Avec la stratégie des “zones grises”, la Chine resserre son étau autour de Taïwan : “On ne peut exclure que Xi Jinping bascule dans l’irrationalité”
Ce dimanche 4 octobre, le FBI a arrêté Wanying Zhang, 34 ans, une femme accusée d'espionner un responsable taïwanais aux États-Unis, pour le compte de la Chine. L'affaire pourrait paraître banale, elle ne l'est...
Ce dimanche 4 octobre, le FBI a arrêté Wanying Zhang, 34 ans, une femme accusée d'espionner un responsable taïwanais aux États-Unis, pour le compte de la Chine. L'affaire pourrait paraître banale, elle ne l'est pourtant pas compte tenu de la personnalité qui était ciblée. "Ce n'est autre que le fils du président Lai-Ching te. C'est un exemple d'espionnage chinois parmi d'autres, spectaculaire car il concerne l'entourage familial", commente Jean-Pierre Cabestan, chercheur à l'Asia Centre de Paris.
Cette affaire d'espionnage intervient alors que Taipei a reçu ses deux premiers avions de combat américains F-16V, dans le cadre d'un contrat de 8 milliards de dollars passé avec l'Administration Trump I en 2019 afin de renforcer la capacité de l'île à se défendre face à une éventuelle attaque chinoise. Au total, 66 engins doivent être livrés.
En visite diplomatique à Washington fin septembre, Xi Jinping aurait soufflé au locataire de la Maison-Blanche de traiter "avec prudence" la question de Taïwan, lui demandant de s'opposer ouvertement à l'indépendance de l'île. Pour calmer le jeu, le Républicain aurait, d'après l'ambassadeur américain à Pékin David Perdue, proposé à son homologue chinois de lui vendre également des armes. Une affirmation ensuite démentie par la Maison-Blanche, et qui n'a pas été confirmée par le gouvernement chinois.
guillement"Entre Xi Jinping et Donald Trump, il y a un accord tacite pour que les choses n'évoluent pas dans une mauvaise direction."
"Entre Xi Jinping et Donald Trump, il y a un accord tacite pour que les choses n'évoluent pas dans une mauvaise direction, observe Jean-Pierre Cabestan. Pékin cherche à délégitimer le gouvernement taïwanais, afin d'augmenter les chances d'un retour au pouvoir du Kuomintang (le parti nationaliste chinois, NdlR), une force d'opposition favorable au principe d'une Chine unique. En parallèle, Trump a donné des gages à Pékin, en accusant – à tort – Lai-Ching te d'emprunter la voie de l'indépendance."
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Le président taïwanais est membre du Parti démocrate progressiste (DPP), au pouvoir depuis 2016. Mais malgré ses velléités indépendantistes, le DPP ne souhaite pas s'engager sur la voie de l'indépendance, d'après Jean-Pierre Cabestan. "Ils savent, comme les autres partis politiques, qu'un grand nombre de Taïwanais se satisfont de la structure institutionnelle actuelle. Et les Chinois savent, par ailleurs, que tout règlement de la question de Taïwan passe par Washington, le défi étant de persuader les Américains que c'est dans leur intérêt de laisser une porte ouverte à l'unification."

De son côté, Taipei dénonce la multiplication des mouvements militaires chinois à proximité de son territoire. "De plus en plus de bateaux chinois se baladent dans la zone économique exclusive de Taïwan, fixant progressivement son espace géographique, reprend Jean-Pierre Cabestan. Cette accentuation des intimidations militaires, qui s'accompagne d'une tentative d'influence de la population taïwanaise, est typique de la stratégie des 'zones grises'."
guillement"Dans l'esprit chinois, l'enlisement de la Russie en Ukraine démontre qu'un usage de la force ne produit pas de résultat."
"La Chine cherche à montrer qu'elle est (presque) en capacité d'effectuer un débarquement", complète de son côté Tanguy de Wilde d'Estmael. Pour autant, rappelle le professeur à l'École des sciences politiques de l'UCLouvain, 130 kilomètres séparent les deux territoires. "Dans l'esprit chinois, l'enlisement de la Russie en Ukraine démontre qu'un usage de la force ne produit pas de résultat. Le vrai casus belli serait une déclaration d'indépendance de Taïwan. Mais les Taïwanais sont suffisamment prudents pour comprendre qu'il s'agit d'une ligne rouge. Donc, à mon sens, l'espoir de Pékin consiste à montrer sa force, pour gagner sans combattre."
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Mais selon Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l'Iris et coresponsable du Programme Asie-Pacifique, Pékin pourrait tout de même décider d'employer la manière forte avec Taipei : "On ne peut exclure que Xi Jinping, comme Vladimir Poutine, bascule dans l'irrationalité. Après, la décision reste liée à une dimension de politique intérieure. J'entends par là que le président chinois purge l'administration et l'armée populaire de libération depuis des années."
"Cher ami", "partenaire stratégique": Vladimir Poutine vient faire oublier Donald Trump à PékinEn octobre 2025, He Weidong, ancien numéro deux de l'armée et chargé un temps des opérations liées à Taïwan, a ainsi été exclu du PCC dans le cadre d'une vaste purge anti-corruption.
Certains analystes ont quant à eux suggéré que Pékin pourrait profiter de l'affaiblissement des capacités américaines de défense lié à son engagement au Moyen-Orient pour tenter d'envahir Taïwan. D'autant qu'en mai dernier, le Pentagone a suspendu un contrat de vente d'armes de 14 milliards de dollars au pays insulaire, pour préserver son stock de munitions dans le cadre du conflit avec l'Iran.
Suffisant pour décider Xi Jinping de recourir à la force ? "Près de 40 millions d'emplois en Chine continentale dépendent des multinationales taïwanaises, rappelle Emmanuel Lincot, soulignant au passage que Pékin est le second partenaire commercial de Taïpei. Pour le Parti communiste chinois (PCC), qui rappelle constamment être le garant de l'unité nationale, [l'usage de la force] signifierait un retour à la guerre civile, qui plus est entre Chinois."
La question de Taïwan devrait quoi qu'il en soit rester en haut de l'agenda sino-américain, alors que plusieurs rencontres entre Xi Jinping et Donald Trump sont théoriquement prévues dans les mois qui viennent.
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