Pourquoi le meilleur clavier du monde est japonais (et n’est pas fait pour vous)
Voilà presque 30 ans que le clavier Happy Hacking Keyboard est devenu l'une des références ultimes des programmeurs du monde entier. Un succès qui s'explique par une philosophie radicale par rapport au reste du marché.
Publié le 30/08/26 à 13h06
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Voilà presque 30 ans que le clavier Happy Hacking Keyboard est devenu l'une des références ultimes des programmeurs du monde entier. Un succès qui s'explique par une philosophie radicale par rapport au reste du marché.
© Les Numériques - HHKB Clavier Professional
Quand on est un enthousiaste de la tech, et accessoirement un peu fêlé, la recherche du clavier parfait est une quête sans fin. Au-delà des questions de format, de switches ou de disposition, il y a un facteur indéfinissable qui peut tout gâcher, même quand tous les signaux semblent être au vert ; et quand on parle de l'interface la plus importante en informatique, c'est tolérance zéro. La passion est toujours la plus subjective des affaires, mais dans le domaine des boards pour puriste, il y a un nom qui met tout le monde d'accord : le HHKB.
Made in Japan
Le clavier « HHKB » est né de l'impulsion du professeur Eiichi Wada, pionnier de la normalisation japonaise et internationale dans le domaine de l'informatique, aussi surnommé premier "hacker" du l'Archipel. Dès les années 60, il partage avec le théoricien nord-américain J. C. R. Licklider le rêve d'une microinformatique accessible et interconnectée à travers le monde, et réalise l'importance d'une interface universelle entre l'Homme et la machine. Une vision qui l'a poussé à contribuer au standard industriel japonais JIS X 0208 et 0212 qui permet le codage des caractères chinois sur les terminaux informatiques – soit le pont entre les jeux de caractères abstraits (alphabets, signes, idéogrammes) et leur représentation numérique.
Les fonctions secondaires sont accessibles via la couche Fn
© Les Numériques
Au vu d'un tel passif, son entreprise du milieu des années 90 – la construction d'un idéal platonique de clavier - est guère surprenante. Alors que la microinformatique est devenue accessible à (presque) tous, Wada se désole du manque d'uniformité dans la construction des périphériques de saisie. « Comme les claviers sont secondaires pour les fabricants de PC, ils privilégient la réduction des coûts de fabrication », explique-t-il après la sortie du KB01, le premier modèle de la gamme Happy Hacking Keyboard (ou HHKB) conçu après un an et demi de développement.
Quand les chevaux des cowboys américains mourraient en plein voyage, ils les abandonnaient. Mais même en plein milieu du désert, ils prenaient la selle avec eux. Le cheval est un consommable, mais la selle est l'interface à laquelle leur corps s'était habituée. De la même manière, les PC sont des consommables, tandis que les claviers en sont les interfaces importantes.
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Retour aux sources
Inspiré du premier board pour Macintosh, le KB01 répond à une problématique de l'époque : chaque constructeur élabore sa propre disposition de clavier pour répondre aux besoins spécifiques de son système d'exploitation, ce qui mène à une expansion progressive du nombre de touches. Rien de pire pour Wada, qui veut trouver une solution universellement compatible sur tous les terminaux. Son interprétation du clavier est, de ce fait, dispensée de toute entrée superflue : 60 touches contre les 101 du populaire Model M d'IBM. Il est ainsi précurseur de la mode actuelle des claviers 60 % que l'on retrouve ça et là en objet tendance sur les réseaux sociaux.
Pas de pavé numérique, pas de touches fléchées ni d'îlot secondaire, et adieu la rangée de touches de fonctions - toutes les fonctions secondaires sont accessibles via la couche secondaire Fn, sans avoir à bouger les mains de leur disposition par défaut. C'est, aussi, une toute autre gymnastique à apprendre - en plus de la bascule vers l'unique disposition QWERTY proposée par le constructeur PFU. Difficile, en toute âme et conscience, d'en faire une recommandation unanime même auprès de nos lecteurs pétris d'idiosyncrasies.
Les switches Topre
© Les Numériques
C'est d'autant plus un coup de cœur que le feeling des HHKB est sans aucune mesure avec les boards disponibles dans le commerce. Pas de switches mécaniques « traditionnels », optiques ou magnétiques – depuis son deuxième modèle commercialisé en 1997, le HHKB sollicite des commutateurs « Topre », où le signal est détecté par la pression d'un ressort abrité par un dôme en caoutchouc situé sous chaque keycap. Un fonctionnement par électrostatique hérité des années 80 que seuls quelques constructeurs commercialisent encore - les japonais Topre avec ses propres boards et Realforce, le coréen Leopold et le chinois NiZ. C'est une niche résolument restreinte en dehors du marché chinois, et trustée par HHKB en occident.
Topre-là
Le résultat sous les doigts est, pour qui est acquis à la cause, sans commune mesure avec les autres switches du marché. La comparaison la plus immédiate est avec les fameux switches tactiles (ou « marron ») de Cherry MX, avec qui les Topre partagent une force d'activation identique à 45 g et un premier « cran » à activer avant l'envoi du signal. La fin de la course est néanmoins plus « résistante » qu'un commutateur mécanique classique, pour un toucher percutant… Et un son sans pareil.
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Les générations se suivent et le HHKB s'est adapté aux tendances du marché. Après le flagship HHKB Professional qui sert de base de départ pour tous les boards qui suivent, la marque a commercialisé un modèle Hybrid sans-fil via Bluetooth et Type-S, avec des switches désormais équipés d'un anneau silencieux pour atténuer sa mélodie. Celui qui nous accompagne depuis plusieurs mois est le HHKB Professional Hybrid Type-S, combinant tous ces petits luxes en une version ultime du clavier trentenaire. Le logiciel HHKB officiel permet par ailleurs de personnaliser toutes les fonctions du clavier, y compris la couche secondaire Fn, pour se créer ses propres raccourcis.
Il est facile de comprendre comment s'est créé la légende quand on se laisse porter par la méthode HHKB. C'est un board qui ne se laisse pas approcher facilement, mais qui ouvre un champ des possibles infini pour qui est prêt à lui accorder du temps. À l'heure où les claviers multiplient les artifices pour tenter de sortir d'une masse toujours plus concurrentielle, la simplicité du HHKB en fait son meilleur atout - et on vient à se demander pourquoi tous les claviers ne sont pas comme ça. Le hacker avait sans doute raison.
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