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Benoît Geron, agriculteur à Herve, participe à la Foire agricole de Battice ce week-end : “La sécheresse et la pluie impactent nos exploitations”

En marge de la Foire agricole de Battice, ces samedi 5 et dimanche 6 septembre 2026, nous avons rencontré Benoît Geron, agriculteur au Pays de Herve depuis 30 ans. Le pâturage, les défis, les changements climatiques ou encore les aides spontanées de ses collègues, il n'élude aucun sujet. C'est le premier volet de notre "Rencontre du samedi".

Benoît Geron, vous êtes agriculteur à Herve depuis 1996. Pouvez-vous nous décrire votre exploitation ?

C'est une exploitation typique de la région herbagère. On est spécialisé dans la production laitière avec environ 130 vaches à la traite, et avec principalement des prairies permanentes et un petit peu de culture fourragère type maïs ou céréales (pour le bétail). Nous n'avons pas de culture commerciale, comme en Hesbaye : ce qu'on produit ici est destiné à alimenter le bétail.

Benoît Geron, agriculteur au Pays de Herve, nous parle de son métier, des défis, de la Foire agricole de Battice...
Benoît Geron, agriculteur au Pays de Herve, nous parle de son métier, des défis, de la Foire agricole de Battice... ©EDA - Pierre LEJEUNE

On ne veut pas plus grand, on veut une exploitation cohérente en termes de cheptel et de lien au sol. Ainsi, on produit une très grosse partie des aliments nécessaires pour nourrir le bétail (à 75 ou 80 %). On achète ce qui nous manque ou pour ajuster la ration, car il y a des aliments un peu plus spécifiques qu'on ne sait pas produire.

En 2026, est-il encore possible de vivre en vendant du lait ?

Cela n'a jamais été simple, pour plusieurs raisons, mais je reste optimiste quant à l'avenir de ce type d'exploitation. Il y a certes des points faibles et des fragilités, mais c'est valable pour quasiment toutes les productions agricoles. Le point central, c'est qu'on ne maîtrise pas nos prix de vente. Nous sommes dans une économie mondialisée où le prix est fixé par le marché mondial (un céréalier, ce sera le cours de la céréale ; nous, le prix du lait est impacté par le cours du beurre et de la poudre de lait). Il y a des laiteries qui paient un peu mieux, d'autres un peu moins bien. Mais les tendances, elles, elles sont fixées par les cotations.

C'est une volonté politique d'aller vers la mondialisation et, nous, en Europe, on produit et on vend nos productions à des prix tout à fait comparables à des producteurs ailleurs dans le monde. En revanche, nos conditions (sociales, main-d'œuvre, règles sanitaires ou environnementales) ne sont pas toujours identiques. On le dénonce, et la difficulté peut-être croissante – car l'Europe veut des productions de qualité supérieure (et c'est une bonne chose, mais ce n'est pas toujours le cas ailleurs dans le monde) –, c'est qu'on déplore que l'Europe n'est pas forcément prête à protéger son marché et ses producteurs. Par exemple, on n'utilise pas d'OGM. C'est une très bonne chose, mais les autres parties du monde les utilisent. Et si on veut des protéines végétales non OGM, on doit le signaler dès l'achat sinon on en importe. Si on revient à une approche plus locale et plus d'actualité, il y a le dérèglement climatique qui ne facilite pas notre métier. Et, au final, la première difficulté qu'on rencontre, c'est d'aller chercher un revenu. Quand on parle de durabilité, c'est le pilier économique qui est le plus préoccupant pour nos installations.

"Ce n'est plus seulement du réchauffement climatique, c'est un changement climatique avec des excès de pluie et des périodes de sécheresse"

Le changement climatique, vous le subissez directement…

Ce n'est plus seulement du réchauffement climatique, c'est un changement climatique avec des excès de pluie (2021, 2024) et des périodes de sécheresse (2018, 2020, 2022 et 2026). Or, les deux impactent nos exploitations car en cas de fortes pluies la quantité est abondante mais la qualité est médiocre (perte d'énergie et de protéines) ; et en cas de sécheresse, c'est l'inverse avec une bonne qualité mais en quantité insuffisante. On doit soit ramener des aliments concentrés en protéines et en énergie, soit consommer les stocks de moindre qualité… ou acheter. On doit trouver des solutions, et cela passe par une adaptation du management et par une gestion des stocks, par une capacité de stockage plus importante que par le passé. On ne se posait pas ces questions il y a 20 ans, mais la variabilité (aussi bien dans les prix que dans les productions) est beaucoup plus importante. Il va falloir faire des choix de management et d'infrastructures. Quant aux animaux, surtout le bétail qui a une température de confort inférieure à l'homme, outre l'émergence de nouveaux virus transportés par des culicoïdes (des virus qui sont une réelle menace pour nos élevages), il souffre des canicules. On doit prévoir plus d'ouvertures, de la ventilation mécanique et éventuellement de la brumisation. Et tout cela a un coût.

