Aux origines du tram mulhousien. Terminus pour l’extension des rames du tramway et du tram-train ?
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Terminus pour l’extension des rames du tramway et du tram-train ?
L’année 2026 est l’occasion de célébrer les 20 ans du tram mulhousien. Et si on profitait de cet anniversaire pour revenir sur ce projet qui a redessiné la ville et une partie des transports en commun de son agglomération ? Le sixième volet ressemble à un terminus. Entretien avec la présidente de Soléa, Christiane Eckert.
Stéphane Freund -
Aujourd’hui à 07:15
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Quand on compulse les premières études concernant le tram, lancées en 1994, on reste, même trente ans plus tard, fascinés par les variantes des tracés, qui titillent la ville d’Illzach, poussent jusqu’aux terres wittenheimoise et kingersheimoise. Ces travaux prenaient notamment en compte la « population à 600 mètres », la proportion de population par rapport au kilomètre de ligne (pop./km de ligne) et « la distance moyenne à l’axe ». Mais le terminus s’est profilé le 4 juillet 2009, la ligne 1 était prolongée de 1,5 km au nord, avec la création de trois stations supplémentaires, Tuilerie, Saint-Nazaire et Châtaignier.
« On pensait également poursuivre la ligne jusqu’au quartier Drouot », assure un connaisseur du dossier, qui dessine même le prolongement de la ligne, « Kinepolis, RD430, rue de l’Ill, rue des Flandres, rue Drouot, rue de Provence, et retour par la boucle rue de Bretagne et rue des Flandres, si on omet la desserte de la piscine des Jonquilles… et le tout sans aucun coûteux appareil de voie ! » On a certes évoqué, au sein des instances de l’agglomération, le projet d’extension du réseau de tram et annoncé, à l’automne 2024 , de nouvelles études mais, en janvier dernier, le projet semblait repoussé à un avenir lointain.
Christiane Eckert, présidente de Soléa, lors d’une conférence de presse en 2025. Photo archives Roméo Boetzlé
Christiane Eckert, présidente de Soléa: « Il n’aurait pas fallu attendre tout ce temps !!! »
« Nous, nous étions pour l’extension du réseau, à 200 % !!! », lâche, dans un véritable cri du cœur, la présidente de Soléa, Christiane Eckert. « Il n’aurait pas fallu attendre tout ce temps pour pouvoir avancer !!! Aujourd’hui, on nous dit, on nous répète : un tram, c’est cher. » Christiane Eckert a en effet fait partie de ce pari urbanistique, portée à bout de bras par le maire Jean-Marie Bockel. « Des gens lui répétaient que le tram, ce n’était pas nécessaire. Strasbourg, ce n’est pas Mulhouse, ajoutait-on. On dénonçait aussi la volonté de chasser la voiture de la ville, mais c’est oublier que la piétonnisation de la rue du Sauvage, des rues Henriette et des Boulangers date du mandat de Joseph Klifa et de son adjoint, Médard Wirth. » Christiane Eckert sourit : « Je me suis engagée en politique en 1974. Nous nous étions opposés politiquement, Jean-Marie Bockel et moi, notamment aux cantonales de 1989, mais il a décroché son téléphone pour me demander de le rejoindre pour la campagne municipale de 2001. » Et c’est ainsi qu’elle a occupé la fonction d’adjointe au commerce et aux relations transfrontalières.
