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André Le Nôtre, le seul devant qui s’inclinait Louis XIV

L'œil qui frise et la plaisanterie toujours au bord des lèvres, Alain Baraton dit que sa plus grande fierté, à Versailles, est d'y avoir habité plus longtemps que Louis XIV. Effectivement, en ce mois de juillet...

L'œil qui frise et la plaisanterie toujours au bord des lèvres, Alain Baraton dit que sa plus grande fierté, à Versailles, est d'y avoir habité plus longtemps que Louis XIV. Effectivement, en ce mois de juillet 2026, cela fait tout juste cinquante ans que notre homme y travaille comme jardinier. Et, depuis 1981, en tant que "jardinier en chef" d'un domaine qu'il connaît comme sa poche.

Dans son bureau qui jouxte le Trianon, où des bottes de caoutchouc accueillent le visiteur, la peinture s'écaille un peu. Cela ne le préoccupe guère, lui qui préfère regarder dehors même si, par la force des choses, il nous a donné rendez-vous dedans. "Je me désole de voir que, dans l'absolu, le jardinier n'a toujours pas la place qu'il devrait avoir, dit-il, en touillant un sucre imaginaire dans son café. "André Le Nôtre – concepteur des jardins de Versailles – était la seule personne devant laquelle le roi Louis XIV s'inclinait."

Issu d'une famille de sept enfants – il est le cinquième -, réputé pour être le "glandeur" de la fratrie, Alain se retrouve inscrit, bien malgré lui, dans une école d'horticulture. Lui qui se rêvait photographe. Seulement voilà : lors de son stage au château (il officie alors comme caissier), Monsieur Choron, le chef des jardins, lui propose un stage. "Et avec le boulot, un logement. J'ai 19 ans, j'habite chez mes parents et je n'ai qu'une obsession : vivre ma vie. J'accepte donc, dit-il avec le même sourire canaille – on le parierait – qu'il y a cinquante ans. Je commence donc comme aide-jardinier stagiaire. Ensuite tout a été rapide : Je me suis marié à 22 ans, j'ai été père à 23 ans, j'ai fait mon service militaire et puis j'ai été reçu au concours pour être responsable des jardins du Premier ministre. À ce titre, j'étais logé à La Lanterne. J'ai passé le concours de jardinier en chef et j'ai été viré de La Lanterne le jour où j'ai appris que j'étais nommé à Versailles."

Aujourd'hui, le roi Baraton règne sur un petit contingent de quatre-vingts personnes, à peu près. "Nous sommes renforcés par des vacataires, des contractuels, quelques apprentis et des 'travaux d'intérêt généraux'", dit-il.

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Chez lui sans y être

Quand il est arrivé à Versailles – et ce n'est pas là la moindre de ses réalisations – "c'étaient les bégonias au ras du sol. Il y avait de la rigidité", sourit-il. Aujourd'hui, devant Trianon – et ailleurs –, il a remis un désordre des plus organisés, un fouillis qu'il aime par-dessus tout. "Ma grande fierté, également, c'est d'avoir impulsé une certaine mode au jardin. Comme la suppression des panneaux "pelouses interdites". Cela n'a aucun sens. Je suis aussi, je pense, l'un de ceux qui a le mieux contribué à l'arrêt des pesticides dans les jardins."

Dès 2000, en effet, il est très clair sur le sujet : plus une goutte de pesticide à Versailles. "On a créé, avec la Maison Francis Kurkdjian, le Jardin du parfumeur, précise-t-il avec fierté. C'est un jardin qui attire désormais beaucoup de monde et qui prouve que les jardiniers ne sont pas seulement des gens qui entretiennent les espaces mais aussi des concepteurs capables de recréer."

Si Trianon est clairement son territoire, Alain Baraton concède, avec modestie, qu'il se sent partout chez lui à Versailles. "Parce que je ne suis pas chez moi, sourit-il. Je suis dans un domaine national, qui est un domaine royal, et on se doit d'accueillir le public pour le mieux. Le public et tous ceux qui gravitent autour."

N'empêche… "L'endroit où je me sens le mieux change en fonction de mon humeur et du moment de la journée, avoue-t-il après que l'on a insisté. "Le matin, je vous assure que quand vous retrouvez l'étoile royale, tout au fond, que le soleil se lève au-dessus du château, c'est merveilleux. Le Hameau de la Reine, à la tombée de la nuit, c'est grandiose. En ce moment, avec mon épouse, on adore prendre la voiturette le soir et aller voir le gros gibier : sangliers, chevreuils… Il y a le Versailles touristique et puis l'autre, avec une vie nocturne, inconnue, merveilleuse."

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