Azov, mer de la guerre entre Kiev et Moscou : “Le premier round de la bataille navale est terminé”
Non contents de se neutraliser sur 2 000 km de ligne de front et de frapper leurs territoires respectifs avec des drones et des missiles de longue portée, Russes et Ukrainiens se rendent désormais coup pour cou...
Non contents de se neutraliser sur 2 000 km de ligne de front et de frapper leurs territoires respectifs avec des drones et des missiles de longue portée, Russes et Ukrainiens se rendent désormais coup pour coup en mer d'Azov et en mer Noire.
Dernier exemple en date, la revendication par le ministère russe de la Défense d'une série d'attaques dans la région d'Odessa "contre les ports et les navires au service des forces armées ukrainiennes", mardi soir. Bilan des opérations : trois marins morts et trois navires touchés, battant respectivement pavillon des îles Marshall, de Tanzanie et du Liberia.
Mercredi matin, Moscou ajoutait avoir frappé avec autant de succès les ports d'Odessa, de Tchornomorsk, de Dnipro-Bouzky et de Loujne, pour y neutraliser des "réservoirs de carburants et de lubrifiants destinés à l'approvisionnement des forces armées ukrainiennes".
La zone est hautement stratégique. Depuis la prise de Marioupol par la Russie en 2022 et l'arrêt des activités du port de Mykolaïv, le complexe portuaire formé par Odessa, Tchornomorsk et Pivdenny concentre la quasi-totalité des exportations ukrainiennes de minerai de fer et plus de 90 % des exportations agricoles du pays. Mais depuis le début de l'année 2026, les attaques contre ces infrastructures portuaires ont été multipliées par dix.

Isoler la mer Caspienne
L'Ukraine n'est pas en reste. Mardi, Kiev affirmait à son tour avoir frappé 116 navires russes en neuf jours. Tous, circulaient en mer d'Azov – reliée au nord de la mer Noire par le détroit de Kertch et à la mer Caspienne par le Canal Azov-Don-Volga (voir carte) – essentielle pour la navigation de la flotte fantômes de Moscou.
"Beaucoup ne comprennent pas ce qui se joue dans cette bataille navale", écrivait mardi le commandant ukrainien de la guerre des drones, Robert Brovdi. "Paralyser la flotte d'alimentation russe, ces petits et moyens pétroliers à fond plat d'environ 140 mètres et de 7 000 tonnes de port en lourd, revient à empêcher l'exportation de l'or noir russe depuis les bases de transbordement, reliées au canal Volga-Don et à la mer d'Azov."
Les ports ukrainiens, ciblés par les drones russes, tentent de rester à flot : "Chaque jour, mes gars viennent bosser comme si c'était leur dernier"La démarche ukrainienne poursuit deux objectifs : empêcher Moscou d'exporter pétrole et céréales à l'international, et isoler encore un peu plus la Crimée occupée, déjà lourdement frappée au sol.
Avec un certain succès : selon l'entreprise de renseignement maritime Starboard Maritime Intelligence, spécialisée dans le suivi des navires, la circulation en mer d'Azov aurait diminué de 55 % entre le 30 juin et le 11 juillet. Le 10 juillet, l'agence Reuters affirmait quant à elle que Moscou avait fermé les routes maritimes les plus vulnérables et suspendu la circulation sur le Canal Don-Azov, citant des sources industrielles locales. Avant que le Kremlin ne finisse par reconnaître lui-même que d'autres routes de transport maritime étaient effectivement à l'étude pour des raisons de sécurité.
Et maintenant la mer Noire
Or la campagne ukrainienne ne montre aucun signe de ralentissement, que du contraire. Mercredi matin, Kiev revendiquait une nouvelle attaque nocturne contre 17 pétroliers russes, deux méthaniers et un remorqueur. "Le premier round de la bataille navale, qui ciblait 116 navires de la flotte fantôme russe en mer d'Azov est terminé", se félicitait dans la foulée Robert Brovdi. "Désormais, l'action se déplace en mer Noire".
À Paris, l'Europe renforce son soutien à l'Ukraine et vante son "réveil stratégique"Cette action s'accompagne comme on le sait d'une intense campagne de bombardement en profondeur des infrastructures énergétiques sur l'ensemble du territoire russe. Ici aussi avec succès, puisque selon l'agence Bloomberg, la production des raffineries russes atteindrait aujourd'hui son plus faible niveau depuis plus de 21 ans.
Les Russes et leurs voisins en pénurie
Très dépendants des importations russes d'hydrocarbures, les pays d'Asie centrale subissent en conséquence d'importantes baisses de livraison, mettant à mal leurs économies, notamment au Kirghizistan et au Tadjikistan.
Menaces de Kiev envers Minsk, dangereuse escalade ou simple coup de pression ? "Les Biélorusses ne se plieront jamais à cet ultimatum"Le Kazakhstan a pour sa part été contraint de renforcer les mesures de contrôles à ses frontières avec la Russie pour lutter contre la contrebande qui s'y développe, en raison des pénuries et restrictions en vigueur chez son grand voisin.
Et si Vladimir Poutine ne fait toujours pas ouvertement l'objet de contestations, un sondage publié le 10 juillet, par un institut aux mains du Kremlin, indiquait une nette baisse du soutien accordé à l'action du président. "C'est un moment particulier", commentait mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, de passage à Kiev. "L'Ukraine a pris un puissant élan militaire."
"Dès que Poutine perdra la guerre, ce sera fini pour lui"Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.