Benoît Geron, agriculteur au Pays de Herve, nous parle de son métier, des défis, de la Foire agricole de Battice...
"Le Centre wallon de recherches agronomiques travaille sur une observation satellite de la croissance de l'herbe. Cela pourrait être une aide à la décision, mais ça ne résoudra pas le souci majeur : s'il fait sec, l'herbe ne pousse pas ; et s'il pleut trop, elle n'est pas de bonne qualité." ©EDA - Pierre LEJEUNE

Votre métier, c'est aussi l'entretien des paysages…

Oui, j'espère et je crois que les gens qui habitent ici en ont conscience. On vit dans une belle région, et les agriculteurs y sont pour beaucoup. La région serait perdante si nous avions du bétail hors sol (qui ne sort pas) car les bénéfices transversaux du pâturage seraient perdus (arbres, haies…). Veut-on un paysage impacté par les sécheresses et par une absence de pâturage tournant ? Je ne crois pas, d'ailleurs nos terrains ne s'y prêtent pas forcément.

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En quoi la Foire agricole de Battice est-elle primordiale ?

Foire agricole de Battice Herve 2025 locvv
"Le rôle primordial de la Foire agricole de Battice, c'est de recréer et d'entretenir du lien." ©EDA

Pour les agriculteurs, c'est un lieu de convivialité. Mais le rôle primordial de la foire, c'est de recréer et d'entretenir du lien avec le citoyen. Il y a une déconnexion, parfois une incompréhension ou une rupture, entre le monde rural et le monde urbain. On arrive à deux mondes qui ne se comprennent pas, qui ne se connaissent pas. Et on peut en arriver à des décisions du monde politique qui peuvent être des inepties pour les producteurs et les agriculteurs.

On dit donc aux politiques et aux citoyens : venez voir ce qu'on fait (en sachant qu'on est perfectible et qu'on veut mieux faire). La foire est une vitrine, c'est très important.


Biographie express

Enfance

Benoît Geron est né en 1973, il a grandi route de Bolland à Herve. "Je ne suis pas fils d'agriculteur, mais j'ai toujours été passionné par l'agriculture." Enfant, il venait dans la ferme située à Privôt, face à la maison de ses grands-parents. "Mon grand-père était marchand de bestiaux." Son épouse Marie-Noëlle Somja, infirmière, est fille d'agriculteur. Ensemble, ils ont trois enfants âgés de 14 à 22 ans.

C'est anecdotique, mais il est le beau-frère du bourgmestre hervien Marc Drouguet, lui-même agriculteur. À l'issue de ses études, il s'est associé à Marcel Poumay pour reprendre l'exploitation.

Études

Après ses études au collège royal Marie-Thérèse de Herve, Benoît Geron a suivi une formation d'ingénieur industriel en agriculture à l'ISI (institut supérieur industriel) de Huy.

Reprise de l'exploitation

Benoît Geron a intégré la ferme de Privôt en 1996, il fêtera ses 30 ans le mois prochain. L'association avec Marcel Poumay s'est achevée en 2014, date à laquelle son épouse a intégré "l'entreprise". Il est dans la Fédération wallonne de l'agriculture. "Cela n'a jamais été simple de reprendre une exploitation, d'autant plus hors d'un cadre familial car beaucoup de dispositions sont prévues pour une transmission dans la famille (c'est un peu moins le cas à présent, la législation a été revue… des contraintes ont disparu, d'autres sont apparues). Mais cela s'est globalement bien passé."

Benoît Geron, agriculteur au Pays de Herve, nous parle de son métier, des défis, de la Foire agricole de Battice...
Benoît Geron, agriculteur au Pays de Herve, nous parle de son métier, des défis, de la Foire agricole de Battice... ©EDA - Pierre LEJEUNE

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