Aminata et Alexandre, deux héros du quotidien mis à l’honneur à l’occasion du défilé de la fête nationale - RTBF Actus
Lorsque Aminata apprend qu’elle fait partie des cinquante BeHeroes 2026, elle vient tout juste de sortir d’une hospitalisation : "Au départ, je ne comprenais pas. Quand on m’a expliqué de quoi il s’agissait, j’...
Lorsque Aminata apprend qu’elle fait partie des cinquante BeHeroes 2026, elle vient tout juste de sortir d’une hospitalisation : "Au départ, je ne comprenais pas. Quand on m’a expliqué de quoi il s’agissait, j’étais vraiment émue, reconnaissante. Ce que je fais, je ne le fais pas pour avoir une reconnaissance, mais lorsqu’il y en a une, ça apporte une crédibilité au combat que je mène tous les jours. Ça donne une voix aux sans voix et une visibilité à cette maladie encore trop peu connue".
Alexandre réagit avec la même simplicité : "Au début, j’étais honnêtement un peu gêné. Je me suis dit : est-ce vraiment ma place ? Puis je me suis dit que si ça pouvait donner de la visibilité, pourquoi pas".
Tous deux voient cette distinction comme une reconnaissance collective. "Derrière moi, j’ai des centaines de personnes.", rappelle Aminata. Elle dédie cette mise à l’honneur à "toutes les personnes avec lesquelles [elle] travaille au quotidien, aux patients qu'[elle] accompagne et surtout à [son] frère". Pour Alexandre, cette visibilité est l’occasion de faire connaître un sport encore méconnu : "Si je pouvais passer un message, ce serait : intéressez-vous. Si vous pouvez faire quelque chose, nous, on est là".
Le projet d’Alexandre, lui, naît à partir d’une discussion. Lors d’un séjour au Canada, il découvre le powerchair football grâce à un étudiant qui souhaite ouvrir un club à Bruxelles. "Pendant un an, j’ai senti qu’il me manquait quelque chose, un peu donner du temps pour la communauté. Je n’y connaissais rien en football, je n’y connaissais rien en mécanique, mais je me suis dit : let’s go. Au pire, ça ne fonctionne pas. Au mieux, je me ferai une expérience, j’aurai des anecdotes à raconter", explique Alexandre.
Accompagné de son meilleur ami, il crée le club Tigerstorm afin de "permettre aux personnes de tout âge, provenant de tout horizon, d’avoir une activité qui les sort de leurs conditions". Alexandre souhaite "développer au maximum le club, pour que plus de jeunes en situation de handicap puissent en profiter". Au-delà de la pratique sportive, il veut offrir à ses joueurs de nouvelles perspectives. Qu’il s’agisse de participer à des compétitions, de voyager ou simplement de vivre de nouvelles expériences, l’objectif reste le même : leur donner des opportunités. Le club a notamment organisé un match caritatif qui a permis à plusieurs joueurs d’effectuer un vol en hélicoptère.
Le powerchair football ouvre également ses portes à des compétitions internationales. Une dizaine de joueurs de l’équipe belge s’envolera prochainement pour l’Argentine afin de participer à la Coupe du Monde FIPFA de football en fauteuil électrique.
Porteuse symptomatique de la drépanocytose, Aminata compose elle-même avec la maladie qu’elle combat, "Quand je suis hospitalisée, ce n’est pas évident. Quand je fais des crises, ce n’est pas évident. Quand je suis fatiguée, ce n’est pas évident. Il y a des moments où mon corps me lâche, je n’en peux plus". Décrite par ses proches comme têtue et résiliente, elle affirme avoir toujours su où elle voulait aller : "Mais sincèrement, il n’y a jamais eu un moment où je me suis dit que j’allais complètement abandonner. L’instant d’après, je reviens avec une idée encore plus folle. Quand j’ai quelque chose en tête que je veux accomplir, je vais aller jusqu’au bout, peu importent les obstacles qui vont se mettre devant moi".
Du côté d’Alexandre, les difficultés sont plutôt d’ordre logistique. Lorsque les joueurs disputent des matchs à l’extérieur, chaque déplacement nécessite de transporter plusieurs fauteuils roulants électriques, dont certains d’une valeur de 10.000 euros. "Le plus gros challenge que Tigerstorm a actuellement est le prix des chaises.", reconnaît Alexandre. À cela s’ajoutent la location de camionnettes et la recherche de chauffeurs, ainsi que de bénévoles, pour accompagner l’équipe.
Le club s’appuie sur les subsides et les sponsors mais, faute de moyens, Tigerstorm doit aujourd’hui utiliser des fauteuils prêtés par d’autres clubs, parfois anciens. "C’est frustrant pour un participant de rouler et de voir un autre joueur le dépasser hyper vite. Et nous, on ne peut rien y faire parce que nous n’avons pas le matériel. Ce qu’on veut, c’est permettre à tout le monde d’avoir les mêmes opportunités de bien jouer, de s’amuser et d’enlever cette frustration.", explique Alexandre. Malgré ces obstacles, le jeune président dit aimer "construire" et voir le club grandir au fil des mois. Les remerciements des parents, l’enthousiasme des joueurs et les progrès de Tigerstorm suffisent à entretenir sa motivation : "Quand on voit comment c’est en train de se développer, on est juste trop contents. On se dit : ça vient de nos deux petites mains".