“Beaucoup de capitaux belges se délocalisent vers la Suisse et le Luxembourg”
Taxe sur les plus-values ou sur les comptes-titres : la pression fiscale de plus en plus forte sur le patrimoine en Belgique fait évidemment partie des sujets incontournables dans les family offices comme dans ...
Taxe sur les plus-values ou sur les comptes-titres : la pression fiscale de plus en plus forte sur le patrimoine en Belgique fait évidemment partie des sujets incontournables dans les family offices comme dans les banques. Au point de faire fuir les (ultra-) riches vers des cieux plus cléments comme Monaco, Genève ou Luxembourg ? Thomas Descors, le président de la BFOA (Belgian Family Office Association), ne le croit pas. "La question est toujours posée, mais c'est rare qu'il y ait une délocalisation. La Belgique reste un pays confortable pour les grosses fortunes. Elle offre en outre une qualité de vie appréciable. Et puis les Belges restent plus sédentaires que notamment les Italiens", répond-il.
guillement"On sent beaucoup de préoccupation chez nos clients sur l'instabilité générale."
Si les (ultra-) riches s'exilent peu, en revanche, il règne un sentiment d'inquiétude. "On sent beaucoup de préoccupation chez nos clients à propos l'instabilité générale. L'environnement ne donne pas beaucoup d'espérance. Les gens se méfient de plus en plus des États", souligne Bertrand Marot, administrateur délégué de la Banque Transatlantique Belgium.
Vieilles fortunes, nouveaux milliardaires : voici les 15 Belges qui dépassent le milliard d'eurosCocktail explosif
Le cocktail est de fait explosif : les taux remontent en flèche (près de 5 % à dix ans en France) et les gouvernements n'arrivent pas trouver les milliards pour combler les énormes trous budgétaires. Dans un tel contexte, certaines dispositions alimentent les pires craintes. Bertrand Marot cite la loi Sapin 2 qui donne la possibilité à l'État français de bloquer ou de limiter les retraits des assurances-vie en cas de menace grave sur le système financier.
"Cela fait peur à tout le monde. Cela entraîne une délocalisation des capitaux vers le Luxembourg et la Suisse, qui sont perçus comme des pays sûrs. Les flux sont considérables. Je constate aussi que la mobilité des capitaux est beaucoup plus forte en Flandre que dans les autres Régions du pays", souligne un dirigeant d'une autre banque.
"Une baisse du consentement à l'impôt"
Jean-Louis Waucquez, le fondateur du cabinet de conseils Yours, relève aussi un sentiment de défiance d'une partie de la population aisée. Cette défiance est plus liée à la gestion jugée inefficace des dirigeants politiques qu'à certaines mesures fiscales précises. "Nos clients sont conscients qu'ils vivent dans un monde en profonde mutation au sein duquel il faut changer de prisme et participer à l'effort collectif. Nous les avions sensibilisés depuis longtemps au fait que la Belgique était le dernier pays de l'OCDE à ne pas appliquer la taxe sur la plus-value et que celle-ci allait donc arriver. En même temps, nous constatons que dans certains pays, il y a une baisse du consentement à l'impôt. C'est un signe majeur d'une perte d'adhésion au modèle social", commente-t-il.
Jean-Pierre Berghmans, itinéraire d'un patron hors norme devenu un des hommes les plus riches de BelgiqueMais, selon lui, il y a une autre raison, totalement étrangère à la pression fiscale et à la situation budgétaire des États, qui explique le succès d'une place comme Monaco auprès de certaines personnes très fortunées. "J'ai un client résident d'un pays européen dont la principale préoccupation était la sécurité car il se sentait menacé en raison de sa forte visibilité. Et il ne supportait plus cette insécurité". D'où son choix de s'établir à Monaco dans un environnement plus sécurisé.
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