À Nîmes, trois fillettes qui vivaient chez une mère de famille comorienne dans le quartier de Pissevin étaient victimes de sévices
Poursuivies pour des violences habituelles sur des petites filles, une mère de famille comorienne et sa fille ont comparu ce 15 septembre devant le tribunal correctionnel de Nîmes.
Poursuivies pour des violences habituelles sur des petites filles, une mère de famille comorienne et sa fille ont comparu ce 15 septembre devant le tribunal correctionnel de Nîmes.
Elise (le prénom a été modifié), une petite Comorienne âgée de 8 ans, cartable sur le dos, épuisée et effrayée a fini par se confier à son enseignante en 2023. L’enfant avait été frappée et ne voulait plus revenir au domicile d’Ahamadi, une Comorienne qui en avait la garde depuis deux ans, dans le quartier de Pissevin à Nîmes. Elise résidait au domicile d’Ahamadi, une quinquagénaire. Dès 6 heures le matin et bien avant de rejoindre l’école, l’enfant devait faire le ménage dans la maison. Cette femme qu’elle appelait "tante", l’a frappée avec un fil électrique, une cuillère brûlante, le manche à balai ou avec un rouleau de papier. L’enfant qui arrivait souvent sale à l’école portait les traces de lacérations sur le corps, de brûlures et des plaies importantes. Arrivée des Comores, la petite fille avait été opérée du cœur en région parisienne et avait été confiée par ses proches à Ahamadi que l’enfant appelait "tante". L’enquête menée par la police a révélé que deux autres fillettes confiées à cette famille comorienne avaient, elles aussi, connu le même sort. La matrone leur imposait des tâches ménagères. Les fillettes vivaient dans la peur. Entendue dans cadre de cette enquête et placée une détention provisoire, la "tante" s’est défendue assurant que les traces de brûlures étaient liées à des accidents domestiques et a contesté les violences. Un cahier où étaient indiquées les sommes perçues par la "tante" – 7 500 € – et de nombreux papiers d’identité ont été saisis dans le cadre de cette enquête. Les petites filles vivaient dans un appartement sale et le réfrigérateur était dans un état lamentable. Une dizaine d’enfants auraient été placées par leurs parents chez la "tante" qui percevait les allocations familiales pour ses enfants y compris les petites filles placées chez elle.
Mise en cause dans un premier temps pour des faits de traite d’être humains, Ahamadi a été placée en détention provisoire. Les faits qui lui ont été reprochés ont été finalement requalifiés en violences habituelles sur mineures avec une incapacité supérieure à 8 jours entre les mois de septembre 2023 et janvier 2024 et de septembre 2021 à juin 2023 à Nîmes. Elle comparaissait libre et sans avocat ce mardi 15 septembre devant le tribunal correctionnel de Nîmes. Sa fille était elle aussi, poursuivie pour ces violences habituelles sur les petites filles.
"Chez nous, cela fait partie des traditions"
"J’ai pas tapé pour blesser", s’est défendue la quinquagénaire qui n’a reconnu que quelques "tirages" d’oreilles." "C’est moi qui fais le ménage et je leur demandais de m’aider, de faire des choses", a-t-elle précisé. "Chez nous, cela fait partie de nos traditions. On mange ensemble et les enfants participent aux tâches ménages", a précisé sa fille qui conteste la prévention. Et si les fillettes étaient réveillées dès 6 heures, c’était "pour se préparer" avant de rejoindre l’école, affirme les deux prévenues.
Des coups de câbles
Me Laure Mattler, l’avocate qui représente la petite Elise, décrit des violences psychologiques et physiques, des coups de câbles. Des lésions, cicatrices plus ou moins anciennes, de multiples ecchymoses et des brûlures sont constatées par le médecin expert. "Il y a aussi ces corvées imposées à la petite fille. Et le comportement de cette enfant qui a faim et dissimule des aliments dans ses chaussures", relève l’avocate de l’enfant. Cette enfant qui souffre de problèmes cardiaques est aujourd’hui placée dans une famille d’accueil et est scolarisée dans un collège. Elle reste dans "une situation de blocage, constate son avocate. Et elle est dans un grand isolement" sans vraiment de nouvelles de sa famille."Ces enfants qui étaient isolées n’avaient ni refuge, ne recours", constate Me Anne-Sophie Turmel, l’avocate des deux autres petites filles. L’une de ces enfants qui devait appeler Ahamadi, "maman", avait 6 ans. Ces règles étaient imposées par la peur. Il y a les coups portés devant tout le monde et la faim."
La représentante du parquet a rappelé que l’enfant qui s’était confié à l’enseignante, pleurait en silence et se cachait sous un bureau. "Ce sont trois mineures qui étaient dans l’isolement, en l’absence de leurs parents. Et elles n’étaient pas traitées de la même manière que les enfants de la prévenue qui eux n’étaient pas battus. Ce sont des faits qui ont été confirmés par l’ex petite-amie du fils de cette famille." Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet. Ahamadi est condamnée 36 mois de prison dont 21 mois assortis d’un sursis. Elle est ressortie libre du tribunal. La peine est assortie d’une interdiction d’accueillir des mineurs et d’entrer en contact avec les victimes. Deux des trois fillettes vivent aujourd’hui chez leurs parents dans l’Indre.