Femmes scientifiques : deux ingénieures racontent leur parcours
La Suisse romande compte toujours une large majorité d'hommes dans ses filières techniques. Derrière les statistiques, Françoise et Chloé, deux générations d'ingénieures diplômées de l'EPFL, ont accepté de se livrer dans La Discute sur leur quotidien: le sexisme ordinaire, les choix de carrière, la maternité et l'autocensure. Les deux femmes s'accordent pourtant sur la richesse de leur parcours et l'importance de rendre la science plus diverse.
La Suisse romande compte toujours une large majorité d'hommes dans ses filières techniques. Derrière les statistiques, Françoise et Chloé, deux générations d'ingénieures diplômées de l'EPFL, ont accepté de se livrer dans La Discute sur leur quotidien: le sexisme ordinaire, les choix de carrière, la maternité et l'autocensure. Les deux femmes s'accordent pourtant sur la richesse de leur parcours et l'importance de rendre la science plus diverse.
"Ici, tu dois être une Barbie": Chloé, 28 ans, ingénieure aérospatiale, n'a jamais oublié cette phrase lancée par sa supérieure lors de son stage de master à l'Agence spatiale européenne (ESA), à Rome. Elle venait d'accomplir un cursus d'ingénierie exigeant et se retrouvait cantonnée à des tâches de secrétariat.
Autour de la table, Françoise, 63 ans, sourit doucement. Diplômée en génie électrique à la fin des années 1970, elle a été la seule fille de sa classe dès l'âge de 14 ans. Celle qui a dû mettre sa carrière entre parenthèses pour élever ses enfants écoute la plus jeune, qui a décidé de bousculer les codes en créant sa propre entreprise de vulgarisation scientifique. L'une a dû s'adapter aux règles d'un monde d'hommes; l'autre a choisi de s'en affranchir pour tracer sa propre voie.
"Ce n'est pas qu'un diplôme, c'est un combat invisible"
À l'EPFL, les époques diffèrent mais les trajectoires se croisent. Françoise se rappelle la période où elles n'étaient que trois filles sur 70 étudiants en électricité. "Le professeur disait toujours 'Bonjour messieurs'. Je devais lever le doigt et dire: 'Et moi ?'" s'amuse-t-elle aujourd'hui.
Elle m'a dit cette phrase qui m'est restée: 'Non mais Chloé, ici tu dois être une Barbie.' Et je me rappelle très bien la regarder et dire: 'Mais je ne suis pas venue jusqu'ici pour être une Barbie!'
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Pour Chloé, entrée à l'EPFL en 2016, la proportion de femmes avait grimpé à environ 20% en physique. Pourtant, la solitude guette encore dans certaines spécialités. "Il y a un cours où j'étais la seule fille, c'était celui sur les théories de propulsion de fusée". Une réalité qui résonne avec la création en 2020 du mouvement 'Paye ton EPFL', qui a mis en lumière le sexisme et le harcèlement encore présents sur le campus lausannois.
"On m'a dit: tu dois t'occuper de tes enfants d'abord"
Pour ces femmes, concilier ambition scientifique et vie de famille relève souvent d'une équation complexe. Françoise a suivi son mari en Allemagne après ses études, faute de trouver un poste dans sa branche. Elle a cessé de travailler durant plusieurs années pour élever ses deux fils. "Après la naissance de mes enfants, j'avais le sentiment d'avoir la tête vide, d'avoir tout oublié et de ne servir à rien", confie-t-elle.
Lorsqu'elle a enfin retrouvé le chemin de l'enseignement technique en Valais, devenant la première femme à enseigner ces branches aux apprentis de l'école professionnelle de Sion, certains collègues masculins l'ont accueillie fraîchement: "C'est bien, tu es avec nous, mais tu dois t'occuper de tes enfants d'abord".
Chloé, quant à elle, a été confrontée à des remarques insidieuses durant ses études lorsqu'elle a souhaité publier un article académique d'envergure. Un professeur masculin lui a alors lancé: "Est-ce que ça fait du sens de faire ce processus académique alors qu'avoir des enfants c'est bien aussi?". Un traitement différencié qu'il n'aurait jamais réservé à un étudiant masculin.
La jungle des réseaux sociaux et le "mansplaining"
Aujourd'hui, Chloé gère son entreprise, Galactic Studio, et vulgarise les sciences sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de Galactic Chloé. Mais s'exposer en tant que femme scientifique sur internet s'accompagne d'un déferlement de commentaires sexistes et paternalistes. "On me demande pourquoi je parle de ça puisque je suis une femme, ou on m'explique que mon diplôme est en papier." Elle subit régulièrement du 'mansplaining' de la part d'internautes masculins qui tentent de lui réexpliquer son propre domaine d'expertise.
Le professeur disait toujours 'Bonjour messieurs'. Et puis je levais le doigt et je disais: 'Et moi'
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Un biais de genre qui s'installe dès l'enfance
Pourquoi si peu de femmes s'engagent-elles encore dans ces voies? Pour les deux ingénieures, le problème prend racine dès le plus jeune âge. Françoise constate avec regret que sa petite-fille de 12 ans a déjà "une aversion marquée pour tout ce qui est mathématiques".
Chloé cite des études montrant que dès l'âge de 6 ans, le système éducatif et les biais parentaux orientent inconsciemment les filles loin des sciences. "Il y a des biais tellement profondément ancrés qu'il faut faire un travail de déconstruction sur nous-mêmes pour élever nos enfants".
Malgré les obstacles, leur passion pour la transmission et la compréhension du monde reste intacte. Pour Françoise, hommes et femmes sont profondément complémentaires: "En travaillant ensemble, on va plus loin". Chloé conclut sur une note d'espoir, rappelant que la diversité n'est pas une posture politique, mais une nécessité absolue pour le progrès: "Avoir un monde scientifique plus divers, ça fait simplement de la meilleure science".
Luigi Marra
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Si la mécanisation et les nouvelles technologies ont allégé la pénibilité physique, le métier d'agriculteur n'en reste pas moins exigeant. Face à l'agrandissement continu des exploitations, la charge administrative, la pression économique et le manque de repos pèsent lourdement sur le quotidien.
Dans le précédent épisode de La Discute, Marlène, Athos et Léonard racontent la réalité de leur profession et expliquent pourquoi, malgré les difficultés, ce travail de la terre donne un sens profond à leur vie.
Retrouvez un nouvel épisode de La Discute chaque samedi matin à 9h00. À voir en vidéo sur Play RTS ou écouter à tous moments et en tous lieux sur le portail Audio de la RTS. La saison 1 est elle aussi désormais disponible en podcast audio sur le portail RTS, ainsi que sur Spotify et Apple Podcasts.