Automobile. Comment Michelin conçoit son nouveau pneu pour sportives ?
Le premier Michelin Pilot Sport est apparu en 1997. Près de trois décennies plus tard, l’automobile a profondément changé : puissances et couples en hausse, hybridation, électrification, châssis toujours plus s...
Le premier Michelin Pilot Sport est apparu en 1997. Près de trois décennies plus tard, l’automobile a profondément changé : puissances et couples en hausse, hybridation, électrification, châssis toujours plus sophistiqués, aérodynamique plus efficace, mais aussi des voitures de plus en plus lourdes. Autant de paramètres qui bouleversent la manière dont un pneumatique doit travailler, adhérer, chauffer et durer.
Des pneus haute-performances
Les voitures modernes mettent les pneus à dure épreuve, et c’est encore plus vrai pour les voitures sportives et supercars. Aujourd’hui Michelin présente sa dernière enveloppe et inaugure ainsi une nouvelle génération de pneus « hautes performances » destinée à ces véhicules ultra sportifs.
L’enjeu est de taille sur ce segment où la demande ne se résume plus au temps au tour : le pneu doit également offrir de la précision, de la constance, une bonne gestion thermique et une sensation de conduite lisible.
C’est aussi une question d’image. Si les supercars les plus performantes de la planète roulent en Michelin, le message sera clair : tout le monde peut rouler avec les pneus de la marque.
La méthode Michelin
Depuis des années, les pneus Michelin sont développés dans l’esprit “de la piste à la route”. En clair, les pneus de course servent directement au développement de ceux de série. La compétition ne sert pas seulement à gagner des courses, mais à concevoir plus vite, plus finement et avec moins de matière, les pneumatiques de demain. Une méthode efficace mais qui peut s’avérer très longue.
“L’innovation que l’on découvre aujourd’hui sur un pneumatique peut avoir commencé à germer dix ans auparavant”, explique Cyrille Roget, directeur de la Communication scientifique et Innovation de Michelin. Sa force, ajoute-t-il, réside dans le dialogue permanent entre recherche avancée, Motorsport, développement série et industrie. La compétition accélère l’acquisition de connaissances, que Michelin cherche ensuite à transformer en solutions utiles et industrialisables.” En clair, la technologie aujourd’hui disponible pour les voitures de série a probablement gagné…il y a dix ans sur circuit.
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Si ce pneu doit tant à la compétition, c’est parce que Michelin est présent depuis longtemps sur le plus difficile des terrains : l’Endurance.
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Le premier Michelin Pilot Sport est apparu en 1997.
Des technologies concrètes issues de la course
Ce pneumatique, dont le nom est encore secret, illustre cette méthode avec deux technologies issues de la course.
La première, Michelin Ultra Dynamic Response, associe une ceinture composite rigide à un dessin ondulé exclusif pour améliorer la maniabilité, la réactivité et la précision de conduite, sur route comme sur circuit. La seconde, Michelin Bi-Compound, combine un Grip Booster Wet favorisant l’adhérence sur sol mouillé à une formulation de gomme issue de la compétition, pensée pour maximiser la performance et le grip sur sec.
Même la fabrication porte l’empreinte du sport automobile. La technologie C3M, une forme d’impression 3D industrielle, est utilisée aussi bien pour certains pneus de compétition les plus extrêmes que pour des pneumatiques routiers de très haut niveau. Aujourd’hui on imprime des pneus sur demande, au bord du circuit ou à l’usine.
L’Endurance, endroit parfait pour tester un pneu
Si ce pneu doit tant à la compétition, c’est parce que Michelin est présent depuis longtemps sur le plus difficile des terrains : l’Endurance. En FIA WEC, la catégorie Hypercar réunit des architectures très différentes : LMH, LMDh hybrides et LMDh thermiques. Cette diversité impose au manufacturier de développer des pneus capables de répondre à des contraintes variées, tout en accompagnant des constructeurs parmi les plus exigeants du monde.
