Anne Goscinny redonne vie au Petit Nicolas, 60 ans plus tard
Anne Goscinny publie douze nouvelles histoires du Petit Nicolas, écrites avec Jean-Philippe Arrou-Vignod. Dans "Je reviens!", l'école devient mixte et la mère de Nicolas travaille, mais l'univers reste ancré dans les années 1970, sans téléphones portables ni réseaux sociaux.
Anne Goscinny publie douze nouvelles histoires du Petit Nicolas, écrites avec Jean-Philippe Arrou-Vignod. Dans "Je reviens!", l'école devient mixte et la mère de Nicolas travaille, mais l'univers reste ancré dans les années 1970, sans téléphones portables ni réseaux sociaux.
Le Petit Nicolas reprend vie plus de soixante ans après les dernières histoires originales de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé. Paru le 8 octobre, "Le Petit Nicolas – Je reviens!" rassemble douze nouveaux récits écrits par Anne Goscinny et Jean-Philippe Arrou-Vignod, avec des illustrations de Fursy Teyssier.
Invitée dimanche dans le 19h30 de la RTS, la fille de René Goscinny explique avoir longtemps hésité avant de prolonger cette œuvre. Elle avait constaté que Le Petit Nicolas était le seul grand personnage écrit par son père à ne pas lui avoir véritablement survécu.
"Astérix a survécu avec Uderzo, Lucky Luke avec Morris et Iznogoud avec Tabary. Mais Le Petit Nicolas est resté figé en 1964. Des inédits ont certes été publiés dans les années 2000, mais plus personne n'avait osé présider à son destin", relève-t-elle.
>> Revoir également le reportage du 19h30 sur René Goscinny :
Des filles dans la classe de Nicolas
Nicolas retrouve Alceste et ses autres camarades, mais son école est désormais mixte. Anne Goscinny ne se voyait pas écrire en 2025 et 2026 des histoires se déroulant dans une école réservée aux garçons, une réalité qu'elle n'a elle-même pas connue.
Avec Jean-Philippe Arrou-Vignod, elle souhaitait faire passer l'univers du personnage de l'autre côté de Mai 68 et des premiers pas de l'homme sur la Lune. Ces "microchangements" concernent également la mère de Nicolas, qui aspire à davantage d'indépendance et devient vendeuse en parfumerie aux Galeries modernes.
L'époque ne bascule pas pour autant dans le présent. Les histoires restent situées dans les années 1970, sans smartphones, tablettes ni réseaux sociaux.
"On se rend compte que l'accessoire est accessoire. Les téléphones portables et les tablettes ne nous manquent pas, parce que les seules choses qui comptent dans cet univers sont la camaraderie, l'amitié, la tendresse pour les parents et la bienveillance de l'enseignante", explique Anne Goscinny.
"Nous avions tout à perdre"
Avec 20 millions d'exemplaires vendus et des traductions diffusées dans 45 pays, Le Petit Nicolas constitue un héritage littéraire considérable. Sa reprise représentait donc un risque autant pour le personnage que pour son auteure.
"Cette décision a été très compliquée à prendre. Nicolas avait tout à perdre, mais moi aussi. Si je me plantais, ma carrière pouvait être mise à mal. J'ai attendu d'être prête et suffisamment mûre", raconte-t-elle.
Anne Goscinny s'est appuyée sur son expérience d'auteure jeunesse acquise avec la série "Le Monde de Lucrèce" et sur le travail de Jean-Philippe Arrou-Vignod. Les deux coauteurs s'étaient accordé une règle: ils ne publieraient rien s'ils n'étaient pas pleinement satisfaits du texte.
"Ce ne sera plus jamais pareil"
La première histoire du recueil porte un titre chargé de sens: "Ce ne sera plus jamais pareil". Anne Goscinny avait neuf ans lorsque son père est mort et dit avoir souvent entendu cette phrase à propos de son œuvre.
"Les gens me disaient que ce ne serait plus jamais pareil. Mais pour ma mère et moi non plus, ce ne serait plus jamais pareil. J'ai voulu couper l'herbe sous le pied à cette phrase qui n'apporte rien à personne", confie-t-elle.
Une œuvre entrée dans le langage courant
L'héritage de René Goscinny dépasse ses personnages. Des formules comme "Ils sont fous, ces Romains!", "tirer plus vite que son ombre" ou "être calife à la place du calife" sont entrées dans le langage courant.
"Vous parlez le Goscinny sans le savoir. Nous avons tous peur que le ciel nous tombe sur la tête et nous sommes tous tombés dedans quand nous étions petits", sourit Anne Goscinny.
Elle n'envisage toutefois pas de reprendre prochainement Astérix ou Lucky Luke. Le Petit Nicolas représentait une démarche particulière, préparée par son propre parcours d'auteure.
Propos recueillis par Valentin Emery
Adaptation web: ther