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Au Brésil, Flávio Bolsonaro mise sur Milei mais peine à rassembler la droite : “L’influence de la famille s’érode”

Le soutien de Javier Milei devait être la carte maîtresse de Flávio Bolsonaro pour lancer sa campagne en vue de la présidentielle brésilienne d'octobre. Il a finalement déclenché une crise diplomatique sans pré...

Le soutien de Javier Milei devait être la carte maîtresse de Flávio Bolsonaro pour lancer sa campagne en vue de la présidentielle brésilienne d'octobre. Il a finalement déclenché une crise diplomatique sans précédent entre Brasília et Buenos Aires.

Invité d'honneur de la convention du Parti libéral (PL), organisée samedi 25 juillet à São Paulo pour officialiser la candidature à la fonction suprême du sénateur de 45 ans, fils aîné de l'ex-dirigeant d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), le président libertarien argentin a consacré une partie de son discours, au ton provocateur et ponctué de jurons, à attaquer son homologue brésilien de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, candidat à sa réélection. Depuis la tribune, il l'a notamment traité d'"ordure socialiste" et de "voleur", dénonçant "le risque Lula" et appelant les Brésiliens à se libérer de "l'asservissement à la gauche".

Les autorités brésiliennes n'ont pas tardé à riposter. Dès le lendemain de l'événement, le ministre des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur d'Argentine pour demander des explications et faire part de la "vive réprobation" de Brasília face aux "propos injurieux" de Javier Milei, perçus comme une "ingérence dans les affaires intérieures" du pays. Le gouvernement a également rappelé son ambassadeur à Buenos Aires, sans fixer de date pour son retour.

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Lula, lui, s'est contenté d'ironiser. Interrogé lundi par des journalistes sur les propos de son homologue, le dirigeant brésilien a balayé la polémique d'un laconique : "C'est qui, ce type ?" Côté argentin, la presse assure que son gouvernement n'entend pas présenter d'excuses. Le ministre argentin des Affaires étrangères a toutefois écarté toute rupture avec le Brésil, premier partenaire commercial du pays.

Un boomerang électoral pour Lula

Au-delà de la crise diplomatique, l'épisode pourrait peser sur la présidentielle. Pour plusieurs observateurs, les attaques de Javier Milei renforcent l'un des principaux thèmes défendus par Lula : la souveraineté nationale, un discours déjà alimenté par les nouvelles surtaxes douanières imposées par l'administration américaine, courant juillet, sur de nombreux produits brésiliens. Le président sortant pourrait donc tirer profit de cette séquence pour se présenter comme le défenseur des intérêts du Brésil, tout en associant l'opposition aux pressions extérieures.

Pour Flávio Bolsonaro, en revanche, l'opération est à double tranchant. En s'affichant aux côtés de Javier Milei, le nouveau champion de l'extrême droite brésilienne cherche à s'inscrire dans une dynamique conservatrice internationale. "Il fait de gros efforts pour se présenter comme la version brésilienne d'un mouvement conservateur qui gagne du terrain en Amérique latine, avec un agenda aligné sur celui de Donald Trump", analyse le politologue Maurício Santoro. Mais si le discours du dirigeant argentin a pu galvaniser les électeurs bolsonaristes les plus radicaux, il suscite des réserves chez les cadres plus modérés du Parti libéral, qui redoutent que cette polémique ne rebute les électeurs indécis.

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Une campagne minée par les difficultés internes

La controverse souligne aussi les difficultés de la campagne de Flávio Bolsonaro. Le sénateur peine à rallier d'autres formations politiques de droite et de centre-droit à sa candidature et reste, à ce stade, sans candidat à la vice-présidence. "C'est un peu contradictoire : il mise sur des alliés étrangers, mais ne parvient pas à nouer des alliances au Brésil", résume Maurício Santoro.

Le choix de Flávio Bolsonaro comme principal candidat du camp conservateur à la présidence relève avant tout d'une décision "monocratique" de son père, selon Mayra Goulart, professeure de science politique à l'Université fédérale de Rio de Janeiro. Mais l'ancien président, assigné à résidence après sa condamnation en septembre dernier à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d'État, "ne peut même pas jouer un rôle de persuasion" auprès d'éventuels alliés.

Malgré plus de vingt ans de carrière politique, d'abord comme député régional de Rio de Janeiro, puis comme sénateur fédéral à partir de 2019, Flávio Bolsonaro peine en outre à exister politiquement en dehors de l'ombre de son père. "Il se présente comme l'héritier de Jair Bolsonaro mais il n'y a rien d'autre qui porte sa campagne, estime la politologue. En parallèle, l'influence de la famille sur la droite s'érode, laissant de l'espace à d'autres candidatures".

Deux anciens gouverneurs, ex-alliés de Jair Bolsonaro, ont d'ailleurs déjà annoncé leur entrée dans la course.

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L'affaire Master

Ces difficultés sont alimentées par les retombées de l'affaire Master, un vaste scandale financier qui secoue depuis plusieurs mois les cercles du pouvoir et a rattrapé le clan Bolsonaro. En mai, le média d'investigation The Intercept Brasil a révélé que Flávio Bolsonaro entretenait des liens "de proximité" avec le banquier Daniel Vorcaro, figure centrale du dossier, auprès duquel il aurait sollicité des fonds importants pour un film biographique consacré à son père.

Après avoir longtemps nié tout contact avec l'homme d'affaires, le sénateur a finalement reconnu avoir demandé ce financement, tout en assurant ne lui avoir accordé aucune contrepartie. "Flávio Bolsonaro n'a pas réussi à apporter d'explication cohérente à ces révélations, ce qui l'a beaucoup affaibli", observe Maurício Santoro.

Depuis lors, celui que Jair Bolsonaro surnomme "fils 01" a reculé dans les sondages et apparaît désormais, dans la plupart des enquêtes, à quelques points derrière Lula.

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