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Automobile. Supercars, rachats, Formule 1, faillites et résurrections, voici la folle histoire de Spyker

Fondée en 1999, la marque Spyker va ressusciter un blason historique remontant à 1880. Elle va surtout cumuler les ennuis et incarner l’une des trajectoires les plus tumultueuses de l’histoire automobile modern...

Fondée en 1999, la marque Spyker va ressusciter un blason historique remontant à 1880. Elle va surtout cumuler les ennuis et incarner l’une des trajectoires les plus tumultueuses de l’histoire automobile moderne. 

Une marque historique 

Le nom Spyker vient de deux frères forgerons néerlandais, Hendrik-Jan et Jacobus Spijker, qui fondent en 1880 une fabrique de carrosses à Hilversum, aux Pays-Bas.

La firme se fait rapidement remarquer par son savoir-faire et son audace technique : elle réalise en 1898 le « Golden Coach », carrosse d’apparat de la famille royale néerlandaise, toujours utilisé aujourd’hui lors des cérémonies officielles.

En 1903, la marque présente la 60 HP, considérée comme la première voiture au monde à moteur avant et transmission intégrale, mais aussi la première à six cylindres et à freinage sur les quatre roues.

Malgré ces prouesses, l’entreprise originale rencontre des difficultés financières et cesse ses activités en 1926, après avoir produit environ 2 000 véhicules entre carrosses, automobiles et avions. 

Spyker est également une marque historique. Photo Spyker

Spyker est également une marque historique. Photo Spyker

La renaissance 

En 1999, l’homme d’affaires néerlandais Victor Muller et le designer Maarten de Bruijn fondent Spyker Cars N.V., obtiennent l’autorisation d’utiliser le nom, le logo et la devise « Nulla tenaci invia est via » (« Pour le tenace, aucun chemin n’est infranchissable ») de Spyker.

Le premier prototype, la Silvestris V8, est présenté au Festival of Speed de Goodwood en 1999 et annonce le style futur de la marque : lignes tendues, habitacle inspiré de l’aviation, portes en élytre et un style qui ne ressemble à rien d’autre. 

C8 Spyder, la supercar fait main 

La première voiture de série, la C8 Spyder, débute au Birmingham Motor Show en octobre 2000.  Elle repose sur une plateforme et un châssis en aluminium conçus en interne, mais utilise un moteur Audi 4.2 litres V8 atmosphérique de 400 ch environ. 

En 2001 arrive la version coupé, la C8 Laviolette, reconnaissable à ses vitres latérales opaques en aluminium, puis en 2002 la C8 Double 12S, version homologuée en course dont seulement 16 exemplaires sont construits. 

La Spyker C12 Laturbie, avec un V12. Photo Spyker

La Spyker C12 Laturbie, avec un V12. Photo Spyker

Premiers accrocs 

Jusqu’en 2005, Spyker affine son image de « boutique » artisanale : production ultra limitée, et finitions luxueuses. Spyker devient une marque reconnue pour le sérieux de ses réalisations et le soin apporté à ses voitures, à l’image de ses intérieurs affichant des matériaux haut de gamme.

Mais en coulisses, c’est déjà la guerre. En 2005, Maarten de Bruijn quitte la société à la suite de divergences avec Victor Muller, qui reste seul à la tête de l’entreprise, pour le meilleur et le pire. 

Un petit poisson dans une grosse rivière 

L’année suivante Spyker présente la C12 La Turbie, première Spyker équipée d’un moteur V12.  Ce bloc de 6.0 litres W12 d’origine Volkswagen développe 507 ch et permet à la supercar de passer de 0 à 100 km/h en moins de 4 secondes.

Le nom « La Turbie » rend hommage à une victoire en course de côte en 1922, la carrosserie est signée du carrossier italien Zagato et on annonce une production de 25 exemplaires.

Mais le moins que l’on puisse dire est que les clients ne se bousculent pas chez Spyker pour passer commande. Quelques mois plus tard pourtant, le constructeur annonce l’arrêt du modèle pour se concentrer sur d’autres projets. 

Spyker s'est enlisé en F1. Photo Spyker.

Spyker s'est enlisé en F1. Photo Spyker.

Une écurie de F1, la mauvaise idée 

Pour se faire un nom dans le petit monde des marques de supercar aux côtés de McLaren, Ferrari ou Aston-Martin, le patron hollandais décide de se lancer en Formule 1.

Pour le petit artisan, c’est un gros défi et certains font déjà un rapprochement avec le petit constructeur français Venturi qui avait tenté quelques années plus tôt la même aventure en F1. A la fin de la saison, l’équipe Larousse-Venturi était essorée, entraînant avec elle la chute du petit constructeur. 

En septembre 2006, la marque rachète l’écurie Midland F1 et termine la saison 2006 sous le nom Spyker MF1.  En 2007, l’équipe participe officiellement sous le nom Spyker F1 Team. L’écurie est ambitieuse et achète des moteurs à Ferrari. Les pilotes sont Adrian Sutil, Christijan Albers, puis Markus Winkelhock et Sakon Yamamoto. 

En 17 Grands Prix, Spyker ne marque qu’un seul point (8e place de Sutil en Belgique) et termine 10e du championnat constructeurs. C’est la douche froide. En absence de résultats, l’aventure F1 n’est pas viable et prend fin dès la fin de la saison.

Fin 2007, l’écurie est revendue à un consortium indien et devient Force India pour 2008, mettant fin à l’aventure F1 de Spyker après une seule saison complète. 

Les yeux plus gros que le ventre 

On pourrait penser que cette déconvenue allait calmer Victor Muller pendant un certain temps. Il n’en sera rien. A la fin des années 2000, le constructeur suédois SAAB vit des moments compliqués. General Motors, son propriétaire, est en quasi faillite et doit se séparer de plusieurs marques.

