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Avec 10% d’inflation, “on se serre la ceinture”: les Roumains face à la plus forte inflation de l’Union européenne

Parmi les facteurs alimentant la hausse des prix, la suppression des mécanismes de protection des prix sur le marché de l'électricité a entraîné en mai une hausse de 55% des tarifs sur un an.

Parmi les facteurs alimentant la hausse des prix, la suppression des mécanismes de protection des prix sur le marché de l'électricité a entraîné en mai une hausse de 55% des tarifs sur un an.

Il y a foule au marché hebdomadaire de Calarasi, une ville du sud de la Roumanie, le pays de l'UE confronté à la plus forte inflation. Ses habitants profitent de prix inférieurs à ceux des grandes surfaces pour remplir leur panier.

"Je devais faire un contrôle de la thyroïde en janvier", dit à l'AFP entre deux allées bien achalandées Florica Vasile, une femme au foyer de 56 ans. "Mais tout est parti dans les factures et les courses".

Après avoir atteint 11% en mai, l'inflation est retombée à 10,4 % en juin, restant plus de trois fois supérieure à la moyenne de l'UE. Les économistes attribuent cette situation à une combinaison de facteurs internes, notamment au creusement passé du déficit public et à plusieurs récentes mesures fiscales.

"On se serre la ceinture", explique à Calarasi Dumitru Baldovin, un ouvrier du bâtiment âgé de 63 ans, qui n'achète plus en général qu'un litre d'huile au lieu de deux.

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Comme ailleurs en Europe, la hausse des coûts de l'énergie a contribué aux tensions inflationnistes. Pourtant, d'après Laurian Lungu, le président du groupe de réflexion économique Consilium Policy Advisors Group, d'autres facteurs locaux spécifiques aggravent la situation.

Avec 7,9% du PIB en 2025, la Roumanie affiche un fort déficit budgétaire, malgré les mesures d'austérité mises en place. La suppression des mécanismes de protection des prix sur le marché de l'électricité a entraîné en mai une hausse de 55 % sur un an.

Résultat : un tiers du revenu des 19 millions de Roumains est désormais consacré à l'alimentation, contre 14 % en Allemagne, relève M. Lungu.

Selon la Confédération patronale Concordia, les entreprises constatent déjà un ralentissement de la consommation.

"Manger trois fois par jour"

Or "la vie chère" peut entraîner des comportements électoraux de "basculement vers les extrêmes", prévient l'expert.

Ces difficultés économiques nourrissent la crise politique. La coalition pro-européenne au pouvoir à Bucarest a implosé en mai, en raison de désaccords sur des mesures d'économies impopulaires. Aucun nouveau gouvernement n'a encore été formé et l'opposition nationaliste gagne du terrain dans les sondages d'opinion, les consommateurs de Calarasi interrogés par l'AFP tenant les élus pour responsables.

"Ce sont les pires des voleurs", dénonce Marin Zainea, 75 ans, qui perçoit moins de 400 euros de retraite par mois. "Ils nous font systématiquement les poches pour devenir milliardaires". A l'image d'autres retraités, il vend une partie de la récolte de son jardin pour compléter ses revenus, disant "ne plus aller au supermarché que pour regarder".

Le week-end dernier, le président Nicusor Dan a répondu aux inquiétudes, son pays ayant évité de peu un abaissement de sa note au rang spéculatif par l'agence Fitch.

"Le pouvoir d'achat a diminué mais la Roumanie se stabilise financièrement et les choses vont s'améliorer", a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux. Cette semaine, il a promulgué une loi abaissant les taxes sur le diesel et limitant certaines marges commerciales, espérant une décélération de l'inflation.

Dans le village de Dichiseni, à vingt kilomètres à l'est, Puiu Ilisei, un agriculteur de 58 ans, a du mal à faire face à la hausse des coûts, alors que la demande pour ses poulets recule.

"Les entrepôts sont pleins", dit-il, après qu'il a dû congeler un tiers de sa production et a commencé à installer des panneaux solaires dans l'espoir de réduire sa facture d'électricité. "On peut se passer d'une nouvelle chemise mais il faut manger trois fois par jour", lance-t-il.