Max, visage ouvert, qui fait penser au personnage de Malabar, a été un support de communication efficace. Photo achives L’Alsace
La fontaine pissenlit : ce n’était pas pour le tram
« Les travaux, qui ont commencé en 2003, parce qu’il fallait déplacer tous les réseaux souterrains, eau, téléphonie, gaz, ont fortement pesé sur les commerçants », convient-elle, « même s’ils ont été indemnisés. Je me souviens que l’épicerie fine du Village italien, avenue Kennedy, a souffert. » Elle rit doucement : « J’étais par ailleurs présidente du conseil du quartier du centre-ville. Je parlais réglementation avec les commerçants la journée, et je faisais de la pédagogie avec les habitants le soir. » Elle se souvient de la destruction du passage souterrain avec enseignes nichées Porte Jeune, « les commerces qui ont commencé à y péricliter dans les années 1990, ces interminables escaliers à monter et à descendre, difficiles pour les personnes âgées », le grignotage du bâtiment qui hébergeait « la cafétéria Saint-Michel, les costumes Mura et l’ancien cabinet du phlébologue Kientzler. Je me souviens aussi du démontage de la fontaine pissenlit. Ce n’était pas dû qu’au chantier du tram. Le bassin n’était plus étanche et les locaux techniques de la Tour de l’Europe étaient affectés par ces infiltrations. »
Christiane Eckert poursuit : « La campagne d’informations était tous azimuts. Le personnage qui représentait les travaux, Max, était sur tous les flyers, il y avait des distributions dans les quartiers, dans toutes les boîtes aux lettres. La Ville avait d’ailleurs reçu un prix de la communication pour un chantier de cette taille. J’ai vu les choses avancer. Les Mulhousiens ont été consultés sur le nez et la couleur du tram... Au fil des semaines, des mois, ils se le sont réellement approprié. »
Jean-Marie Bockel et son premier adjoint, Eugène Riedweg, croqués par le dessinateur Giefem pendant le chantier du tram. Dessin Giefem
Le tram-train jusqu’à Kruth ?
Christiane Eckert est devenue présidente de Soléa en 2014, « après Eugène Riedweg [qui était premier adjoint de Jean-Marie Bockel, NDLR]. Eugène surveillait vraiment les avancées, avec l’œil qu’il fallait. Quand on entendait la porte de son bureau claquer, qu’il hurlait, je savais que le chantier présentait une difficulté. Sans ces deux hommes, ce projet n’aurait pas été porté. Il y avait aussi Yves Laurin, alors directeur de la Serm (Société d’équipement de la région mulhousienne). On disait que le maire, c’était les idées, lui, les techniques. L’annonce de son décès, en 2024, a été un choc terrible au sein de Soléa. Le centre de maintenance porte aujourd’hui son nom », ajoute-t-elle, avec émotion. « Grâce à ce tram, à ces hommes, la ville a pris une autre image. »
Et l’extension du tram-train jusqu’à Kruth, projet que portaient également MM. Bockel et Laurin ? « Cela ne se fera pas. Les financements ne sont pas arrivés quand on en avait encore la possibilité », répond Christiane Eckert, avant de soupirer : « J’aurais rêvé d’un tram-train jusqu’à l’EuroAirport. » Le tram-train Mulhouse-Thann fêtera ses vingt ans en 2030. Ce sera une autre histoire.
Arrêt du Parc Expo : une « erreur » technique
La question revient régulièrement, surtout lors des grands événements au Parc Expo. Pourquoi diable l’arrêt situé près du Parc Expo, à l’arrière du dépôt Soléa, ne fonctionne-t-il pas ? « C’était une « erreur » technique », explique Christiane Eckert. « Une rame qui s’engage sur cette voie n’a pas la possibilité de faire de virage pour reprendre sa ligne normalement, jusqu’à l’arrêt Châtaignier. Elle devrait tout de suite repartir vers la gare. » Compliquant de fait le cadencement.
En prêt ou en location
L’anecdote est véridique. L’agglo, qui avait vu grand, avait finalement acheté trop de rames. « Mais il y avait eu des gestes commerciaux », précise la présidente de Soléa, Christiane Eckert. Alstom y a vu l’occasion de prêter le matériel mulhousien. Deux rames ont circulé de 2006 à 2008 sur le réseau de Buenos Aires Tranvía del Este et une sur le réseau d’Utrecht (où l’incompatibilité avec les quais s’est révélée manifeste). En 2008, cinq rames ont été louées pour circuler sur le réseau de Melbourne (Australie) avant d‘être définitivement vendues. « Melbourne a un très grand réseau de tramways, il y en a encore avec des banquettes à bois. C’est là que circule la rame Ungersheim, rit Christiane Eckert. La couleur jaune est très appréciée, parce que la ville porte le symbole de l’abeille. »
« Le tramway pris en photo par Alain Masson, en 2010 (ci-dessus), est celui qui avait circulé pendant presque deux ans à Buenos Aires, en Argentine », explique de son côté le photographe Henri Daniel. « Il avait même été prêté par Soléa via Alstom pour y être exposé lors de la Fête nationale brésilienne du 7 septembre 2009 et habillé aux couleurs du Brésil. » « L’expo avait été inaugurée en présence du président de l‘époque, Nicolas Sarkozy », s’amuse-t-il à préciser. Le projet du tramway argentin a finalement échoué.