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Au commencement était le verbe. A Fosses, au commencement étaient Gertrude et Feuillen

Ce samedi, 14 heures. Les tambours résonnent sous les voûtes de l'église Sainte-Gertrude dans le cadre du 1400e anniversaire de la naissance de la patronne de Nivelles. Exceptionnellement, le buste-reliquaire de celle-ci a été escorté en procession, et à pied, jusqu'à Fosses, par la Marche sainte Gertrude et l'évêque de Namur, Mgr Lejeusne.

La cérémonie fut brève. Sobre. Dos au choeur, le buste-reliquaire, mélange de laiton et d'argent, est flanqué d'une statue de saint Feuillen, en bois. La confrérie Sainte-Gertrude de Nivelles est exceptionnellement présente, ainsi que le doyen de Nivelles, Albert-Marie Demoitié.

Prélude: Mgr Fabien Lejeusne, évêque de Namur, bénit le nouveau fanion de la Marche et de la compagnie, appelé à accompagner les processions futures et à passer d'une génération à l'autre.

"Bénir un fanion, c'est bénir aussi toutes celles et ceux qui le porteront fièrement et qui se le transmettront de génération en génération", introduit l'évêque.

Le nouveau fanion porte l'effigie de sainte Gertrude. "Demandons qu'elle soit notre ambassadrice, elle qui fut "une amie du Christ" et un témoin de l'Évangile, poursuit l'évêque.

Sorti de l'église, le buste-reliquaire y revient triomphalement quelques instants plus tard, porté par son escorte.

De qui parle-t-on? Qui était Gertrude. Jean-Yves Stuyckens rappelle les grandes lignes de sa courte vie.

Gertrude naît en 626, il y a précisément 1 400 ans, au sein d'une famille de la haute aristocratie mérovingienne. Son père, Pépin dit de Landen, est maire du palais du royaume franc d'Austrasie. Sa mère, Itte, est princesse d'Aquitaine.

Très jeune, Gertrude refuse le prince qui la demande en mariage. Elle affirme qu'elle n'aura pas d'autre époux que le Christ.

À la mort de son père, en 640, la riche héritière se retrouve à nouveau confrontée aux prétendants. Ceux-ci se montrent de plus en plus menaçants. Survient alors Amand, évêque de Maastricht, en visite dans son diocèse.

Sur son conseil, Itte décide de convertir l'héritage familial en monastère. Pour protéger sa fille, elle lui coupe les cheveux en signe de renoncement radical au monde.

"Si nous sommes encore là aujourd'hui à processionner, je crois que la terre qui a accueilli sainte Gertrude et saint Feuillen est une terre hospitalière." L'évêque de Namur, Fabien Lejeusne

Vers 650, Itte fonde l'abbaye de Nivelles. Dans la foulée, Amand consacre Gertrude, sa première abbesse.

C'est peu de temps après que des moines venus d'Irlande arrivent sur le continent. Feuillen, son frère Ultan et leurs compagnons cherchent à s'y établir. À Nivelles, ils tissent des liens d'amitié et contribuent à l'établissement d'une nouvelle communauté chrétienne.

Gertrude et Itte leur offrent alors une terre qu'elles possèdent à Fosses, le domaine de Bebrona, où Feuillen bâtira les murs de son monastère.

Feuillen fréquente assidûment l'institution nivelloise, y enseignant et y célébrant l'office divin.

C'est là que les deux histoires se rejoignent.

D'une pierre deux coups. Avant de rallier Fosses-la-Ville en procession, et aux tambours, et la collégiale Saint-Feuillen, l'évêque de Namur, Fabien Lejeusne, a béni le nouveau fanion de la Marche Sainte-Gertrude en l'église de Le Roux.
D'une pierre deux coups. Avant de rallier Fosses-la-Ville en procession, et aux tambours, et la collégiale Saint-Feuillen, l'évêque de Namur, Fabien Lejeusne, a béni le nouveau fanion de la Marche Sainte-Gertrude en l'église de Le Roux. ©Pierre Wiame

Gertrude et Feuillen ont été les serviteurs fidèles de l'Evangile

Feuillen, au cours de l'un de ses nombreux voyages, est assassiné avec trois de ses compagnons, dans la forêt du Rœulx, le 31 octobre 655.

À Nivelles, Gertrude s'inquiète de sa disparition. Après 77 jours de jeûne et de prière, elle est éclairée sur le lieu du martyre. Lors d'une procession solennelle, le corps de Feuillen est transporté à Nivelles, avant d'être transféré à Fosses.

