Alexandre Mulliez, président du FC Versailles : «Je rêverais de racheter Auchan France»
Alexandre Mulliez a toujours été entrepreneur dans l’âme. D’abord en créant plusieurs entreprises, puis en rejoignant le groupe fondé par son grand-père : Auchan. Mais depuis trois ans, c’est sur un autre terra...
Alexandre Mulliez a toujours été entrepreneur dans l’âme. D’abord en créant plusieurs entreprises, puis en rejoignant le groupe fondé par son grand-père : Auchan. Mais depuis trois ans, c’est sur un autre terrain que le retail qu’il s’épanouit : le football. En effet, Alexandre Mulliez a pris les rênes du FC Versailles et il est d’ailleurs possible de découvrir les coulisses du quotidien du club de la ville de Louis XIV dans une série-documentaire de Canal+ qui revient pour une deuxième saison tout juste mise en ligne : «Le Club».
Dans celle-ci, on plonge dans l’envers du décor du club de National (Ligue 3 désormais). Des décisions de l’état-major aux causeries du coach, en passant par les choix (parfois) controversés du directeur sportif, la tension des matches ou encore les réunions autour de la stratégie social media et de vente des maillots, tout ou presque y passe. Durant cette première saison, le club est même au cœur d’une affaire de match truqué, avant d’être finalement blanchi.
Ces rebondissements rappellent la très bonne série documentaire «Sunderland 'Til I Die» sur Netflix. «C’est une sorte de fusion entre Sunderland et Wrexham (le club de l’acteur Ryan Reynolds qui a donné lieu à la série documentaire «Welcome to Wrexham», ndlr). La partie foot est le socle du narratif pour parler de plusieurs choses, comme l’aspect économique», explique Alexandre Mulliez. «C’est une série documentaire, mais elle est traitée comme une fiction», ajoute-t-il.
Une série qui joue la carte de la transparence sur Canal+
La transparence affichée à l’écran, si elle est évidemment agréable pour les téléspectateurs, n’est cependant pas sans conséquence. Lors de la diffusion de la première saison il y a un an, une séquence était rapidement devenue virale : on y voit le directeur sportif du FC Versailles, Salomon Kashala, se vantait de sa manière de gérer les joueurs indésirables avec la fameuse technique du «loft», bien connue dans le monde du football. Mais cet extrait n’avait pas été du goût de l'UNFP, le syndicat des joueurs. La Fédération française de football (FFF) s’était alors penchée sur le sujet. Verdict : 3 mois de suspension pour Salomon Kashala.
Dans ce contexte, Alexandre Mulliez, qui a racheté le FC Versailles en juin 2023 avec Pierre Gasly et Fabien Lazare, regrette-t-il cette transparence absolue ? «Je n’ai pas eu le moindre regret avec cette série. Ça nous a renforcé. Les gens qui bossent avec nous ont vu que nous étions cohérents. Il faut assumer ses vulnérabilités, ses doutes… Il y a trop d’entreprises plombées par leurs secrets, ce n’est pas notre cas. On veut créer le club le plus sérieux, le plus vertueux, et le montrer à l’écran», assure-t-il.
D’Auchan au FC Versailles : «Une Seule Équipe»
En tout cas, il s’agit à coup sûr d’un sacré défi pour celui qui est souvent surnommé le président «LinkedIn» avec ses posts footballistiques qui détonnent parmi les innombrables «morning routines» et «leçons de vie» pondues par ChatGPT qui agitent la French Tech sur le réseau social professionnel. Après avoir fondé des entreprises, comme l’agence de publicité Orès, l'éditeur de design Hartô, et Koober, une application qui publie des résumés de livres, il avait évolué dans la galaxie Auchan en tant que directeur du marketing et de l'innovation d'Auchan Direct, la filiale e-commerce du groupe de grande distribution, et surtout en tant que vice-président d’Auchan Retail France pour dessiner le «Auchan France du futur».
