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30 ans après, Hedwig raconte la mobilisation pour retrouver Sabine Dardenne : “Il fallait que son visage soit vu par le plus grand nombre”

À Tournai, la disparition de Sabine Dardenne avait suscité une mobilisation sans précédent. Hedwig Cuignet, qui avait créé une antenne de l'ASBL Marc et Corine, revient sur ces 80 jours de recherches… jusqu'à la nuit du 15 août 1996, synonyme de soulagement et d'espoir.

Hedwig Cuignet, comment avez-vous rejoint l'ASBL Marc et Corine et participé aux recherches pour retrouver Sabine Dardenne ?

Par un concours de circonstances. Quelques mois plus tôt, j'avais été confronté à une disparition dans mon entourage et l'asbl Marc et Corine était intervenue. Fort heureusement, tout s'était bien terminé. Au vu de leur implication, je leur avais dit : "À charge de revanche…", en espérant évidemment ne jamais devoir intervenir. Et puis, fin mai 1996, un dimanche à 14 h 37, je reçois un appel du responsable de l'association : "Nous avons une disparition inquiétante sur Tournai". Trois heures plus tard, il débarque à Tournai avec 500 affiches à coller au plus vite, dans des lieux stratégiques, pour que le lendemain matin tous les élèves qui se rendaient à l'école puissent voir le visage de Sabine Dardenne.

Libération Sabine Dardenne 15 août 1996 - photos d'archives
Libération Sabine Dardenne 15 août 1996 - photos d'archives ©EdA

Comment cette mobilisation s'est-elle rapidement organisée à Tournai ?

Très vite, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas continuer seul. En accord avec l'asbl Marc et Corine, basée dans la région liégeoise, j'ai donc créé une antenne à Tournai. J'ai lancé un appel aux bénévoles et installé, devant mon magasin, une table où chacun pouvait proposer son aide en fonction de ses aptitudes et récupérer des affiches. Il fallait distribuer les affiches, mais aussi les reproduire pour élargir notre rayon de recherche. Je me souviens notamment d'un imprimeur de la province du Luxembourg qui était prêt à fournir 25 000 affiches. Un bénévole qui travaillait à la police des autoroutes a fait l'aller-retour pour les récupérer, gyrophare allumé. C'est fou l'élan de solidarité qui s'est créé autour de cette disparition.

La mobilisation a aussi dépassé largement les frontières belges. Comment avez-vous organisé cette diffusion ?

Comme on ne savait absolument pas où se trouvait Sabine, tous les scénarios étaient possibles. À l'approche des vacances, il fallait que son avis de recherche soit vu par le plus grand nombre. Nous avons déployé d'importantes banderoles sur les ponts d'autoroute et profité des mouvements vers l'étranger. En France, en Suisse, en Allemagne, dans les pays de l'Est… nombreux sont ceux qui ont emporté des affiches de Sabine dans leurs valises pour les placer dans des lieux de passage. C'était un véritable coup d'éclat, réalisé en un temps record.

Vous étiez aussi devenu une sorte de relais entre les citoyens et les services d'enquête ?

Certaines personnes nous communiquaient des informations parce qu'elles n'osaient pas s'adresser directement aux services de police. Nous les recueillions et les transmettions à la police et à la gendarmerie. Après, ce n'était pas de notre responsabilité de savoir si elles étaient bien exploitées ou non. Et sur cet aspect, pour moi, le livre n'est pas encore fermé. Tous les secrets de cette histoire n'ont pas encore été révélés. Trente ans plus tard, je pense encore à cette part de questionnement. Personnellement, je ne vois pas ce que j'aurais pu faire de plus. Et puis le principal reste d'avoir retrouvé Sabine en vie !

Comment avez-vous vécu les semaines d'attente avant sa libération ?

Les heures, les jours, les semaines passaient et on ne découvrait rien. On ne perdait néanmoins pas espoir. Personnellement, je n'ai jamais imaginé que Sabine pourrait être morte. La question était toujours : "Qu'est-ce qu'on n'a pas fait ? Qu'est-ce qu'on pourrait encore faire ?" L'affichage a été intensif, y compris à l'étranger. Nous étions aussi confrontés aux limites de l'époque, avec une enquête très cloisonnée et les tensions entre la police et la gendarmerie. En tant que citoyens, nous ne savions pas grand-chose. Il fallait surtout veiller à ce qu'aucune de nos actions ne puisse être préjudiciable à la vie de Sabine ou à l'enquête.

Libération Sabine Dardenne 15 août 1996 - photos d'archives
Libération Sabine Dardenne 15 août 1996 - photos d'archives ©EdA

Quel souvenir gardez-vous de la nuit du 15 août 1996 ?

C'était évidemment un immense soulagement, du pur bonheur. Dès que sa libération a été officialisée, j'ai fait le tour de la ville et des alentours avec d'autres bénévoles pour enlever toutes les affiches et tous les panneaux. Le soir, je me suis rendu à Kain. Dans le quartier, avec les voisins, nous avons fait un grand feu de joie avec toutes ces affiches. C'était un moment très fort, symboliquement et émotionnellement. Il ne fallait surtout pas que Sabine tombe sur son propre visage dans les jours qui suivaient.

Avez-vous eu l'occasion de rencontrer Sabine Dardenne ?

Mon premier contact avec elle s'est fait à travers la vitre de la voiture qui la ramenait chez elle. Elle était assise à l'arrière et je n'oublierai pas son visage médusé face aux flashs et aux gens qui l'attendaient. Quelques jours plus tard, j'ai pu lui rendre visite chez elle. C'était une grande joie de la voir enfin en vrai après avoir pensé à elle jour et nuit durant deux mois et demi. Je me souviens lui avoir offert une pelle, un râteau et des semences de fleurs. Je lui ai dit : "Maintenant, Sabine, tu vas pouvoir continuer de planter des fleurs pour que la vie soit désormais la plus belle possible pour toi." Je ne l'ai plus jamais revue, et c'est bien ainsi. Elle a pu retrouver sa vie et son anonymat, pour tenter de revivre le plus normalement possible après tout ce qu'elle avait vécu.

Libération Sabine Dardenne 15 août 1996 - photos d'archives
Libération Sabine Dardenne 15 août 1996 - photos d'archives ©EdA

Cette expérience vous a-t-elle ensuite servi, notamment lors de la mobilisation pour la libération d'Olivier Vandecasteele, détenu en Iran ?

Là aussi, je me suis retrouvé dans cette histoire un peu par hasard. La sœur d'Olivier Vandecasteele s'est présentée à la boutique pour me déposer une affiche, car la famille avait pris conscience de l'importance de médiatiser l'affaire. Nous avons discuté de la mobilisation qui avait été mise en place à l'époque pour Sabine Dardenne. J'ai pu lui donner quelques conseils pour communiquer au maximum autour de cette affaire et développer différentes actions.

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