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Arthur Brooks, professeur à Harvard : après 50 ans, les personnes les plus heureuses cessent de courir après ce que beaucoup poursuivent toute leur vie - Psychologies.com

À l’approche de la cinquantaine, beaucoup sentent que la réussite affichée ne suffit plus alors même que les études montrent une remontée du bien-être. Que changent vraiment ceux qui lâchent la chasse au toujours plus pour construire son propre bonheur ?

Meeting Evil - 2012

© Stage 6 Films/Kobal/Shutterstock

À l’approche de la cinquantaine, beaucoup sentent que la réussite affichée ne suffit plus alors même que les études montrent une remontée du bien-être. Que changent vraiment ceux qui lâchent la chasse au toujours plus pour construire son propre bonheur ?

À 52 ans, une personne peut afficher tous les signes extérieurs de réussite et sentir pourtant que quelque chose cloche. Les études de psychologie positive le confirment : beaucoup de personnes atteignent le pic de leurs revenus vers la quarantaine, mais leur bien-être, lui, touche le fond avant de remonter ensuite. Des travaux de l'économiste David Blanchflower décrivent cette "courbe en U" du bonheur sur la vie, observée dans de nombreux pays. En France, des analyses de l'Insee montrent que le sentiment de bonheur culmine souvent autour de 65 ans, bien après le sommet de carrière. Autrement dit, quelque chose se détend après 50 ans : la pression retombe, les priorités changent, la manière de se définir aussi. Pour Arthur Brooks, professeur à Harvard et spécialiste de la science du bonheur, ce virage tient à une décision intérieure radicale. Une décision que beaucoup hésitent à prendre.

Après 50 ans, les plus heureux ne cherchent plus à accumuler toujours davantage

Ce que les personnes les plus heureuses apprennent à délaisser après 50 ans, selon Arthur Brooks, c'est la quête permanente du "toujours plus" et de la validation externe. Pendant des décennies, beaucoup vivent avec un tableau de scores invisible : salaire, promotions, taille du logement, apparence, nombre de "preuves" de réussite. Or le bien-être peut remonter à un âge où la progression professionnelle et financière perd de son importance, ce qui invite à chercher ailleurs les ressorts de la satisfaction.

Arthur Brooks résume ce renversement avec une image forte : "Ce que font les personnes heureuses et qui ont réussi dans la deuxième moitié de leur vie, c'est qu'elles passent de l'addition à la soustraction", explique-t-il. "La nature vous dit que la satisfaction vient du fait d'avoir plus. Plus de quoi ? Plus d'argent, plus de pouvoir, plus de plaisir, plus d'honneur, plus de tout. Plus. Mais ce n'est pas le secret. La véritable formule du bonheur, ce sont toutes les choses que vous avez divisées par les choses que vous voulez".

Le véritable basculement : ne plus chercher à avoir plus, mais apprendre à vouloir moins

Au lieu de continuer à essayer d'augmenter indéfiniment ce que l'on possède, Arthur Brooks invite à regarder le dénominateur de cette équation : nos désirs. "Il y a deux façons pour vous d'obtenir une plus grande satisfaction", poursuit Arthur Brooks. "Il y a l'ancienne méthode, inefficace, qui consiste à avoir plus, avoir plus, avoir plus. Ou il y a la méthode efficace et durable, qui consiste à vouloir moins". Ces propos rejoignent les travaux de la psychologue Laura Carstensen : avec l'âge, beaucoup privilégient des objectifs émotionnellement significatifs plutôt que la performance pure.

Pour aider à faire ce tri, Arthur Brooks propose un test simple de nos ambitions. "Un exercice utile consiste à lister vos principaux objectifs et à vous demander : Est-ce que cela compterait encore pour moi si personne ne savait que je l'ai accompli ? Si la réponse est non, il se peut que ce ne soit pas un objectif enraciné dans le sens", écrit-il sur LinkedIn. Le comportement semble rationnel… enfin, rationnel en apparence, parce qu'on voit bien que la peur de ne pas être admiré pèse encore dans bien des choix. Ce questionnement met en lumière ce qui est surtout dicté par le regard des autres.

Quand le statut compte moins, les relations et le sentiment d'utilité prennent davantage de place

Une fois cette course au statut relativisée, encore faut-il savoir vers quoi se tourner. Arthur Brooks insiste sur un déplacement majeur : "Dans les recherches sur la satisfaction à la moitié de la vie, ceux qui ont réorienté leur ambition du statut vers le service, en particulier les hommes, ont déclaré avec le temps un but plus élevé et des relations plus profondes", ajoute-t-il. Les résultats de l'étude de Harvard dirigée par Robert Waldinger vont dans le même sens : les bonnes relations prédisent mieux la santé et le bonheur que la réussite matérielle. Le National Institute on Aging rappelle aussi que les activités sociales et productives, un sommeil de 7 à 9 heures et une consommation modérée d'alcool soutiennent fortement le bien-être après 50 ans.

La gratitude fait partie des leviers concrets de ce nouveau centre de gravité. "Pratiquez la gratitude pour ce que vous avez", écrit Daniel Levitin, professeur émérite de psychologie et de neurosciences à l'Université McGill, dans son livre Successful Aging. "Cela est motivant, modifie la chimie du cerveau vers des émotions plus positives et lubrifie les circuits du plaisir du cerveau". Dans cette seconde moitié de vie, ce mouvement rejoint la "révolution senior" décrite par plusieurs experts : moins d'ego, plus de cohérence avec ses vrais besoins, l'envie de transmettre plutôt que de prouver. Concrètement, ceux qui vivent le mieux leur bonheur après 50 ans déplacent peu à peu leur énergie vers quelques piliers simples :

Pour prolonger ce basculement, certains praticiens conseillent la "pensée épisodique du futur" : imaginer puis écrire une journée type de soi dans dix ans. Cet exercice permet de confronter les objectifs actuels à la vie que l'on souhaite réellement mener à plus long terme. À partir de là, il devient plus facile de décider quoi alléger : une fonction honorifique purement statutaire, un achat fait pour impressionner, une activité sociale entretenue seulement pour l'image. C'est précisément la "soustraction" défendue par Arthur Brooks : non pas avoir toujours davantage pour être satisfait, mais réduire la place occupée par les désirs qui ne valent finalement que par le regard des autres.