Après des années de projets avortés, la plus ancienne chapelle de Menton est sur le point d’être réhabilitée
La plus ancienne chapelle de Menton, dédiée à la Vierge Marie, dans le quartier de Carnolès, va enfin retrouver des couleurs après plusieurs projets de rénovation, qui n’ont pas abouti. Ce devrait être une réalité dès le début de l’année 2027 pour une livraison en 2029
Les Mentonnais n’y croyaient plus ! C’est une chapelle à l’abandon depuis des décennies, nichée près du parc d’attractions Koaland et bordant la rue Paul-Morillot, face à l’ancienne demeure d’été des princes de Monaco, le palais de Carnolès.
Entouré d’herbes folles et fermé par une grille rouillée, le sanctuaire le plus ancien de Menton, qui appartient à la Ville depuis 1994, après une longue histoire liée aux comtes de Vintimille, puis aux princes de Grimaldi et à des particuliers, va enfin sortir de son délabrement avancé après des années de projets de réhabilitation avortés !
« Les premiers écrits datent cette chapelle du XIe siècle, mais certains historiens font remonter ses origines au Ve siècle, avec ses souterrains et ses murs d’apparence très ancienne, car elle se trouvait le long de la Voie Romaine Iulia Augusta ! » explique Marie-Line Champion, en charge du Pôle Patrimoine et Foncier au service de l’Urbanisme de la Ville de Menton. C’est son père, Lucien Sicardi, qui est à l’origine de l’association PRECHAM [association pour la réhabilitation de la Chapelle de la Madone, N.D.L.R.], créée en 2005 pour empêcher la démolition du lieu sous Francis Palmero et collecter des fonds avec la volonté de relancer le projet.
Repro J.-F.0.
Après des années de mobilisation au fil des différentes municipalités, la renaissance de cette chapelle de la Madone de Carnolès a bel et bien été actée, en mars 2025, par la signature d’une convention entre la Fondation du Patrimoine 06 et la Ville de Menton. Objectif : collecter des dons pour sa réhabilitation. Toujours en cours, elle a déjà permis de récolter plus de 220 000 euros.
Le projet global de réhabilitation – mené sous la conduite d’un architecte du Patrimoine – est estimé à environ 1,5 million d’euros (la Ville de Menton participe à hauteur de 490 000 euros, auxquels doivent s’ajouter les subventions du Département, de la Région et de l’État).
Avec une réalisation sur plusieurs tranches : la première, commencée le 8 décembre 2025, dans le cadre d’une DP (demande préalable de travaux), a porté sur la révision de la toiture, le décroûtage des murs intérieurs pour la préparation du diagnostic (les découvertes peuvent avoir une influence sur la reconstruction), et la mise en conservation du porche. Entre-temps, le permis de construire a été accordé et validé pendant l’été.
Jean François Ottonello / Nice-matin
Pendant tout le mois d’octobre, des fouilles préventives archéologiques vont être menées sur le site pour détecter d’éventuels vestiges. Des recherches qui vont permettre, grâce à des prélèvements notamment, de dater certains éléments à l’intérieur du site, mais aussi de mieux comprendre l’évolution du bâtiment, ainsi que le terrain autour. Elles seront suivies en novembre du lancement des appels d’offres pour les travaux de la seconde tranche, qui doivent commencer au début de l’année 2027 et se décliner en plusieurs phases jusqu’en 2029.
Car l’objectif est double : cette chapelle, d’une superficie totale de 300 m2 sur deux niveaux, va retrouver sa vocation cultuelle (ponctuellement), mais aussi devenir un lieu culturel.
Un jardin du Rosaire
Dans un premier temps, les travaux vont permettre de reconstituer toute la partie avancée de la chapelle dédiée au culte (de nouveau couverte d’un toit), avec la restauration du retable et de l’autel. Une grande baie vitrée permettra d’en voir l’intérieur depuis la rue Paul-Morillot. « Quelques offices religieux pourront ainsi être célébrés au cours de l’année, comme la fête dédiée à la Vierge Marie, le 15 août… ».
Le porche du XIXe siècle, mis en conservation, sera repositionné sur l’aile sud du bâtiment.
Pour les aménagements extérieurs, le jardin (situé au nord), sera aménagé en une roseraie « Jardin du Rosaire », comme l’avait souhaité la princesse Grace, en 1978, sous le mandat du Général Aubert. Très attachée à l’histoire et au patrimoine des Grimaldi à Menton, elle avait exprimé le vœu que les abords immédiats de la chapelle soient transformés en un havre de paix et de verdure dédié au rosaire. Malheureusement, sa disparition prématurée en 1982 a mis un terme au projet. Ce nouveau jardin sera accessible à tous et s’accompagnera de la mise en place d’un parcours patrimonial.
Et une salle d’exposition
Jean François Ottonello / Nice-matin
Dans un second temps, la grande pièce à l’arrière sera transformée en lieu d’exposition (en correspondance avec le palais de Carnolès) et en salle polyvalente pour accueillir des concerts et des animations. Des fresques retrouvées sur les murs en pierres ont été mises en sécurité en attendant d’être restaurées.
« C’était un lieu de pèlerinage, les Mentonnais doivent connaître cette partie de leur patrimoine qu’il est important de sauver ! » clame Marie-Line Champion.
Le 29 mai 2006, à l’initiative de Lucien Sicardi, une messe avait été célébrée par Mgr Barsi, archevêque de Monaco, en présence du prince Albert II. L’autel avait repris des couleurs, le temps d’un office, pour retomber dans l’obscurité pendant vingt ans. La renaissance est enfin proche.
