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Architectes des bâtiments de France : ils règnent sur les centres-villes

Habiter près d’un monument historique a son charme, mais cela peut virer au casse-tête pour les propriétaires qui veulent modifier leurs logements. Ils peuvent parfois se heurter à des ABF, les "Architectes des bâtiments de France", souvent intraitables quand vous souhaitez réaliser des travaux comme l’installation d’une climatisation.

Publié le 26/10/2026 22:28

Mis à jour le 26/10/2026 23:56

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Article rédigé par France 2 - A. Sylvain, N. Tahar, H. Pozzo, G. Messina, O. Labalette, J. Chouquet, B. de Saint-Jore . Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

Habiter près d’un monument historique a son charme, mais cela peut virer au casse-tête pour les propriétaires qui veulent modifier leurs logements. Ils peuvent parfois se heurter à des ABF, les "Architectes des bâtiments de France", souvent intraitables quand vous souhaitez réaliser des travaux comme l’installation d’une climatisation.

Ce texte correspond à une partie de la transcription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Marly-la-Ville est une petite commune du Val-d’Oise autour de son église classée du XIIIe siècle. Parce qu’elle est là, il est impossible de construire ou de modifier une maison à côté sans l’accord de Benjamin Aba Péréa. Ce jeune fonctionnaire du ministère de la Culture est ABF pour Architecte des bâtiments de France. "L’église, qui est monument historique génère un rayon de 500 mètres dans lequel on a un espace que l’on souhaite préserver et protéger", indique Benjamin Aba Péréa.

Justement, il nous emmène à 150 mètres de là. Pas question de construire un immeuble sur la rue, mais caché derrière une maison en pierre au fond du parc, il n’y a pas de problème. "Ça n’aurait pas été possible de venir implanter un bâtiment avec un gabarit aussi important sur la rue, qui aurait totalement défiguré le centre ancien de Marly-la-Ville".

Ce jour-là, il a rendez-vous avec l’architecte du nouvel immeuble. Pour les fenêtres, pas de PVC mais des persiennes en bois pour ne pas risquer d’être recalés par Benjamin. Ensemble, ils se sont mis d’accord sur une façade couleur pierre, des petites tuiles plates de la région, le tout sans surcoût mais pour mieux se fondre dans l’environnement. "Ils ont des compétences que nous, on n’a pas forcément et on est plutôt demandeurs. Après, ça peut être très contraignant, je pense, dans les centres urbains, type centre-ville de Paris, où là, on a un effet musée où on ne peut vraiment rien faire", reconnaît Erik Mootz, architecte chez Mootz et Pelé Architectes.

Direction Paris et ses toits de zinc, qui ont défrayé la chronique cet été en transformant les logements en bouilloires, comme celui de Nicolas Verdier, près du Sacré-Cœur. Lui aurait bien aimé installer une climatisation avec pompe à chaleur sur sa toiture, mais c’est impossible, car trop près de monuments historiques. Cet été, son appartement dépassait allègrement les 35 degrés. Il a dû se réfugier chez ses parents, alors que ses voisins, eux, bénéficiaient d’une climatisation parfaitement visible. "Un petit sentiment d’injustice, d’incompréhension. Pourquoi nous, on n’a pas le droit, alors que les autres le font ?", regrette le propriétaire d’un logement sous les toits.

Et il n’est pas le seul à avoir eu des déboires avec les ABF. Autre exemple, un ensemble des années 80, qui est une véritable passoire thermique. Un architecte tombe sur un premier ABF qui dit non à tout travail d’isolation avant d’être remplacé par un second plus ouvert à la discussion. Pour lui, c’est un peu la loterie. "Il n’y a aucune règle écrite. On est dans un domaine esthétique, donc, effectivement, chaque ABF a sa subjectivité et se prononce en fonction de sa perception des choses", regrette Ivan Fouquet, architecte - Agence FAIR. Finalement, après discussion, il est parvenu à rehausser la toiture mais en réduisant la hauteur de l’isolation et en la rendant invisible de la rue.

Au ministère de la Culture, la directrice du patrimoine reconnaît que les avis des ABF peuvent diverger et appelle à discuter avec eux. "On n’est pas face à une science dure. Dans la discussion qu’on peut avoir avec un demandeur, la réponse peut être différente. Mais dans la totalité des cas, il y a une solution technique. Parlez à l’ABF si vous avez besoin de conseils", recommande Delphine Christophe, directrice des Patrimoines et de l’Architecture au ministère de la Culture. Certes, mais ils sont débordés. On compte seulement 190 Architectes des bâtiments de France pour plus de 550 000 avis sollicités par an, des avis toujours rendus dans les deux mois.

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