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À Louvain-la-Neuve, l’absurde a conduit à abattre des arbres centenaires en pleine canicule

Neuf arbres centenaires de La Baraque ont disparu après avoir été endommagés lors de travaux. Un gâchis qui illustre les contradictions entre urbanisation et adaptation aux nouvelles réalités climatiques.

Une carte blanche de Pascal Warnier, habitant du quartier de la baraque à Louvain-la-Neuve

Il ne reste qu'un grand vide, aux limites du verdoyant quartier de La Baraque, à deux pas du quartier Courbevoie, immense paquebot de brique et de béton sans l'ombre d'un végétal, qui a été édifié récemment à Louvain-la-Neuve et qui surchauffe depuis plusieurs semaines sous un soleil de plomb. Ce grand vide était occupé par des arbres remarquables et centenaires. Ils étaient au nombre de neuf. Châtaigniers, tilleul, frêne et chêne apportaient depuis des décennies fraîcheur et biodiversité à un quartier qui a vu disparaître, dans le même temps, ses espaces naturels à coups de pelleteuses et de grues et dont l'absence aujourd'hui, dans une ville de béton qui suffoque sous les canicules à répétition, fait cruellement défaut. Ils ont été abattus en ce début du mois d'août malgré une forte mobilisation des habitants pour sauvegarder ce patrimoine naturel d'une valeur inestimable.

Mais que s'est-il passé au juste pour que ce joyau de la nature disparaisse ?

Faisant suite à une demande de permis de bâtir de vastes maisons unifamiliales, sur une parcelle privée, dans le quartier de la baraque, parcelle bordée d'arbres centenaires, les autorités communales ont autorisé leur construction, mais en exigeant que ce soit le long de cette rangée d'arbres remarquables alors qu'elles auraient pu être disposées différemment sur la parcelle. Ces maisons se retrouvaient, dès lors, et de façon totalement incompréhensible et insensée, littéralement "collées" à ces géants de bois et de feuillage. Et ce, pour, nous dira-t-on, respecter certaines règles urbanistiques.

Des mesures de protection ont été obtenues sous la pression des habitants du hameau, notamment la sauvegarde du réseau racinaire de ces magnifiques feuillus qui allait être mis à rude épreuve par le lourd chantier de réfection de la voirie.

Manque criant de vigilance

Mais par un manque criant de vigilance des acteurs liés à ce projet (la commune et son administration, l'UCLouvain, le propriétaire et les entrepreneurs), les arbres ont peu à peu été meurtris par des tranchées d'impétrants ne respectant ni le tracé, ni la distance vis-à-vis des arbres qui étaient prévus par les plans ainsi que par des élagages sauvages.

Le mal étant fait, une demande de permis d'abattage des arbres fut introduite par le propriétaire et acceptée par le collège communal qui, sur la base de rapports d'experts, argua de la dangerosité des arbres liée à… leur récente fragilisation. Absurde, non ?

Le vaste terrain permettait pourtant une implantation différente des bâtiments, laquelle aurait protégé les arbres si précieux pour garantir de la fraîcheur aux futurs habitant·es. Mais non, une règle contestée par plus de 80 habitants et habitantes et à laquelle il aurait été légitime de déroger pour protéger un patrimoine commun fut maintenue ! Les irrégularités dans la réalisation du chantier, impossibles à corriger (une tranchée faite ne peut être défaite), et certes déplorées par tous sans jamais être sanctionnées, eurent raison de ce patrimoine irremplaçable.

Inadaptation des règles urbanistiques aux nouvelles contraintes climatiques

Un puits de carbone et de fraîcheur incomparable disparaît ainsi à l'heure où sa présence pour notre petit territoire était devenu encore plus indispensable. Les différents acteurs du dossier ont laissé faire ce gâchis écologique sans prendre toutes les mesures conservatoires, de vigilance et de suivi pour garantir un environnement sain aux abords de ces arbres et leur permettre ainsi de continuer à jouer leur rôle protecteur en période de surchauffe météorologique. Les canicules à répétition de cet été révèlent l'écart qu'il existe encore aujourd'hui entre, d'une part, la nécessité impérieuse de préserver des espaces naturels et d'autre part, l'artificialisation toujours croissante de nos milieux de vie mais aussi l'inadaptation des règles urbanistiques aux nouvelles contraintes climatiques.

Inacceptable

En tant que citoyens, nous ne pouvons plus accepter que de telles dérives se produisent car ce manque de vigilance impacte grandement la survie de zones naturelles et l'habitabilité de l'espace publique et privé, engendrant ainsi l'aggravation des risques sanitaires pour la population.

Désormais, nous n'entendrons plus les oiseaux chanter dans ce lieu, nous ne jouirons plus de la fraîcheur du feuillage de nos compagnons de vie, nous ne bénéficierons plus de la protection de leur houppier. La vie s'en est allée aux abords de ces nouvelles habitations. Il ne subsiste que de l'asphalte et du béton chauffés à blanc par l'été de feu que nous subissons.


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