Jean François Ottonello / Nice-matin
La chapelle de la Madone est le plus ancien lieu de culte de Menton
Le premier sanctuaire attesté sur le site de la chapelle de la Madone remonte au Ve siècle. L’édifice est ensuite apparu dans les textes du XIe siècle, en tant que propriété du Comte de Vintimille. Puis, la chapelle entre dans le giron de la famille Grimaldi en 1346, lorsque Charles Ier de Monaco fait l’acquisition de la seigneurie de Menton.
Au XVe siècle, un couvent franciscain est érigé à ses côtés. Le sanctuaire devient un lieu de pèlerinage important, dont la fête principale est celle de la Vierge Marie, célébrée le 15 août. C’est au cours de ce siècle, en 1521, qu’un certain Thomas Illyricus Schiavone, frère franciscain et prédicateur, dont le don est avéré de son vivant, est nommé prieur de Notre-Dame de Carnolès. Les fidèles s’y massent après sa mort en 1530. La tradition raconte que sa tombe est à l’origine de guérisons miraculeuses (sa sépulture n’a jamais été retrouvée).
Jean François Ottonello / Nice-matin
Ses « miracles » continuent d’exercer un immense attrait sur la population traumatisée par les épidémies subies aux XIVe et XVe siècles.
En 1863, l’ensemble du domaine monégasque (chapelle et parc de la Madone, palais et jardin de Carnolès) est cédé par le prince Charles III de Monaco, à la suite du rattachement de Menton à la France, puis acquis par des particuliers. D’abord par Charles Doridant en 1863, qui transforme l’ancien monastère en une villa cossue (Villa Madonna), tout en veillant à ce que les offices religieux restent accessibles. L’homme d’affaires vend ensuite son domaine à la famille Raiberti, qui conserve la villa, la chapelle et le grand parc pendant plusieurs décennies.
Photo DR
Mais au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’ensemble subit des dommages et tombe peu à peu en désuétude, abandonné par ses propriétaires.
En 1960, pour protéger ces précieux espaces verts en pleine ville, le Département des Alpes-Maritimes exproprie la famille Raiberti et rachète le domaine. Il est alors prévu que tout soit détruit (y compris la chapelle).
En 1968, la villa et l’ancien couvent ont effectivement été rasés. La chapelle ne doit son salut qu’au combat de quelques personnes locales, notamment le chanoine Baudoin et la conservatrice du musée municipal de Menton, Jacqueline Salm, qui s’opposent à sa démolition. Des travaux de conservation sont réalisés sur la chapelle. Dans les années soixante-dix, un projet de reconstruction de la chapelle par le service des jardins du gouvernement monégasque avait été envisagé avec l’accord de la princesse Grace de Monaco. Un projet avorté à la suite de sa disparition.
Vingt ans plus tard, en 1994, la chapelle devient propriété communale, tout comme le palais de Carnolès et son jardin, et le parc de la Madone. Malgré toutes ces péripéties, la chapelle n’a jamais été désacralisée.
« C’est un patrimoine qui va revivre ! »
« Nous avons déjà atteint 74 % de l’objectif avec plus de 220 000 euros récoltés pour la rénovation de la chapelle de la Madone sur les 300 000 euros fixés », se réjouit Guy Langlais, délégué départemental de la Fondation du Patrimoine 06. « Mais on continue à faire des appels à dons et on va réévaluer cette somme à 400 000 euros ! », annonce le responsable, « cette chapelle, qui est la plus ancienne de Menton, a un vrai intérêt patrimonial. Nous avons reçu de gros dons, mais les Mentonnais aussi se mobilisent ».
« Son retable à l’intérieur est particulièrement intéressant, et ce lieu de culte, qui fait partie des chapelles Grimaldi, à l’époque où la famille monégasque régnait sur tout le territoire, abrite les plus anciens blasons hors de la Principauté, notamment autour de l’autel ». Si le site a été abandonné pendant des décennies, il a néanmoins « échappé de peu à une démolition complète ! ».
Jean François Ottonello / Nice-matin
Il y a quelques jours, Guy Langlais s’est déplacé sur le site avec Marie-Hélène Lupotto, délégué territorial de la Fondation du Patrimoine (de Nice à Menton), pour faire un point sur le chantier avec la maire Alexandra Masson. La première phase préparatoire est terminée et après le dépôt du permis de construire en août, le chantier pourra démarrer début de l’année prochaine, dès que les fouilles réglementaires auront été réalisées.
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« Depuis trente ans, la Fondation du Patrimoine, qui a plus de 1 400 bénévoles répartis dans toute la France (dont une centaine en région Paca et douze dans les Alpes-Maritimes), a déjà porté 46 000 projets en restauration, plus ou moins importants ! » détaille le délégué.
« En 2025, dans la région Paca, plus de 5 millions d’euros ont été récoltés pour financer des travaux de réhabilitation. Par son histoire, le patrimoine religieux représente 70 % de toutes nos restaurations dans les Alpes-Maritimes, car il est en très mauvais état, voire en péril… » précise Guy Langlais.
« La chapelle de la Madone sera accessible à tous, et renforcera l’offre culturelle et patrimoniale du quartier, en développant un circuit de visites touristiques et d’animations tournées vers l’histoire et le patrimoine mentonnais avec le Palais de Carnolès et la Tour de la Noria » est-il précisé sur le site de la Fondation.
« C’est un patrimoine qui va revivre et sera vivant pour tout le monde ! » résume Guy Langlais.
Sur le territoire de la Carf, la Fondation accompagnera aussi le chantier de restauration de la cathédrale de Sospel, son clocher et la calade avec une collecte de dons prévue à la fin de l’année.
https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets
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