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Amérique du sud, le grand virage sécuritaire

Direction la Colombie où le président, à peine intronisé, est déjà défié par les groupes armés. Publié le lundi 10 août 2026 à 08:16 Investi vendredi, Abelardo de la Espriella affrontait sa première crise dè...

Direction la Colombie où le président, à peine intronisé, est déjà défié par les groupes armés.

Publié le lundi 10 août 2026 à 08:16

Investi vendredi, Abelardo de la Espriella affrontait sa première crise dès samedi : deux violentes attaques étaient en effet perpétrées, coup sur coup, tuant un policier et faisant plusieurs blessés.

Une façon de braver le nouvel homme fort de Bogota qui, durant sa campagne, promettait « de combattre sans répit » les groupes armés et leur adressait même un ultimatum d’un mois pour se soumettre.

Dans son viseur : les guérillas dissidentes des FARC, les gangs criminels et bien sûr les cartels de la drogue - la Colombie étant, rappelons-le, le 1er producteur mondial de cocaïne.

Abelardo de la Espriella compte bâtir plusieurs méga-prisons et intensifier les bombardements contre ces différents groupes armés avec le soutien des Etats-Unis et d’Israël.

Deux mots reviennent en boucle dans ces discours : « mano dura » (« la main de fer »), celle dont il entend faire preuve en matière de délinquance.

Comme un grand nombre de leaders en Amérique du Sud

En effet. La droite radicale déferle sur le sous-continent depuis bientôt dix ans. On pense, évidemment, au Brésilien Jair Bolsonaro qui a initié le mouvement, suivi ensuite de l’Argentin Javier Milei. Mais les choses s’accélère ces derniers mois : en décembre, José Antonio Kast, admirateur revendiqué du général Pinochet, était élu au Chili. Il y a 15 jours, c’était au tour de Keiko Fujimori, fille du très autocrate Alberto Fujimori, de prendre les rênes du Pérou et de demander à l’armée, et plus à la police, de s’attaquer à la délinquance. Maintenant, la Colombie… A droite toute, donc.

Tous ces leaders l’emportent sur fond de crise sécuritaire. Les populations ne supportent plus de vivre dans la terreur d’être enlevées, extorquées, rackettées.

Pour la droite dure, la seule façon d’éradiquer cette criminalité, c’est la force. En face, la gauche - qui veut aussi lutter contre la pauvreté pour empêcher ces gangs de recruter - peine à se faire entendre.

Fait intéressant : selon certains politologues, les électeurs ne voteraient pas tant pour « la droite » que « pour l’ordre ». Non sans risque…

La demande de sécurité des populations - tout à fait légitime au demeurant - finit, parfois, par justifier de graves atteintes aux principes démocratiques. Certains pays prennent clairement un virage autoritaire.

Le Salvador, par exemple, dont le président, Nayib Bukele, se décrit lui-même comme « le dictateur le plus cool du monde ».

On connaît ses prisons ultra répressives, mais moins le régime d’exception qu’il a instauré en 2022 et qui débouche sur des arrestations massives - y compris de certains opposants. Bukele a aussi modifié la constitution pour pouvoir se représenter à la présidentielle autant de fois qu’il le souhaite.

La population ne lui en tient pas rigueur ; il est même réélu triomphalement vu ses excellents résultats en matière de délinquance. Au point d’être devenu, pour certains, « le » modèle à suivre. Le nouveau président colombien n’a d’ailleurs cessé de s’y référer durant sa campagne.

Le vrai débat ces prochaines années, en Amérique du sud, n’opposera peut-être plus gauche et droite, mais État de droit et Etat autoritaire.