“Les Hypercars atteignent un niveau de performance très élevé et soumettent les pneumatiques à des contraintes extrêmes”, résume Pierre Alves, directeur des programmes Endurance de Michelin Motorsport. L’évolution permanente de ces voitures conduit Michelin à renouveler régulièrement sa gamme Pilot Sport Endurance, selon des cycles de deux à trois ans. La compétition permet d’explorer de nouvelles solutions, d’accélérer l’innovation et, surtout, d’enrichir continuellement la connaissance du pneumatique.
“Il n’existe pas de frontière entre la piste et la route, mais une circulation permanente des connaissances”, confirme Philippe Tramond, directeur technique de Michelin Motorsport.
Ce n’est qu’à l’issue de cette longue chaîne numérique que quelques pneus partent pour des tests routiers réels.
Pourquoi développer les pneus sur simulateur ?
Pourtant, la révolution de ce pneumatique sport tient peut-être moins à ses composants qu’à sa méthode de conception. Chez Michelin, le développement commence par l’analyse de vastes bases de données, croisées avec les caractéristiques des futures voitures destinées à recevoir le pneu. Monter un pneu plus sur une voiture actuelle ne serait pas forcément efficace. Non parce qu’il serait mal conçu, mais parce que les châssis ont évolué.
Vient ensuite le travail sur ordinateur. L’outil central s’appelle TameTire, un logiciel de simulation thermodynamique développé par Michelin à l’époque de son engagement en Formule 1. Il a évolué au fil des années jusqu’à pouvoir simuler la température d’un pneu selon une situation donnée. Michelin le présente comme le procédé le plus avancé au monde dans ce domaine : il fait gagner un temps considérable et permet d’explorer un nombre de solutions qu’aucune campagne d’essais physiques ne pourrait couvrir.
La démarche fonctionne comme un entonnoir. Sur simulateur, les ingénieurs définissent des « candidats », différents mélanges, architectures ou profils, puis les soumettent à de nouveaux calculs selon des programmes reproduisant diverses situations routières. Le meilleur compromis émerge progressivement, avant même qu’un seul prototype ne soit fabriqué.
D'abord sur rouleaux
Quand le prototype est enfin prêt, il est d’abord testé sur rouleaux, où de nouveaux relevés physiques permettent de l’affiner encore. Le processus se poursuit ensuite sur simulateur de conduite, avec de vrais pilotes aux commandes. Temps au tour, distances de freinage, motricité, constance des performances et maîtrise thermique sont mesurées avec une précision et une reproductibilité comparables, voire supérieures, à celles des essais sur route.
Ce n’est qu’à l’issue de cette longue chaîne numérique que quelques pneus partent pour des tests routiers réels. Ces essais arrivent donc en fin de processus. Ils limitent les déplacements, la consommation de matière, les risques, le temps passé et, forcément, les coûts. Les dépenses ne disparaissent pas pour autant : elles se déplacent vers des logiciels de simulation toujours plus puissants.
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La technologie aujourd’hui disponible pour les voitures de série a probablement gagné…il y a dix ans sur circuit.
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Les pneus Michelin finissent toujours sur la piste, pour une raison essentielle : rien ne remplace un vrai essai pour valider.
Les essais sur piste pour valider les sensations
Les pneus Michelin finissent toujours sur la piste, pour une raison essentielle : rien ne remplace un vrai essai pour valider… les sensations de conduite. Comme en compétition, où la course sert désormais moins à inventer le pneu qu’à valider, dans des conditions réelles et extrêmes, un produit déjà largement mûri par la simulation.
Ce futur pneumatique est certainement celui qui doit le plus à la piste. Un pneu sportif conçu d’abord dans le silicium, éprouvé ensuite par les pilotes, avant de rencontrer enfin l’asphalte. “La compétition est certainement devenue l’outil de conception le plus efficace de l’industrie du pneumatique” nous dit Michelin. La compétition ne fait pas gagner que les marques et les pilotes.