Anne Méaux, la femme qui conseille les puissants et gère les crises
Conseillère de grands dirigeants, fondatrice d’Image 7 et experte de la communication de crise, Anne Méaux évolue dans les coulisses du pouvoir économique et politique. Elle défend une conception exigeante de l’influence, fondée sur la liberté, le travail et le courage de dire.
Femme d’influence… Anne Méaux méprise un peu cette expression toute faite : “Il y a une forme de superflu. Ce n’est pas authentique et c’est intrigant. En revanche, si l’influence, c’est de gagner par son travail et son parcours, la capacité à faire avancer des dossiers, d’aider, de faire grandir des causes… là, je veux bien ! C’est la parabole de Saint-Simon : la nature, la vie vous donne des atouts, à vous d’en faire quelque chose d’utile.” Anne Méaux est une personnalité hors norme, discrète, comme savent l’être les éminences grises qu’écoutent les puissants. Capitaines d’industrie, dirigeants du CAC 40, figures politiques, grandes familles du luxe, ils s’appuient sur son avis et ses recommandations lorsqu’une crise éclate, lorsqu’une fusion se prépare ou quand il faut travailler l’image d’un patron ou d’une société.
En 1988, elle fonde Image 7, depuis incontournable agence de communication et d’affaires publiques. Cette acuité d’analyse et de conseil, elle l’a forgée dans les années 1970, tout juste sortie de Sciences Po, auprès du président Valéry Giscard d’Estaing. C’est là qu’elle comprend, définit et professionnalisera plus tard le système de communication, ensemble d’échanges encore nébuleux à l’époque. “J’étais toute jeune à l’Élysée, raconte-t-elle, je travaillais dans une cellule évaluation pour les législatives. J’ai approché un système de pouvoir de près et j’ai vu que le pouvoir sans le courage, ça ne sert à rien. Je me suis dit qu’il ne suffit pas de bien analyser, il faut oser dire. L’épisode des diamants m’avait marquée. C’est vrai que ça avait été très mal géré. Et personne n’a parlé franchement à Giscard d’Estaing. Je pense que son entourage s’était rendu compte de l’ampleur du problème, mais personne n’avait osé le lui dire.”
Anne Méaux tient à deux principes : la liberté et le courage de dire. Sa liberté de cheffe d’entreprise, choisir les gens avec qui elle travaille et choisir ceux pour qui elle travaille : “À partir du moment où cette boîte m’appartient, je fais ce que je veux. Si j’ai voulu développer Image 7 et continuer, c’est pour être libre et faire de cette agence ce que je pense être un bijou.” La franchise : “Une bonne communication, c’est avoir tous les paramètres, avoir une vision holistique, comprendre la vision globale et à partir de là, oser parler à son interlocuteur. Une bonne communication demande une prise de conscience. Et pour que quelqu’un prenne conscience des choses, il faut être armé pour que l’autre écoute.”
Dans ce créneau exigeant, elle a la confiance de grands noms comme les Pinault qu’elle conseille depuis les années 1990 – “Monsieur François Pinault fut mon premier gros client, j’ai grandi avec lui et il m’a appris pas mal de choses.” La famille Hermès et d’autres grandes lignées d’industriels, des banques, des institutions culturelles… Image 7 sert une centaine de clients et compte 70 collaborateurs, la plupart issus d’écoles de commerce, de Sciences Po ou de Normal Sup. Souvent, c’est au moment où les entreprises ou personnalités rencontrent un problème, qu’elle est appelée, ce qui fait d’Anne Méaux une experte en communication de crise. Comme dans l’affaire Société Générale et Jerôme Kerviel, la crise Renault-Nissan et Carlos Ghosn ou la bataille entre Hermès et LVMH – “Ça a duré un an, et je peux dire aujourd’hui que c’était un joli souvenir. J’avais dit à Axel Dumas que j’étais triste de les quitter. Il m’a dit : ‘Ah non, on ne se quitte plus !’”
Une exigence : dire la vérité
La crise, désormais, est devenue une antienne. Les bad buzz, comme on dit, sont légion. Emballement médiatique, déferlante sur les réseaux sociaux, avalanche de commentaire négatifs, lynchage numérique, fuite de données ou de vidéos compromettantes, polémiques en tout genre… Les menaces sont plus diffuses et fragilisent en quelques heures une réputation.
Anne Méaux sourit : “La com de crise existe depuis toujours car il y a toujours eu des crises !” Il n’empêche, ce qui se réglait avant par le silence, les avocats ou les relations publiques a dû se structurer avec la mondialisation, la médiatisation et l’exigence de transparence. “L’évolution, reprend-elle, est que l’image est devenue un asset. Autrefois, beaucoup de patrons considéraient que l'image ne comptait pas. L’image d’un groupe, c’est très important. Les valeurs que porte le groupe, c’est très important.”
Cette brillante conseillère assure qu’évoluer dans un monde essentiellement masculin ne lui a jamais posé de problème, considère qu’un socle philosophique et un intérêt pour l’histoire sont de merveilleux alliés stratégiques : “J’ai été très aimée, ça joue aussi l’amour. Et j’avais cette carapace que sont les bonnes notes et être une bonne élève. J’ai été élevée intelligemment par mes parents qui étaient persuadés de l’égalité homme-femme, ce qui n’était pas évident à l’époque.” Cependant, son savoir, sa grande expérience et son réseau, elle les met gracieusement au service des femmes. Elle est une membre active de l’association RoseUp pour les femmes touchées par le cancer. “J’ai aidé Céline Lis, une femme exceptionnelle. Ce n’est pas compliqué d’appeler quelques personnes, j’ai les moyens de le faire. On lui a donné aussi un petit coup de main sur le lobbying auprès des parlementaires. Je crois aux actes et aux petits ruisseaux qui font des grandes rivières.” Elle a aussi fondé, en 2005, Force Femmes avec la dirigeante Véronique Morali, association qui accompagne les femmes de plus 45 ans au chômage dans leur retour à l’emploi. “Ma mère a vécu cette situation quand mon père est parti. Elle avait une formation d’excellence mais purement intellectuelle. De belles études de latin grec, ça ne vous sert pas beaucoup quand vous avez 50 ans et qu’il faut retrouver du boulot. Je l’ai vue galérer dans des jobs inintéressants, martyrisée par des cons. J’ai dit à Véronique, on ne va pas faire comme les hommes, à Davos, qui font des rapports et qui pensent qu’ils vont sauver le monde. Nous venons de fêter nos 20 ans. C’est une belle association, très efficace. Je vais vous dire, on vieillit beaucoup mieux quand on donne plutôt que lorsque l’on prend.”