Contre toute attente, le 26 janvier 2010, Spyker finalise l’acquisition de Saab auprès de General Motors pour environ 74 millions de dollars en cash, complétés par des actions et des obligations convertibles, avec le soutien d’un prêt de la Banque européenne d’investissement garanti par l’État suédois.

Spyker, qui fabrique quelques voitures par an à la main, vient d’acquérir SAAB qui fabrique 130 000 voitures par an. Les observateurs sont sceptiques et ils ont raison. Non seulement les synergies entre les deux marques sont inexistantes, mais tout le monde se demande comment Spyker pourrait supporter le poids de SAAB.

D'autant plus que les ventes du constructeur suédois ont brutalement chuté de 135 000 en 2006, à 90 000 en 2008, avant de sombrer à 20 000 exemplaires en 2009 ! 

Les intérieurs Spyker sont toujours très soignés. photo Spyker

Les intérieurs Spyker sont toujours très soignés. photo Spyker

Le boulet SAAB 

Dès 2010, SAAB sous contrôle de Spyker, vend 31 696 voitures dans l’année. C’est mieux mais largement insuffisant pour gagner de l’argent et rentabiliser l’affaire. Quelques mois plus tard, il n’y a déjà plus d’argent dans les caisses pour payer les fournisseurs.

La production de l’usine SAAB de Trollhättan s'arrête. Victor Muller se rend soudainement compte qu’il file droit vers la faillite. Il tente alors de vendre SAAB à des investisseurs chinois. Mais plusieurs obstacles se dressent devant lui. GM refuse en effet de céder les licences et propriétés intellectuelles des modèles SAAB à un éventuel acheteur chinois.

Enfin, les chinois, conscients que SAAB est au bord de la faillite définitive comprennent très vite l'intérêt d’attendre. Pourquoi payer des centaines de millions d’euros pour une société qui vaudra zéro dans quelques semaines? Et effectivement, fin 2011 SAAB est placé en faillite, entraînant des pertes massives pour Spyker. 

Double faillite 

Du côté de Spyker Cars, les choses ne vont pas mieux. Les ventes n’ont jamais décollé et après un pic de 94 voitures vendues en 2006, les volumes retombent à quelques dizaines d’unités par an.

En décembre 2014, la société Spyker N.V. et ses filiales (Spyker Automobielen B.V., Spyker Events & Branding B.V.) sont placées en faillite par le tribunal de Midden-Nederland, faute de financement de sauvetage arrivé à temps.

L’administrateur judiciaire est transformé en liquidateur, et les actifs de l’entreprise sont menacés de vente aux enchères. 

Le Pekin to Paris n'est jamais vraiment entré en production. Photo Spyker.

Le Pekin to Paris n'est jamais vraiment entré en production. Photo Spyker.

Spyker bouge encore 

Mais “pour le tenace, aucun chemin n’est infranchissable” et contre toute attente, Spyker obtient gain de cause en appel. Le 29 janvier 2015, la cour d’appel de Leeuwarden annule rétroactivement la faillite et replace l’entreprise en « moratorium de paiement », l’équivalent néerlandais du Chapitre 11 américain. 

Juridiquement, Spyker n’a donc jamais été officiellement en faillite, mais l’entreprise reste sous protection judiciaire et doit négocier avec ses créanciers. 

Victor Muller va pouvoir se concentrer sur son métier : concevoir des supercars artisanales. La production est recentrée à Coventry, au Royaume-Uni, où des sous-traitants spécialisés fabriquent les châssis et carrosseries en aluminium.

En mars 2016, au Salon de Genève, Spyker présente la C8 Preliator, troisième génération de C8. Toujours équipée du V8 Audi 4.2 litres, mais désormais suralimentée, elle développe 525 ch et est proposée en boîte manuelle Getrag à 6 rapports ou en automatique ZF. 

Nouvelle faillite 

Malgré cette réorganisation pleine de bonne volonté, les volumes restent minuscules et les difficultés financières persistent. En 2021, Spyker est à nouveau en cessation de paiement.

Une seconde procédure de faillite est engagée, suivie d’une longue bataille juridique autour des droits de la marque. On pense alors que Spyker est cette fois-ci définitivement morte, mais le Hollandais n’abandonne jamais. 

Le constructeur existe toujours malgré une histoire mouvementée. Photo Spyker

Le constructeur existe toujours malgré une histoire mouvementée. Photo Spyker

Nouvelle renaissance 

En octobre 2025, Victor Muller annonce avoir obtenu gain de cause devant un tribunal et avoir repris le contrôle de la marque à l’issue d’un règlement à l’amiable.  En juin 2026, il s’associe à Volodymyr Nosov, entrepreneur ukrainien lié aux cryptomonnaies, qui prend une participation significative dans la société relancée.

Le 14 août dernier, lors de The Quail à Monterey Car Week, Spyker dévoile la C8 Preliator XXV Coupé, présentée comme le premier modèle d’une « nouvelle ère ». Cette hypercar reprend l’ADN de la marque : châssis en aluminium, carrosserie martelée à la main, habitacle minimaliste et analogique, inspiration aéronautique.

Sous le capot, toujours le V8 biturbo Audi porté à 800 ch et 1000 Nm de couple. Les performances annoncées sont celles d’une hypercar : 0–100 km/h en 2,7 secondes et une vitesse maximale supérieure à 349 km/h. 

Spyker aurait vendu environ 290 voitures ces 25 dernières années, selon les données publiées par la marque. Elle aura connu deux faillites, une aventure en Formule 1, un rachat de SAAB qui se transforme en fiasco, de multiples affaires devant les tribunaux. Mais elle est encore là en 2026, méritant plus que jamais son slogan.