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À Roquebrune-Cap-Martin, Maëlle est née à la maison : ses parents racontent leur accouchement à domicile

Il est 15h07, ce 24 juillet, lorsque les premiers cris de Maëlle résonnent dans la maison. Pas de couloir de maternité ni de chambre d’hôpital autour d’elle : la petite fille vient de naître chez ses parents, à...

Il est 15h07, ce 24 juillet, lorsque les premiers cris de Maëlle résonnent dans la maison. Pas de couloir de maternité ni de chambre d’hôpital autour d’elle : la petite fille vient de naître chez ses parents, à Roquebrune-Cap-Martin, dans le salon familial. Quelques instants plus tard, les larmes prennent le relais. « Elle crie. On pleure. Bonheur. » Les mots de Mélissande sont simples. Presque trois semaines après la naissance, l’émotion est intacte. « C’est incommensurable de savoir qu’elle était dans le ventre. On ne sait pas qui est cet individu et puis, d’un coup, elle se retrouve là, face à nous. Elle est toute pleine de vie. » À ses côtés, Fabien, 38 ans, partage le souvenir de ces premières minutes suspendues. Maëlle, environ 3,4 kg à la naissance, vient de faire de cette maison du village son tout premier monde.

Cette naissance à domicile ne doit rien à un concours de circonstances. Elle était souhaitée et préparée. « C’était un long projet », racontent les parents.

Mélissande, professeure des écoles, s’était particulièrement documentée sur la naissance physiologique. Elle est même allée plus loin en suivant une formation de doula [personne qui offre un soutien moral à une femme enceinte ou à un couple avant, pendant et après l’accouchement, ndlr]. Une expérience qui, explique-t-elle, lui a permis de découvrir différentes façons d’accompagner une naissance et de porter un autre regard sur l’accouchement.

Elle avait également assisté, quelques années auparavant, à la naissance à domicile de l’enfant d’une amie. « Observer ça, enlever le mythe qu’on doit souffrir à tout prix, qu’il faut absolument une péridurale, que cela doit être médicalisé, et me rendre compte que ça pouvait être aussi beau, aussi doux m’a réconciliée avec l’accouchement. »

Un papa très impliqué

Les premières contractions surviennent la veille de la naissance. Et les premières heures ont quelque chose d’étonnamment ordinaire. Mélissande marche encore dans le village. Le couple croise même des connaissances. « Je disais aux gens  : “Je commence le travail, je ne parle pas trop  !” », se souvient-elle en souriant. Puis les contractions s’intensifient. Vers 2 heures du matin, le couple contacte les professionnelles avec lesquelles la naissance avait été organisée. Une sage-femme et une doula arrivent vers 4 heures.

Emilie Basin, productrice de citrons de Menton.

Le travail va durer des heures. Dans cette maison devenue salle de naissance, chacun trouve progressivement sa place. Et Fabien est loin d’être simple spectateur. « C’est ça qui est intéressant dans l’accouchement à la maison  : le papa est totalement là. Il est impliqué », raconte le couple. Massages, repas, présence auprès de Mélissande : le futur père participe à cette longue attente. Une seconde sage-femme, retenue auparavant par une autre naissance, rejoint finalement l’équipe au moment où Maëlle vient au monde.

Une piscine... finalement délaissée

Le couple avait pourtant imaginé un autre scénario. Une piscine d’accouchement avait été installée dans la maison. Mélissande pensait pouvoir donner naissance dans l’eau. Mais en plein mois de juillet, la chaleur en a décidé autrement. « J’avais trop chaud dans la piscine. Je voulais bouger, je voulais être près du ventilateur. » Alors elle marche, change de position, bouge son bassin. Et c’est finalement presque debout, dans le salon, que Mélissande donne naissance à sa fille. Après toutes ces heures de travail, le temps semble brusquement s’arrêter. Maëlle crie. Ses parents pleurent. « Là, on réalise à peine ce qui se passe. »

Les parents font également le choix particulier de ne pas sectionner immédiatement le cordon ombilical. Celui-ci reste relié au placenta jusqu’à ce qu’il se détache naturellement, trois jours plus tard. Une pratique parfois appelée « naissance lotus », que le couple avait préparée en amont avec les professionnelles qui l’accompagnaient.

Les jours suivants, le suivi se poursuit à domicile. La sage-femme revient notamment contrôler l’état de santé de la mère et du nouveau-né et suivre l’évolution du poids de Maëlle. Les parents consultent ensuite un pédiatre et font également appel à une professionnelle de l’accompagnement à l’allaitement lorsque Mélissande rencontre des difficultés. Ces conseils très concrets ont, raconte-t-elle, « fait toute la différence » et lui ont permis de poursuivre son allaitement.

« On n’est pas des extrémistes »

Pourquoi, à l’heure des maternités et de la médecine moderne, vouloir donner naissance chez soi  ? La réponse de Mélissande ne traduit pas un rejet de la médecine. Le couple insiste au contraire sur l’importance qu’a eue le suivi de la grossesse dans sa décision. « On a la chance d’avoir un super suivi médical aujourd’hui », souligne la jeune mère. Pour eux, le projet n’avait de sens qu’à condition que la grossesse et la présentation du bébé permettent de l’envisager avec les professionnelles qui les suivaient.

Mais derrière ce choix se trouve aussi une conviction plus intime. « Philosophiquement, parce qu’une femme sait faire », répond Mélissande. Elle souhaitait vivre pleinement les sensations de la naissance et laisser, autant que possible, le processus physiologique suivre son cours. Fabien partage cette approche. Tous deux se décrivent comme proches de la nature, sans pour autant vouloir être enfermés dans une caricature. « On n’est pas des extrémistes », sourient-ils.

Une naissance à domicile ne raconte d’ailleurs qu’une histoire parmi d’autres, insistent-ils. Pas un modèle qu’ils souhaiteraient imposer aux autres parents, mais leur choix, construit au fil des mois et accompagné par des professionnelles. Et depuis ce 24 juillet, les grandes réflexions ont laissé place à une réalité beaucoup plus simple  : celle des journées et des nuits rythmées par une petite fille. Maëlle. Une enfant dont la première adresse aura aussi été son lieu de naissance.