Par leur intelligence, leur foi, leur amour du prochain et les miracles qui leur sont attribués, Gertrude et Feuillen deviennent rapidement l'objet d'un culte populaire. C'est l'affluence des pèlerins autour de leurs tombeaux qui est à l'origine de cette mémoire partagée entre les deux villes.

Ce samedi, cette histoire ancienne est sortie du récit historique pour se mettre en marche.

Mgr Fabien Lejeusne rappelle pourquoi, après tant de siècles, des hommes et des femmes continuent à processionner en leur honneur.

Le buste-reliquaire a été triomphalement porté dans l'église par son escorte.
Le buste-reliquaire a été triomphalement porté dans l'église par son escorte. ©Pierre Wiame

"Pourquoi marchons-nous aujourd'hui à la suite de sainte Gertrude et de saint Feuillen ? Parce qu'ils ont été les serviteurs fidèles de l'Évangile", dit-il.

Pour l'évêque, la démarche ne consiste donc pas seulement à honorer deux personnages de l'histoire de Fosses et de Nivelles. Elle rappelle surtout ce qui les a mis en mouvement : accepter de se mettre au service d'un ressuscité d'entre les morts et de d'apporter sa parole. "C'est ce don-là qui a façonné notre histoire, l'histoire de nos communes respectives et celle de notre vie entre leurs murs."

L'évêque emprunte l'image de la terre qui reçoit la parole. Parfois aride, sèche, difficile à faire fructifier. Parfois pierreuse. Mais il existe aussi des terres capables de l'accueillir. "Si nous sommes encore là ce samedi à processionner, c'est, je crois, parce que la terre qui a accueilli sainte Gertrude et saint Feuillen est une terre hospitalière."

Gertrude avait chaleureusement accueilli Feuillen et ses compagnons au début de l'histoire. Des siècles plus tard, ce sont les héritiers d'une même mémoire qui se retrouvent à leur tour autour d'un buste, d'un fanion et d'une procession.

La bénédiction du nouveau fanion de la Marche Sainte-Gertrude. Un événement pour la fabrique d'église et pour la compagnie.
La bénédiction du nouveau fanion de la Marche Sainte-Gertrude. Un événement pour la fabrique d'église et pour la compagnie. ©Pierre Wiame

Dépositaires d'une belle histoire qui les dépasse

Les marcheurs de 2026 et plus largement du XXIe siècle sont les "fidèles héritiers" de ceux qui les ont précédés dans l'histoire ancienne. Ils sont les dépositaires d'une histoire qui les dépasse.

Le buste-reliquaire de Gertrude a ensuite quitté Le Roux pour Fosses-la-Ville, dans une procession s'inscrivant dans les célébrations du 1400e anniversaire de la naissance de la sainte.

Quatorze siècles plus tard, Gertrude et Feuillen prennent la route ensemble.

Clin d'œil de calendrier : tandis que l'évêque de Namur marche vers Fosses à la suite de Gertrude et de sa Marche, le pape Léon XIV descend les Champs Elysée à Paris en papamobile. Deux événements. L'un mettant la France en joie, en pleine Léonmania. L'autre une humble commune de l'Entre-Sambre et Meuse rendant les honneurs à deux missionnaires. Quelle que soit leur dimension individuelle, ils illustrent une même Église en marche.


Le buste, une oeuvre de dinanderie signée du Fossois Marcel Nullens

Il a fallu environ 600 heures à Marcel Nullens pour réaliser le buste-reliquaire de sainte Gertrude.

Le dinandier fossois l'a exécuté en 2006, à l'occasion du 730e Tour Sainte-Gertrude de Nivelles, à partir de dessins et d'un projet en terre inspiré d'une statuette du XIe siècle.

L'œuvre est ciselée en laiton et en argent. Le visage, les mains et la cape de la sainte sont en argent ; la robe est en laiton. Des détails viennent compléter le travail de l'artisan, notamment une petite souris grimpant sur le buste.

Habituellement conservée à Nivelles, l'œuvre revient exceptionnellement dans la région à l'occasion de cette rencontre avec la Saint-Feuillen.

Marcel Nullens, 92 ans, est présent. Il assiste avec émotion à la cérémonie. Vingt ans après l'avoir façonnée, il l'a vue prendre la route vers Fosses-la-Ville.

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