. C'était toujours la première semaine du Tour de France. Pour Paul, l'endroit y était associé, il pouvait regarder le vélo avec son grand-père »
Emmanuelle, la mère de Paul Seixas
La table en formica du salon, où Seixas a annoncé à ses grands-parents, début mai, dans un joli moment d'émotion, qu'il disputerait le Tour de France en juillet, est jonchée en ce dimanche de juin d'un mini-ventilateur, de tasses, d'une cafetière encore fumante et d'un verre ballon dans lequel José Manuel se sert un café. Emmanuel et Emmanuelle, les parents de Seixas, sont assis, et entourent la grand-mère, en robe longue, en bout de table, qui préside. « Petit, il me disait : "Dis mamie, quand je serai au Tour de France, tu me regarderas ?" Il avait huit, neuf ans je crois, raconte Suzanne. Je lui répondais que j'espérais arriver à cet âge-là pour voir ça. »
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Dehors, José Manuel invite à faire quelques pas au bout du jardin et montre quelques talus et des passages escarpés. « À l'époque, ce n'était pas comme ça, mais la piste de cyclo-cross était là, désigne-t-il en passant sous un feuillage. Ça faisait à peu près un kilomètre, avec deux ou trois petites boucles. Paul et Nino (son frère cadet) faisaient déjà ça tout petits, à sept ou huit ans je pense. Ils faisaient dix fois le circuit à l'âge de dix ans. » Une fois l'année scolaire terminée, la maison de Magland et son hameau du Grangeat étaient le point de ralliement.
« J'envoyais toujours les enfants une semaine ici, au début juillet, raconte Emmanuelle, la maman, enseignante. On avait nos petites habitudes, ils partaient en Haute-Savoie, ça me permettait de faire des choses à la maison, je préparais la rentrée. C'était toujours la première semaine du Tour de France. Pour Paul, l'endroit y était associé, il pouvait regarder le vélo avec son grand-père. » José Manuel sourit et sa femme confirme : « Il connaissait déjà tous les coureurs, il enregistrait tout, on sentait déjà un passionné. »

Plusieurs coupes et trophées de Paul Seixas trônent chez les grands-parents du coureur dont « le plus beau cadeau », le trophée du Giro della Lunigiana, décroché en 2024. (T. Perotto/L'Équipe)
Sur un miroir qui accueille les visiteurs une fois la porte d'entrée passée, deux photos insérées en bas à gauche le long d'un cadre rappellent l'enfance de Seixas, déjà tournée vers le vélo et les cimes. Sur l'une, il porte le maillot de champion de France sur le dos, sur l'autre, il est avec son frère, en vainqueur de la Time Megève Mont-Blanc. C'est dans les environs que le petit Seixas a fait ses premiers pas en montagne. La Pointe d'Areu, la montagne qui se dresse face à la maison, notamment. « Dès qu'il a eu l'âge de marcher, on partait en montagne, retrace le grand-père. On ne partait pas en vacances le plus souvent, mais on avait les enfants ici, avec nous. »
À 4 ans, Seixas fait déjà du ski sur les pistes haut-savoyardes. « Le matin, c'était ski, l'après-midi, marche dans la neige, et on allait vers les Granges de Luth », ajoute-t-il. Emmanuel, le père, complète : « Quand les enfants sont jeunes, il ne faut pas non plus faire trop de montagne. Moi, je leur faisais faire des petites côtes de trois ou quatre kilomètres, je partais avec eux. Mais, une fois par an, on essayait de trouver un vrai col à Paul, on y allait progressivement. C'était un moment exceptionnel à chaque fois. »
Cyprien Maisson était aux premières loges, quelques années plus tard, pour constater à quel point l'endroit était devenu un refuge précieux pour son meilleur ami. « On a formé un duo assez vite après notre rencontre au club de Villefranche. Moi, je ne connaissais personne, je débutais le vélo, et quelques semaines plus tard, Paul m'a proposé de partir avec lui chez ses grands-parents. J'ai pu voir à quel point il tenait énormément à eux. Cette maison, c'est un endroit qui l'apaise », confie celui qui s'est amusé, lui aussi, sur le circuit de cyclo-cross dessiné par le grand-père.

De nombreux maillots de Paul Seixas sont accrochés aux murs. (Thomas Perotto)
En 2022, les deux garçons étaient partis à Châtel applaudir Bob Jungels, le vainqueur de la 9e étape du Tour. Ils étaient rentrés à vélo, mais la nuit les avait cueillis et Emmanuel Seixas avait dû aller les chercher pour les ramener à Magland. Deux jours plus tard, les deux meilleurs amis avaient remis ça à l'Altiport de Megève. « Quand on partait en montagne, Paul voulait toujours aller plus haut, plus loin, souligne Maisson. Il voulait sans cesse revenir chez ses grands-parents, profiter d'eux et de la région. On faisait des trucs de fou. Il était dans son élément. »
« On faisait beaucoup de randonnées parce que j'adorais aller à la pêche, sourit cette fois le père. On emmenait les enfants. Moi, je ne marche pas pour aller voir le sommet d'une montagne, plutôt pour aller chercher un lac. Paul, c'est l'inverse. Il me disait qu'il me laissait à mon lac et continuait plus loin dans la montagne. » De la maison de ses grands-parents au Tour de France, le nouveau meilleur jeune du Tour de France, n'a pas changé de philosophie.