Après la Super Ligue des clubs, la Super Ligue des Nations ?
Cinq ans après la révolte contre la Super Ligue, un projet de la FIFA fait ressurgir les mêmes craintes à l’échelle mondiale. En avril 2021, l’annonce d’une Super Ligue européenne fermée avait déclenché une ind...
Cinq ans après la révolte contre la Super Ligue, un projet de la FIFA fait ressurgir les mêmes craintes à l’échelle mondiale.
En avril 2021, l’annonce d’une Super Ligue européenne fermée avait déclenché une indignation presque immédiate. Supporters dans la rue, dirigeants politiques mobilisés, joueurs hostiles et menace d’exclusion brandie par les instances : sous la pression, les six clubs anglais s’étaient retirés en quelques heures, entraînant l’effondrement du projet initial. Cinq ans plus tard, une nouvelle bataille pourrait éclater, cette fois autour de la Coupe du monde. Un projet inédit que certains détracteurs qualifient déjà de « bombe nucléaire » pour le football et de menace « potentiellement bien pire que la Super Ligue européenne ».
Une Super Ligue construite autour du Mondial ?
La FIFA envisage de créer FIFA Forward Enterprise (FFE), une filiale consolidant les opérations commerciales et événementielles de ses principales compétitions. Valorisé autour de 20 milliards de dollars (environ 17,5 milliards d’euros), le nouvel ensemble pourrait ouvrir une part minoritaire de son capital à des investisseurs privés afin de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars. Parmi les acteurs de poids pressentis pour mener ce groupe d’investisseurs figurent le fonds Thrive Eternal de Joshua Kushner, JP Morgan, ou encore Greg Maffei, ancien patron de Liberty Media en Formule 1.
Pour faire adopter ce projet par ses 211 associations membres, la FIFA promet une manne financière sans précédent : au-delà de l’aide habituelle, les fédérations pourraient toucher un bonus immédiat et optionnel de 20 millions de dollars, suivi d’augmentations régulières de ces versements jusqu’en 2038.
La comparaison avec la Super Ligue de 2021 ne repose donc pas sur le format sportif, qui maintiendrait le système de qualifications, mais sur la philosophie : isoler les compétitions les plus puissantes dans une structure commerciale destinée à garantir des revenus croissants. En toile de fond, Gianni Infantino envisagerait même de devenir le « commissaire » tout-puissant de cette nouvelle entité à l’issue de son mandat présidentiel en 2031.
La même indignation à l’échelle des nations ?
L’UEFA redoute que des actionnaires ayant investi plusieurs milliards réclament des retours sur investissement colossaux. La confédération européenne a d’ailleurs lancé une charge cinglante, affirmant que « l’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à échanger » et dénonçant une ligne rouge franchie par la FIFA.
La question dépasse largement le cadre juridique : la quête de rentabilité pourrait profondément défigurer le sport. La FIFA explorerait déjà l’idée d’une Coupe du monde élargie à 64 équipes – un projet jugé « vulgaire » par l’entraîneur Carlos Queiroz –, la pérennisation des pauses hydratation pour diffuser de la publicité, et le maintien de prix de billets inabordables pour les supporters populaires. Face à un calendrier toujours plus dense, le syndicat des joueurs Fifpro et des stars comme Kevin De Bruyne s’inquiètent de voir l’argent primer systématiquement sur la santé des athlètes. Après la Super Ligue des clubs, la FIFA pourrait ainsi provoquer une révolte comparable autour d’une véritable Super Ligue commerciale des nations.