Cette dernière expérience aura duré seulement onze mois, mais elle fera office de passe décisive inattendue vers le football, puisque le plan d’Alexandre Mulliez avec le FC Versailles porte le même nom que la stratégie qu’il souhaitait déployer au sein d’Auchan France : «Une Seule Équipe». «Je fais exactement les mêmes choses», sourit Alexandre Mulliez. «Par rapport à mon expérience chez Auchan, je pensais que la reprise du club ne serait pas plus compliquée. Finalement, c’est beaucoup plus dur !», ajoute-t-il. Le dirigeant peut en témoigner : le club a bataillé pour se maintenir en 2025, avant de jouer la montée vers la Ligue 2 lors de la saison suivante. Mais celle-ci attendra encore un peu.
Pour la nouvelle saison qui s’annonce, le président du FC Versailles ne s’en cache pas : il ambitionne de faire jouer le club en Ligue 2 dans un an. «Avec mes associés, le directeur sportif et l’entraîneur, nous avons décidé que nous étions prêts à assumer une montée», indique Alexandre Mulliez. «A l’intersaison, on intervient auprès des joueurs pour leur présenter la vision du club, nos principes et nos ambitions. Clairement, la série est le meilleur outil pour cela», ajoute-t-il.
«C’est une période compliquée pour lever des fonds, mais on va y arriver»
Si les résultats sur le terrain sont évidemment cruciaux pour la trajectoire du club, sa santé financière l’est tout autant. Et comme pour une startup, Alexandre Mulliez cherche actuellement à boucler une levée de fonds après avoir investi une vingtaine de millions d’euros dans le FC Versailles depuis son arrivée il y a trois ans. Dans la deuxième saison de la série «Le Club» qui vient tout juste de sortir, on le voit d’ailleurs en discussion avec de potentiels investisseurs avec un discours atypique. «On ne vend pas un rendement, on vend une aventure humaine. On ne veut pas d’ingérence, j’exige de la confiance», lance ainsi le dirigeant lors de ce rendez-vous d’affaires.
Comme pour les startups en ce moment, la quête d’argent frais n’est pas une mince affaires pour un club de football. «C’est une période compliquée pour lever des fonds, mais on va y arriver. On veut lever 6 millions d’euros et on en est déjà à 3 millions. Je recherche vraiment des associés pour faire grandir le FC Versailles. On ne veut pas vendre le club, on veut le transmettre à nos enfants ou à une fondation dans 40 ans», explique Alexandre Mulliez. «J’évite d’utiliser le vocabulaire startup», renchérit-il avec le sourire. Avant d’ajouter : «Avec le FC Versailles, c’est plutôt de l’entrepreneuriat au sens classique du terme. On est surtout sur un rachat, voire un redressement d’entreprise.»
«Je ne remonterai plus jamais une boîte»
Ce redressement implique également l’existence d’un stade à la hauteur des ambitions du club. Dans la série, on voit d’ailleurs Alexandre Mulliez et Fabien Lazare s’émerveillaient devant le stade du club belge de La Louvière. «La priorité est de faire sortir de terre le plus vite possible notre stade pour la Ligue 2. L’objectif est d’y jouer dès août 2027. Pour l’instant, l’idée est de rester au Camp des Loges (ancien centre d’entraînement du PSG reconverti en stade du FC Versailles, ndlr). On veut qu’il y ait 2 000 à 4 000 places. Un an, c’est court évidemment. On met des objectifs quasi-intenables mais réalisables», estime le président du FC Versailles.
Là aussi, c’est l’esprit startup à l’œuvre. Pour autant, ne parlez pas de création de startup à Alexandre Mulliez. «Je n’en ai aucune envie, je ne remonterai plus jamais une boîte. Ce qui m’intéresse, c’est le temps long. J’ai envie d’être le président du FC Versailles pour les 30 prochaines années. En revanche, je rêverais de racheter Auchan France. Tout le monde pense que les supermarchés c’est fini, je ne suis pas d’accord. Alors avoir Auchan et le FC Versailles, réunis dans la même entreprise, ce serait génial», confie-t-il.
Quelques exemples existent, à l’image de Red Bull qui détient plusieurs clubs de football avec des résultats mitigés. Mais le dirigeant du club francilien a de la suite dans les idées. «Le FC Versailles n'est pas un club de foot. C'est une entreprise de divertissement», avait-il assuré dans un post sur LinkedIn pour présenter son projet.
Mais pour l’instant, Alexandre Mulliez a la Ligue 2 dans le viseur. Rendez-vous le 21 mai 2027 pour la dernière journée du championnat.